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Eternal Sonata

RPG | Edité par Namco Bandai Games Inc. | Développé par Tri-crescendo

4/5
360 : 19 octobre 2007
21.11 à 23h02 par |Source : http://www.xbox-mag.net/

Test : Eternal Sonata sur Xbox 360

L’enfance est bercée de contes et de chimères. Les précieuses années où chacun frôle, plus que jamais dans tout le reste de sa vie, le monde de l’imaginaire et du merveilleux. Des histoires racontées au moment de s’endormir aux intenses batailles livrées dans les cours de récréation, les enfants sont, bien plus que nous, des rêveurs incessants. Lorsque l’enfant grandit, il part chercher cette part de fantastique dans le cinéma, la lecture, la musique… On peut penser qu’en vieillissant, on perd sa naïveté, son innocence et avec, la facilité de rêver. D’où cette recherche sans doute éternelle du rêve chez l’adulte. Et Eternal Sonata nous propose justement, de visiter le dernier rêve d’un mourant.

Prélude

12 place Vendôme, Paris. Frédéric Chopin vit ses derniers instants entouré de son médecin et de quelques proches qui l’ont toujours accompagné. Le diagnostic est sans appel : le compositeur, alors âgé de 39 ans, est à l’agonie, plongé dans ce qui sera son dernier sommeil. Assis à son chevet, on évoque une histoire que l’on murmure, une histoire qui raconte que les mourants plongent dans un ultime songe les transportant dans des univers lointains. Et pendant que Chopin semble rêver, son état de santé ne fait que se détériorer.

Polka est une jeune fille aux pouvoirs magiques prodigieux mais qui sonnent comme le glas d’une malédiction aux yeux des autres. Sa capacité à utiliser la magie annonce que son corps est condamné et nul n’a envie de s’approcher d’une damnée. Allegretto et Picolo sont deux frères bourrés de nobles idéaux, deux jeunes vauriens au cœur d’or. Mais ils commencent à s’interroger sur la sincérité de leur souverain, qui augmente les taxes… et la famine chez les plus démunis et les orphelins. Tous trois vont décider de partir à sa rencontre, réclamer audience et chercher des réponses aux questions qui les habitent. Très vite, ils croiseront Chopin qui décidera de les accompagner, tout en ayant parfaitement conscience qu’il est dans un rêve. Jusqu’à ce que, petit à petit, il commence à se remettre à son tour en question.

Si Blue Dragon avait été prodigieux par la simplicité de son scénario (« Moi je suis le méchant. Parce que j’ai envie de l’être tout simplement »), Eternal Sonata ne s’embarrasse pas non plus d’une envolée lyrique ébouriffante. Le scénario se veut simple et accessible, tenant plus du gentil conte que de la grande histoire politique (Final Fantasy XII en tête), tout cela aidé par le choix graphique fait sur le titre qui le transforme en jolie fable. Découpé en chapitres de manière quasi transparente, de vrais morceaux historiques entiers sont incorporés au mélange. La vie de Chopin est racontée sur fond musical avec défilement de photos au ralenti. Les documentaires d’Arte peuvent s’inquiéter de la nouvelle concurrence vidéoludique en approche. Toujours intéressants mais peut-être un peu anecdotiques pour le joueur lambda, ces rappels auront cependant le mérite d’enrichir un peu la culture de chacun ce dont peu de jeux peuvent se targuer. Eternal Sonata, premier RPG éducatif.

Concerto

S’il est un fait bien connu de tous, c’est qu’un RPG commence par un peu de palabre comme on l’aime (ou pas). Il faut planter le décor, dévoiler le caractère des personnages que l’on suivra et puis hop, cheminement habituel. Ne nous mentons pas, les RPG se ressemblent tous dans le déroulement. Un monde découpé en zones, des combats plus ou moins aléatoires, de l’expérience, des objets, un scénario, des cut-scenes, de la musique, généralement plutôt bonne, etc. Tous cherchent pourtant à se démarquer du lot, et Eternal Sonata aussi. On pourra ainsi mettre en avant les deux éléments qui différencient le titre de la multitude : le système de combat et l’intégration de la musique.

Le jeu connaît deux types de zones. Le premier type regroupe les villes et les villages, des « pauses » dans l’aventure en quelque sorte. De petits havres de paix dans lesquels on converse et se repose. Le second type, le plus important, définit les zones dites d’exploration. Jusque-là, c’est assez classique. Dans ces endroits contenant moult trésors et monstres à occire, il appartient au joueur de choisir s’il traverse la section d’un bout à l’autre tranquillement ou au contraire s’il veut affronter les monstres qui apparaissent à l’écran. Point de combats aléatoires, ici tout est prétexte à une bonne partie de cache-cache. Au bout d’une zone d’exploration, le plus souvent, se trouve un boss qui attend sagement de prendre sa raclée.

