Jeux

Life is Strange : Saison 1

Action/Aventure | Edité par Square Enix | Développé par DONTNOD Entertainment

5/5
One : 30 janvier 2015
31.10 à 13h00 par

Test : Life is Strange : Saison 1 sur Xbox One

Le relatif échec de Remember Me et les difficultés structurelles connues ces dernières années semblent faire partie du passé pour DONTNOD. Le développeur français est de retour sur la scène vidéoludique avec un jeu d'aventure au format épisodique dont le premier épisode a débarqué sur les deux consoles de Microsoft en toute fin de mois dernier. Baptisé Life is Strange, le soft semble vouloir tenter de surfer sur la vague des jeux d'aventure "à la Telltale", avec comme élément différenciateur un univers peu rependu dans le jeu vidéo et le pouvoir de contrôler le temps.

Cinq ans après avoir déménagé pour Seattle et laissé derrière elle une grande partie de sa vie d’enfant, Max Caulfield est de retour à Arcadia Bay, une petite ville côtière d’Oregon. Vous voyez déjà le cadre : voisinage souriant, ambiance paisible, forêt verdoyante aux alentours et ensoleillement comme on ne le ressent que dans le nord-ouest des Etats-Unis. Un cadre sympathique quoi qu’un peu paumé pour Max, 18 ans, étudiante en art et spécialisée dans la photographie. Tout semble tranquille, si ce n’est qu’une jeune fille du bahut est portée disparue et que notre héroïne découvre non seulement qu’elle a des visions d’apocalypse en plein milieu du la journée mais qu’en plus lui est apparu un étrange pouvoir : celui de remonter dans le temps. Girl, that escalated quickly comme qui dirait. Un temps effrayée par cette découverte, Max ne tarde pas à en faire usage et commence ainsi à recoller les morceaux du puzzle mystérieux qui entoure la ville d’Arcadia Bay.

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Ainsi se lance le premier des cinq épisodes qui composeront Life is Strange. DONTNOD embrasse ainsi la méthode de distribution largement popularisée par Telltale, mais la comparaison entre les titres s’arrête ici. Durant les deux heures et quelques petites minutes au contact de Max et du monde de Life is Strange, on découvre une sorte de mélange entre un point’n'click traditionnel et une expérience contemplative plus proche d’un récit dont on serait le héros. Pas au point d’être comparé à Dear Esther (expérience unique en son genre à zieuter du côté du PC), mais pas non plus aussi dynamique, toutes proportions gardées avec la définition du mot dynamique, qu’un Walking Dead ou The Wolf Among Us. Ainsi, Life is Strange propose une expérience vierge de tout QTE, de martellement de bouton pour ramper ou de tentative de simulation de conduite. Il n’est d’ailleurs question à aucun moment de devoir choisir sa réponse en trois secondes sans arriver à lire la moitié des propositions. Life is Strange c’est plutôt une myriade d’interactions possibles avec les éléments du décor, déclenchant neuf fois sur dix les pensées de Max. La plupart du temps, cela n’a aucune incidence – du moins on l’imagine – sur le déroulement de l’aventure et sert simplement l’ambiance. Ca le fait d’ailleurs très bien.

« Life is Strange propose une expérience vierge de tout QTE, de martellement de bouton pour ramper ou de tentative de simulation de conduite. Il n’est d’ailleurs question à aucun moment de devoir choisir sa réponse en trois secondes sans arriver à lire la moitié des propositions »

Vous comprenez donc qu’il faut être réceptif aux petits plaisirs contemplatifs pour espérer accrocher à l’expérience. Life is Strange propose néanmoins sa série de choix qui auront des conséquences (dont on ne ressent pour le moment que très peu les effets, rien d’étonnant à ce stade du jeu), même si là encore le joueur n’est jamais pris au dépourvu. D’une part parce qu’il dispose de tout son temps pour répondre à une situation claire et précise ; d’autre part car la capacité de contrôler le temps entre en jeu. Une pression sur la gâchette jusqu’au moment fatidique et hop, on change notre réponse. Notez néanmoins que passé un certain avancement dans le jeu, il n’est naturellement plus possible de faire machine arrière. Le contrôle du temps est utilisé de manière intéressante : l’action rembobine mais Max, elle, demeure spectatrice en quelque sorte. Elle a donc tout loisir pour régler en problème en retournant modifier un élément perturbateur quelques minutes avant l’instant fatidique. Pleinement consciente de ses mouvements, Max a ainsi ponctuellement quelques petites énigmes à résoudre, sans pour autant encourir une quelconque pénalité si ce n’est de devoir revenir en arrière et recommencer.

