Jeux

The Crew 2

Course | Edité par Ubisoft | Développé par Ivory Tower

3/5
One : 29 juin 2018
05.07 à 17h22 par - Rédacteur

Test : The Crew 2 sur Xbox One

On the boats and on the planes, they're coming to America

Toujours prompt à donner suite à ses idées – bonnes comme mauvaises – Ubisoft passe la seconde et offre à The Crew 2 l’occasion de ratisser plus large, haut et profond que son handicapé moteur, châssis et direction de prédécesseur. Forza Horizon a-t-il enfin du mouron à se faire ?

Sitôt la clé dans le contact, les voyants passent presque tous au vert : l’espace d’une course d’introduction permettant de passer de la voiture au bateau en passant par l’avion, The Crew 2 fait montre d’un punch et d’une virtuosité technique qui font mouche. Tremplins ridicules permettant de sauter entre les immeubles à bord d’une sportive aux reins solides, vol acrobatique et slalom sur la baie dans un cercueil profilé, tout y est ou presque. Certes emprunté à la concurrence et parsemé d’encouragements ringards, l’emballage a quant à lui le bon goût d’abandonner les grotesques prétentions hollywoodiennes du premier volet. Ces quelques minutes, le titre d’Ivory Tower les maîtrise globalement très bien. Forcément, on s’attend donc à vivre quelques dizaines d’heures de haute volée, peuplées de transitions spectaculaires (merci Chris Nolan) entre disciplines mariées de force mais garanties sans numéro musical.

the crew 2 test 1

Pas de bol, la suite se révèle nettement plus classique. En dehors de quelques événements majeurs encourageant la mixité, The Crew 2 tend à cloisonner ses compétitions : courses en ville, off road, épreuves aériennes ou navales et autres à-côtés sont praticables les uns indépendamment des autres. Si le procédé n’a rien de scandaleux, l’occasion de proposer des chassés-croisés divers et variés était vraiment belle, et sera donc amèrement regrettée. La progression globale se montre donc tout à fait classique, avec un niveau de popularité qui grimpe petit à petit, entraînant l’apparition de nouvelles courses, et ainsi de suite. Il y a (très) largement de quoi faire, mais il faudra composer avec une IA des plus artificielles qui soient. Jamais véritablement larguée, elle rapplique au premier virage et vient se caler quelques dizaines de mètres devant vous, freinant ensuite grossièrement pour relancer le cycle, vicié et vicieux. On finit par accepter cette élastique concurrence, mais avaler les angles droits et filer comme le vent sans jamais être réellement le roi de la piste saoule à vitesse grand V8.

the crew 2 test 2

Ce qui serait tout à fait secondaire si The Crew 2 proposait un pilotage remarquable s’avère plus gênant dans un titre qui n’a pas profité des errances de son aïeul pour enfin trouver la bonne formule. A viser encore plus large, cette suite se contente d’approximations qui pénalisent les sensations, quel que soit le support. Lourde et imprécise, la conduite rappelle les Need for Speed les plus médiocres : à bord de guimbardes dont on peine à sentir l’extrême puissance, on trajecte comme on peut dans des courbes d’autant plus difficiles à sentir que le spectre d’être systématiquement rattrapé par le second n’est jamais loin. La tentation de matraquer la touche de nitro, toujours réelle, s’accompagne comme chez EA d’un léger impact sur le compteur et d’un FOV qui prend quelques degrés, autant dire pas grand-chose. Avec les véhicules adaptés, le hors-piste se fait plus satisfaisant, même si le moteur physique a tôt fait d’afficher ses limites. En l’air et sur une eau désespérément plate, on refrène difficilement ses bâillements. Pour mettre en avant son extrême polyvalence, The Crew 2 a sacrifié toute ambition dans le pilotage, ici dénué de technique et donc trop souvent de fun.

« The Crew 2 invite à l’aventure, mais ne parvient pas à capter durablement l’essence d’un bon jeu de course. La taille ne fait pas tout »

Regrettable, ce parti pris prive le jeu du studio lyonnais d’un caractère, d’une signature pad en mains. Son style et sa marque, ce simulateur de grands espaces les doit avant tout à son immense vision du territoire américain. Pas vraiment à l’échelle mais nécessitant tout de même une grosse demi-heure pied au plancher pour être traversés, ces Etats-Unis condensés sont la promesse d’une liberté idyllique. Avec des cieux et points d’eau désormais ouverts, l’American Dream d’Ubisoft force d’autant plus le respect qu’aucun chargement ne sanctionne les téléportations, même abusives. Passer de Miami à Seattle se fait en un clin d’œil, comme à bord d’une Tesla catapultée dans l’espace par un phallus capitaliste. Quadrillages urbains, longues interstates, monuments reconnaissables à dix bornes et autres visions d’excès captées à tous moments de la journée (et de la nuit) forment un appel à la balade difficile à ignorer. C’est d’ailleurs, comme pour le jeu de 2014, la principale force du titre : pas assez technique pour faire un bon jeu d’arcade et trop ordinaire dans son architecture, The Crew 2 peine à titiller le compétiteur avide de pôles, de chronos et de hight scores. L’amateur d’excursions motorisées version America Fuck Yeah a cependant de bonnes raisons de tenter l’aventure, ne serait-ce que pour le plaisir de la découverte – et aussi parce que, même avec un avatar de couleur, on ne risque pas le lynchage à tous les coins de rue.

the crew 2 test 3

Captivé par des panoramas d’une diversité dingue, il saura sans doute excuser les carences techniques d’un jeu qui paie inévitablement sa grandeur et son immédiateté de tous les instants. Pour montrer du praticable à perte de vue et maintenir une fluidité remarquable, The Crew 2 compense avec un retard à l’affichage parfois notable sur des éléments proches, par exemple. Grossières, certaines textures font grincer des dents, renvoyant occasionnellement à la génération précédente. Sur ce plan comme sur tant d’autres, Forza Horizon 3 – certes plus ramassé en termes de superficie – conserve plusieurs longueurs d’avance. On aura aussi tiqué sur la navigation étonnamment difficile, tant sur la lisibilité du GPS que celles des embranchements. Les courses sur circuit comme les longues promenades sont trop souvent parsemées de sortie de piste douteuses, et l’on finit du coup très vite par regretter l’ancien modèle aérien, peu discret mais nettement plus pratique.

3/5
Forcément moins frais que son prédécesseur, The Crew 2 compense avec une ouverture bienvenue, une progression moins portée sur le grind et une souplesse de navigation impressionnante. Pour autant, et quelle que soit la discipline choisie, le pilotage est trop convenu pour permettre à la licence de trouver une identité autre que celle que lui confère son pitch. The Crew 2 ne vit donc que par sa carte immense, qui invite certes à la balade mais ne donne jamais envie de prendre racine dans son siège baquet.

+

  • Du kilomètre carré à revendre
  • De jolis panoramas
  • Beaucoup de disciplines
  • Pas de scénario envahissant
  • Et moins de grind !

-

    • Pilotage sans subtilité
    • IA basique et pénible
    • Lisibilité médiocre
    • Pas toujours très joli
    • Manque de charme global

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