Jeux

Close to the Sun

Aventure | Edité par Wired Productions | Développé par Storm in a Tea Cup

3/5
One : 29 octobre 2019
13.11 à 15h59 par - Rédacteur en Chef

Test : Close to the Sun sur Xbox One

Black Hole Sun

Tout droit venu de la botte de l’Europe où siège le développeur Storm in a TeaCup, Close to the Sun s’inscrit dans la grande famille des walking simulators, que le recours à des nombreuses références à d’autres univers et d’autres genres entend ici renforcer. Embarquons ensemble pour quelques minutes d’explications sur les qualités et défauts des quelques heures de promenade pas toujours tranquilles de Rose Archer sur l’Hélios.

Figure désormais courante de bien des histoires rétro-futuristes adaptées en jeux vidéo, Nikola Tesla est dans Close to the Sun l’homme à l’origine d’un projet pharaonique conférant à la folie : l’Hélios. Ce navire absolument gigantesque -un système de monorail permet carrément de passer de bâbord à tribord- a pour fonction celle de regrouper dans un même lieu, avec tous les équipements possibles et imaginables, les plus grands esprits qui ont traversé la fin du XIXème siècle et la première moitié du XXème. On y travaille sur beaucoup de choses : énergie, armement (Tesla entend créer une menace « scientifique » suffisamment puissante pour mette fin à toutes velléités de guerres possibles) et forcément, le temps. Ah, le temps ! Sujet de bien de mystères sur lequel travaille justement Ada Archer, sœurette de l’héroïne de Close to the Sun, Rose. Dans un courrier plein de tendresse et de bienveillance adressé à son aînée, Ada lui demande de venir la rejoindre sur l’Hélios. Il ne faut alors guère plus pour convaincre Rose Archer, journaliste et avant tout sœur dévouée, de parcourir le périple en mer qui lui fait rejoindre l’Hélios. Mais évidemment, rien ne se passe comme prévu : le navire est mis sous quarantaine, les lieux semblent vides, quelque chose cloche.

close to the sun test 1

A partir de là, Rose Archer entreprend de parcourir l’immense Hélios à la recherche d’Ada. Heureusement elle dispose d’une oreillette qui lui permet de rapidement entrer en contact avec sa sœur (puis de lui parler par intermittences), de la localiser et surtout, de ne pas se sentir toujours trop seule dans ce formidable chaos qui révèle rapidement un terrible carnage. Un poignée d’autres personnages utiliseront ensuite ce moyen de communication et participeront au déploiement d’une intrigue qui se distille comme dans tout bon walking simulator, au gré des pas. Dans ce contexte rétro-futuriste plutôt engageant au départ, on découvre des lieux qui ne sont pas sans rappeler les mêmes qui ornent un certain Bioshock. L’époque, l’architecture Art Déco, les objets symboliques d’une époque empreinte d’une certaine élégance, l’impression que l’on pourrait sentir l’odeur d’un havane traverser l’écran… Tout cela englobé dans un contexte de recherche scientifique et de mutation sociale prompte à changer le monde, on peut difficilement nier la filiation entre Close to the Sun et le super hit de Ken Levine. La comparaison s’arrête cependant ici. Close to the Sun prend le parti de la narration avant tout, recourant à des mécaniques de gameplay autrement plus basiques.

A la différence d’un walking simulator au sens strict du genre, Close to the Sun a voulu pousser légèrement son expérience vers plus d’interactions avec l’environnement. Un peu comme l’a tenté il y a quelques mois Conarium. Outre la recherche d’objets à collectionner qui ont le bon goût d’être thématiques pour chaque niveau (le jeu en compte dix en tout), on est amené à résoudre de petites énigmes pour progresser. Encore que le terme d’énigme est peut-être ici un peu galvaudé : pour l’essentiel, il s’agira de bien observer les documents retrouvés un peu partout, ceux-ci détaillant -un peu trop clairement- la marche à suivre pour ouvrir un porte, activer un générateur et tout le tralala habituel. Dans ce jeu globalement très cloisonné, à l’exception d’un chapitre 3 plus ouvert, on avance du coup assez facilement, sans grand temps mort, ce qui est plutôt une bonne chose pour un walking simulator. On prend alors un vrai plaisir à découvrir les dessous de Close to the Sun, en appréciant au passage la présence de doublages français intégraux de très bonne qualité pour un jeu AA. On tique tout de même un peu sur le ton employé par la doubleuse de Rose Archer qui lui donne par moments une personnalité nonchalante, un peu hors propos au regard de ce qui se déroule devant ses yeux. Sérieuse la plupart du temps, Rose déballe parfois des touches de cynisme et d’agacement qui prêtent à sourire. On n’aurait presque pas été étonné de l’entendre dire un bon gros « comme par hasard ! » digne d’un post signé Complots Faciles.