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Life is Strange est un peu à la frontière entre le jeu et le roman interactif. Il repose en très grande partie sur l’ambiance, l’univers, les dialogues et de ce côté-ci, on peut dire que DONTNOD a fait du très bon travail. Le choix d’une thématique lorgnant du côté des adolescents et leurs «problèmes» est une entreprise tout de même risquée, mais les développeurs sont parvenus jusqu’ici à rendre cela digeste. Pas sûr d’ailleurs que ce portrait de famille parle beaucoup aux ados ; peut-être s’agit-il là d’une vision de jeune adulte à propos d’une période qui ne lui est pas si éloignée que ça. Les protagonistes de l’histoire de Max sont plutôt nombreux, jouent des clichés parfois habilement, parfois de manière un peu trop grossière. Geek rêveur, dessinateur en surpoids, méchant quarterback, skateur au langage incompréhensible : servez-vous. Mais quoi qu’il en soit, malgré les impairs, l’univers de Life is Strange est soigné et rapidement prenant. On s’attache déjà au personnage de Max, même au prix d’animations faciales très en deçà des attentes et d’une synchronisation labiale foirée. Le constat est d’ailleurs applicable à tous les personnages du soft. Si le parti-pris artistique est intéressant (on ressent l’atmosphère de ces villes du nord-ouest américain), le résultat globalement satisfaisant souffre des animations ratés et des regards vides, inexpressifs. Heureusement le niveau d’immersion est relevé par des doublages anglais relativement bons et une bande sonore portée par quelques balades parfaitement dans le ton.

Episode 2 : Out of Time

En dépit d’un mois de mars tumultueux pour DONTNOD et Life is Strange, entre les fuites et les rumeurs de report, le second épisode des aventures de Max Caulfield est finalement arrivé sans mal jusqu’à nos Xbox. Le temps de se remettre dans le bain avec quelques minutes résumant un premier épisode de très bonne facture, nous revoilà à l’université de Blackwell. Les questions étaient nombreuses à l’issue du précédent chapitre, mais ce n’est pas pour autant que l’on tarde à faire face à de nouvelles problématiques, aux conséquences potentiellement importantes voire dramatiques. Si l’on pu croire jusqu’ici que Life is Strange ne prenait pas trop de risques et évitait de mettre son héroïne dans des situations véritablement difficiles, les choses sont toutes autres avec ce deuxième épisode.

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Durant les deux heures qu’occupe une nouvelle fois Life is Strange, on part d’une progression contemplative pour évoluer au cœur d’une intrigue grandissante et d’événements qui, peu à peu, s’emballent. Nous commençons à ressentir les effets de nos choix, on est parfois tiraillé entre ce qui nous apparait comme évident et notre fort intérieur qui nous dit que, non, ça ne peut pas être aussi simple. Nous découvrons également avec intérêt la manière dont le titre met à profit l’exploration. Si on la pensait un moment seulement contemplative, force est de constater finalement que rien n’est laissé au hasard et que, tôt ou tard, une phrase lue ici ou là pourra avoir une importance majeure dans la suite des événements.

Cet épisode fait également un focus sur deux personnages proches de Max, et avec lesquels on sent qu’il sera difficile de satisfaire l’un sans nuire aux intérêts de l’autre. Dans un autre registre, on apprécie également de passer plus du temps en dehors de l’université, au contact d’autres personnes et dans des environnements dépeignant une région des Etats-Unis telle que l’on l’imagine en tant «qu’étrangers». L’univers de Life is Strange prend avec cet épisode la consistance qui lui manquait peut-être un peu à la fin du premier épisode. En dehors d’un passage un peu longuet à mi-parcours (et toujours cette vision de l’adolescence particulière, pas hors sujet mais assurément anachronique), on ne peut que saluer le très bon travail de DONTNOD et espérer que la suite soit au moins du même calibre.