Le système de combat d’Eternal Sonata est en apparence assez simple. Mélange de tour par tour et d’action libre, il permet à chaque combattant d’agir librement une fois son tour venu et il en va de même pour vos adversaires. Ajouté à cela le jeu d’ombre et de lumière que l’on apercevait dans la démo et qui se veut bien plus riche que prévu. Certains monstres réagissent différemment selon l’éclairage qui les entoure et deviennent ainsi plus puissants ou faibles en fonction de leur position sur le champ de bataille. Quant à vos héros cel-shadés, c’est également la lumière qui détermine le type d’attaque spéciale qu’ils peuvent utiliser. Le panel d’action d’un personnage est assez limité au premier abord : une attaque normale, une attaque spéciale Lumière/Ombre, un bouton de parade et un bouton pour utiliser un objet « équipé ». Pourtant, c’est en jouant que le titre révèle toute sa saveur. En effet, les personnages ne sont pas les seuls à évoluer en gagnant de l’expérience. A certains moments du jeu, vos efforts sont récompensés par un nouveau niveau de combat. Il faut comprendre par là qu’à chaque nouveau palier, le système vous offre de nouvelles possibilités… tout en compliquant les combats.

Ainsi, vous gagnerez l’utilisation du système d’Echos qui permet en accumulant des coups normaux de démultiplier la puissance d’une attaque spéciale. Attention cependant à bien remplir la jauge, toute attaque spéciale lancée la vidant complètement. Plus tard dans le jeu, la possibilité d’avoir deux attaques spéciales au lieu d’une est acquise, et ainsi de suite. En contrepartie, le temps qui vous est attribué diminue. En effet, au tout début du jeu, en début de tour, votre jauge d’action ne diminue pas tant que vous ne bougez ou n’attaquez pas, vous laissant ainsi le temps de convenablement réfléchir à ce que vous allez faire. Plus tard, ce temps illimité passera à une poignée de secondes, vous obligeant à anticiper au tour précédent les actions du suivant. Un système de combat qui finalement, s’affine avec l’âge. Peut-être trop tardivement cependant, les choses devenant vite répétitives. A côté du cheminement linéaire du jeu, cet aspect redondant est sans doute ce qui est le plus susceptible de rebuter sur la durée dans Eternal Sonata.

Comment, enfin, ne pas parler de la musique du soft ? Au cœur du jeu, intégrée à chaque élément à l’écran, tout est prétexte à la mélodie. Du nom des personnages à celui des villes, des effets musicaux déclenchés par les combats à l’ensemble des bruitages du titre qui se marient dans une douce symphonie avec les pistes du jeu, Eternal Sonata semble être plus un hommage à la musique qu’à Chopin en lui-même. Des Partitions sont disséminées au cœur du jeu, vous permettant de jouer la chansonnette avec les habitants que vous croiserez. En vous débrouillant bien, vous obtiendrez des objets rarissimes. Il est même possible d’écouter les musiques du jeu dans le menu, chose dont on ne se prive pas.

Quant à la qualité technique du titre, elle est indubitable. Un cel-shading fin, efficace, redoutable même. Un choix artistique précis qui ne laisse pas de place au mauvais goût malgré certaines couleurs criardes. Qu’importe, rien ne choque, rien ne heurte, tout est gracieux et se rejoint harmonieusement. Il est même laissé à la disposition du public le choix de la langue des personnages. Japonais ou Anglais… A croire que l’éditeur a tout compris en offrant aux joueurs quelque chose d’aujourd’hui indispensable. En parlant de doublages, sachez que ceux-ci sont plutôt bons, y compris en anglais. Que demander de plus ? Du français peut-être, mais on ne va pas chipoter à ce point.

Surprenant et charmeur, Eternal Sonata nous fait de l’œil derrière sa couverture technique parfaite et son système de combat évolutif et impulsif. Cependant, ce qu’il ne nous dit pas, c’est que son scénario plutôt léger rend le jeu finalement un peu trop accessible et sans réelle difficulté malgré les boss éparpillés un peu partout. Malgré cela, le jeu de Tri-Crescendo convainc sans peine face à ses prédécesseurs avec les cartes qu’il a en main… Du moins jusqu’à l’arrivée d’une concurrence plus… spatiale.

+

  • Une intégration parfaite de la musique
  • Une bande-son remarquable
  • Un système de combat original
  • Techniquement magnifique

-

    • Un scénario un peu léger
    • Un peu trop linéaire
    • La difficulté, pas vraiment présente