close to the sun test 2

Mais cela n’est qu’un petit détail qui n’enlève rien à la qualité de la piste sonore de Close to the Sun, laquelle soutient parfaitement l’ambiance pesante du titre. De ce côté-ci et de celui de l’écriture dans son ensemble, c’est réussi. En revanche, le jeu de Storm in a TeaCup pèche sous bien d’autres aspects. Le premier défaut, nous l’avons découvert avant même de jouer au jeu, simplement en lisant le descriptif d’un succès. Lorsque l’on vous fait comprendre que vous pourrez éventuellement mourir à certains endroits et que c’est à un walking simulator que vous allez jouer, une seule chose vous vient en tête : c’est une mauvaise idée. Et ça n’a pas loupé. A quelques moments de l’aventure, Rose est menacée et la seule solution pour survivre, c’est la fuite. L’ennui avec ces passages heureusement rares, c’est qu’il n’y a non seulement qu’un seul chemin possible pour se sauver (trompez-vous et vous mourrez. On tombe dans le die & retry malvenu ici) mais qu’en plus, le timing est serré au poil de moustache. Une seule seconde de perdue, un seul contact malheureux avec un meuble et vous y passez. On remarque d’ailleurs que Rose a la fâcheuse tendance à être gênée par le moindre petit obstacle. Bref, on a connu mieux.

Enigmes faciles et fuites désespérantes entachent légèrement l’expérience mais c’est finalement l’inconsistance même de l’aventure qui est son véritable défaut. Si les deux premiers tiers se veulent très convaincants, autant visuellement que dans la façon dont se pose tranquillement l’histoire, le dernier tiers cumule les fautes. Pris dans des environnements autrement moins scintillants qu’au départ, et même si d’un point de vue strictement graphique l’ensemble reste de bonne facture, on passe les derniers niveaux à vivre une succession trop rapide d’événements, entrecoupés d’actions à accomplir qui sont le mal du jeu vidéo : tourner des vannes et appuyer sur des boutons. Au terme de cet enchaînement, la fin tombe comme un couperet, nous laissant sans voix face à un jeu qui a visiblement tenu à couper court le formidable début d’aventure qu’il s’est évertué à soigner. C’est dommage, d’autant qu’il n’y a aucune raison d’y revenir. A l’issue de ces cinq heures de jeu, on a globalement apprécié notre périple sur l’Hélios, mais quelque chose nous dit qu’il aurait pu être autrement plus grandiose.

3/5
A bord de l’Hélios, on vit une aventure plutôt intéressante dans l’ensemble. Le scénario, les personnages, l’écriture en général et l’ambiance visuelle accrocheuse sont au rendez-vous, du moins pour les deux premiers tiers de l’aventure. Passé cela, les choses s’enchainent trop vite, les petites fautes s’accumulent en essayant de créer de l’interaction sans y mettre vraiment de fond. Il valait peut-être mieux s’axer exclusivement sur l’aspect walking simulator et laisser de côté énigmes trop faciles et gestion de menaces péniblement conduite. Close to the Sun n’en demeure pas moins une expérience à tenter à l’occasion si vous aimez les jeux d’ambiance, domaine dans lequel il fait un très bon travail compte tenu de sa stature.

+

  • Direction artistique soignée et maîtrisée
  • Ecriture, ambiance, personnages… Tout y est la plupart du temps
  • Doublage français intégral de bonne qualité

-

    • Enigmes trop simples
    • Phases de fuite mal fichues
    • Dernier tiers et final vite expédiés