Episode 3 : Chaos Theory

L’attente a encore été longue mais nous y sommes, de retour aux commandes de Max pour un troisième épisode intitulé Chaos Theory. Après un second chapitre particulièrement mouvementé, riche en émotions et choix cruciaux, nous avions hâte de voir comment DONTNOD allait permettre à son aventure de tenir la cadence et de nous conserver, nous, en haleine face à un mystère qui semble s’épaissir à chaque fois un peu plus.

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Chaos Theory nous embarque pour un peu plus de deux heures (comptez-en trois si vous êtes du genre à farfouiller un peu partout), dans des lieux que l’on connait désormais assez bien, à une exception seulement. Le périple est donc moins propice à la découverte qu’il n’avait pu l’être dans le second épisode, duquel Chaos Theory se détache par ailleurs par son rythme plus posé et ses dilemmes auquel il est plus facile de répondre… Du moins en apparence.

Démarrant doucement histoire de nous permettre de nous imprégner de l’atmosphère si particulière d’Arcadia Bay, ce troisième épisode distille tranquillement informations et nouveaux mystères et va crescendo vers des événements qui transformeront à coup sûr votre perception de l’aventure Life is Strange. Plus posé d’une manière générale histoire de bien nous surprendre, plus intimiste que ses prédécesseurs, Chaos Theory achève de nous faire nous attacher profondément à Max. Dommage qu’il faille toujours composer avec une synchronisation labiale foireuse… Mais à la lumière des événements de cet épisode, au moins aussi bon que le précédent – si ce n’est meilleur -, ce qui était un reproche au sortir du premier chapitre se fond désormais dans un ensemble dont les qualités surclassent largement n’importe quel défaut.

Episode 4 : Dark Room

Dernier tournant avant la conclusion d’une aventure jusqu’ici très riche en émotions et rebondissements, le quatrième épisode de la saga Life is Strange conclue deux mois d’attente difficilement supportable. Vous vous en souvenez, le chapitre Chaos Theory se clôturait sur un moment très fort ; nous étions donc très curieux de savoir comment DONTNOD allait gérer la suite de cet événement.

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C’est dans ces conditions «nouvelles» (que nous ne détaillerons pas pour éviter tout spoiler), que se déroule le premier quart de l’aventure. Max doit ainsi faire face aux conséquences de l’utilisation trop poussée de son pouvoir, et se rend compte que non, il n’est pas possible de tout régler à coup de voyages dans le temps. Débutant sur un moment fort, cette séquence est l’occasion pour les développeurs de montrer une fois de plus qu’ils ont des ressources pour nous plonger dans des situations délicates sans trop exagérer sur l’aspect dramatique de la situation. Dark Room offre ainsi un début d’aventure relativement posé, avant de laisser place à des séquences autrement plus animées.

Ce quatrième chapitre est le plus long de tous : comptez entre trois et quatre heures pour en voir le bout selon que vous soyez ou non du genre à cliquer sur tout ce qui brille. Bien rythmé, cet épisode marque un léger changement dans les mécaniques de jeu. La manipulation du temps est reléguée au second plan (on s’en sert deux ou trois fois tout au plus) mais le soft introduit une séquence d’enquête où il s’agit d’observer les indices collectés et de les regrouper entre eux. Une bonne dose d’observation est nécessaire pour jouer les Sherlock Holmes. L’intérêt de Dark Room est aussi de nous faire ressentir l’impact de nos choix faits dans les précédents épisodes : la personne qui aurait pu être une alliée n’accordera peut-être pas sa confiance sur ce coup… Mais si c’était un mal pour un bien ?

Comme Chaos Theory, Dark Room ne lésine pas sur les efforts pour nous tenir en haleine et distille enfin quelques informations sur l’intrigue principale. Clôturé par une scène qui ne manquera pas de surprendre, ce quatrième épisode fait ce que l’on attend de lui et ouvre la voie à une conclusion qui porte désormais un lourd fardeau : l’obligation d’être à la hauteur du reste de l’aventure.

Episode 5 : Polarized

A la fin de l’épisode 4, les choses s’éclaircissaient un peu plus pour Max tout en prenant une tournure aussi dramatique qu’inattendue. C’est dans ces conditions extrêmes, couplées à la venue d’un chaos climatique que rien ne semble pouvoir arrêter que Max Caulfield va devoir se démener pour mettre un point final à l’aventure Life is Strange.

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Porté par l’immense qualité des précédents épisodes (troisièmes et quatrièmes en particulier), Life is Strange nous embarque ici pour un dernier rush qui ne manque pas de rythme, mettant Max dans des situations parfois critiques, aux frontières du réel, durant un peu plus de deux heures. En tant qu’épisode final, il se déroule naturellement différemment des précédents, laissant transparaître deux grandes périodes fortes, différant par leur approche mais aussi par leur qualité et leur capacité à démêler l’intrigue.

Si la première moitié de ‘Polarized’ s’inscrit totalement dans la lignée de ses prédécesseurs et fait concrètement avancer les choses, la seconde nous emporte dans une spirale temporelle déroutante et tente de clarifier l’intrigue de manière assez inattendue, notamment lorsque Max a droit à une discussion avec un personnage dont nous tairons le nom. La tournure quelque peu moralisatrice peut surprendre par sa ‘facilité’ : on aurait aimé découvrir quelque chose de plus grand, de plus surprenant. On se rend compte alors que bon nombre de choses n’ont pas ou peu d’explications et que certains choix n’étaient finalement pas si importants.

Mais ne vous y trompez pas : ce cinquième épisode est très bon dans sa globalité. Il se clôture sur un moment fort qui troublera assurément plus d’un joueur, même si ici encore un bémol est de rigueur : le choix final n’en est pas vraiment un tant l’un des deux apparaît comme l’aboutissement logique des choses. En dépit néanmoins d’un ‘tout ça pour ça’ qui peut traverser quelques esprits.

5/5
Après nous avoir accompagné pendant près d'une année, il est finalement temps pour Max Caulfield et tous les acteurs de Life is Strange de tirer leur révérence. Durant ces cinq épisodes, DONTNOD nous a raconté une histoire prenante, touchante à plus d'un titre, portée avec force par un personnage principal parmi les plus attachants rencontrés depuis longtemps. Quelque peu anachronique en dépeignant aujourd'hui des comportements de jeunes personnes qui rappelleront sûrement les ados que nous autres trentenaires étions, Life is Strange parvient néanmoins sans aucun mal à nous y faire nous sentir bien, à pousser l'exploration jusque dans les moindres recoins d'Arcadia Bay pour le simple plaisir de la découverte des pensées de Max. Si le premier épisode avait démarré tranquillement, ses successeurs ont su à chaque fois apporté la dose d'intrigue et de tension qu'il fallait pour relancer l'intérêt de l'aventure. Le dernier chapitre n'est certes pas parfait et peut laisser un petit goût d'amertume : mais il s'agit du résultat de grandes attentes provoquées par l'immense qualité de l'aventure dans sa globalité, plus que d'un véritable défaut. Au rayon des regrets, on placera essentiellement la qualité technique, parfois grossière, mais tout de même largement compensée par une ambiance visuelle qui a assurément quelque chose de poétique. On aurait également aimé que nos choix aient une incidence plus grande sur la finalité du périple. Mais la plus grande déception tient assurément au fait que tout cela soit bel et bien terminé, et il y a fort à parier que l'on ne revivra pas une telle aventure avant longtemps.

+

  • Max, un personnage attachant
  • Intrigue prenante
  • De grands moments forts en émotions
  • Ambiance paisible et mélancolique
  • Doublages anglais très bons
  • Un plaisir pour qui aime l'exploration

-

    • Techniquement perfectible
    • Certains choix sans réelles conséquences
    • Tout ne s'explique pas vraiment
    • Un final discutable
  • 24.02 à 07:40

    C’est assez compréhensible dans une problématique de budget… mais pourtant, rien que ça me refroidit pas mal