Jeux

My Memory of Us

Action/Aventure | Edité par IMGN Pro | Développé par Juggler Games / Crunching Koalas

4/5
One : 10 octobre 2018
24.10 à 12h24 par

Test : My Memory of Us sur Xbox One

Un regard d’enfant porté sur les tragédies de la guerre

Le jeu vidéo ne nous donne pas souvent l'occasion du souvenir et du devoir de mémoire. Les polonais de Juggler Games ont choisi de narrer à travers leur jeu de plateforme/réflexion l'un des passages les plus épouvantables de notre ère, à savoir la Seconde Guerre Mondiale. Comment les développeurs ont-ils réussi ou non à transmettre le message qu’ils souhaitaient faire passer ? Et d'un point de vue ludique, est-ce un titre qui mérite que l'on s'y attarde ?

L’histoire commence à notre époque. Une petite fille rêveuse parcourt la ville et s’arrête dans une vieille librairie. Elle y récupère un livre qu’elle montre au propriétaire des lieux, un homme âgé. En feuilletant cet ouvrage ce dernier remarque une photo qui lui remémore bien des souvenirs : ses propres souvenirs. C’est en partant de ce postulat de base que commence My Memory of Us, une aventure qui nous plonge dans le pire conflit que le XXe siècle ait connu. Ainsi, on y contrôle le vieux libraire enfant, accompagné d’une petite fille dont la ressemblance avec celle de notre époque est frappante. Et tous deux vont devoir affronter un monde certes dangereux mais jamais « terrifiant ». Entendons-nous bien : ici, ne vous attendez pas à des scènes d’horreur, de la violence ou de l’hémoglobine. Tout y est habilement suggéré au travers de graphismes en noir et blanc enfantins et tendres à la fois. Cela peut faire penser à la direction artistique du jeu de Playdead, à savoir Limbo, mais l’analogie s’arrête là. Ici l’histoire vous est contée par la voix toujours très juste de Patrick Stewart (nous y reviendrons) qui narre l’histoire des deux enfants aux prises avec la Wehrmacht ici représentée par des robots. Enfin le rouge, parsemée çà et là au sein de nuances grisâtres, est la seule couleur présente dans le jeu et permet simplement de reconnaître les objets à utiliser pour avancer dans les différents tableaux ou de sous-entendre et/ou de dénoncer les tragédies de cette époque. Bref vous l’avez deviné, la direction artistique et la patte graphique participent à l’atmosphère candide du jeu.

memory of us test 1

Au-delà de la représentation graphique très réussie et au ton toujours juste, on sent que les polonais de Juggler Games se sont inspirés de quelques réussites présentes et passées. En premier lieu il y a de nouveau du Limbo et cela se ressent dans la composition de ses tableaux. Bien souvent vous allez devoir faire travailler vos méninges (avec une difficulté somme toute modérée) pour avancer dans les différents niveaux qui composent le titre. Cependant contrairement au jeu danois, vos réflexes seront globalement bien moins sollicités, même si au fur et à mesure de l’histoire les pros du pad que vous êtes ont l’occasion de s’amuser un peu plus. En second lieu, et d’une certaine manière on reste toujours du côté de la Scandinavie, on sent également une partie de l’ADN de The Lost Viking (le titre de Silicon & Synapse qui devint plus tard Blizzard Entertainment pour les plus jeunes d’entre vous). En effet il y a une coopération centrale entre le petit garçon et la petite fille (ce qui renforce notre perception de leur relation amicale très forte). Le premier peut par exemple agiter un miroir pour éblouir les ennemis ou emmener à pas de loup son amie pour ne pas réveiller des soldats. La seconde, quant à elle, peut utiliser un lance-pierre permettant d’activer les leviers des différentes plateformes présentes dans le décor. De plus elle peut courir avec le garçon pour fuir les situations périlleuses. Enfin les quelques casse-têtes (par exemple des assiettes à ranger selon un ordre précis), les phases d’actions (avec des véhicules, mais sans prétention) ou même les phases de jeu de rythme façon Guitar Hero (le passage où la petite fille danse dans un café), cassent la routine et de diversifient le gameplay. On reste donc en terrain connu, sans forcément une grande originalité, mais le contrat est rempli de ce côté-là.

memory of us test 2

Du côté sonore, on ne peut que rendre hommage aux musiques de  Patryk Scelina qui nous ramènent toujours à ce côté naïf et en même temps lourd de sens que prend le titre. Le tout est épaulé par la diction parfaite de l’acteur Patrick Stewart (le professeur Xavier dans les X-Men ou encore Jean-Luc Picard dans Star Trek) dans le rôle du libraire nous racontant l’histoire. Même si, pour la version française, les sous-titres ont quelque fois une traduction approximative et auraient mérité un meilleur traitement. Enfin malgré toutes ses qualités, My Memory of Us souffre d’une maniabilité plutôt lourde et parfois imprécise. Et cela arrive assez souvent d’être un peu agacé lorsqu’il s’agit de jongler entre le contrôle de nos deux protagonistes (surtout lorsqu’ils se donnent la main) ou d’escalader les obstacles. Certes le tout reste bien entendu jouable, mais cela casse le rythme dans certaines situations et on aurait tant aimé que ces défauts ne soient pas présents afin de profiter pleinement du jeu. Un titre qui par ailleurs se boucle en environ 4 heures, voire 5 pour les moins core-gamers d’entre vous.

4/5/5
Le jeu vidéo nous a déjà conté bien des histoires et My memory of Us tire son épingle du jeu en s’avérant extrêmement sincère et touchant. Certes il y a des lourdeurs parfois agaçantes au niveau de la jouabilité mais elles restent minimes tant le thème abordé avec le regard candide d’un enfant sonne juste. Il fait partie de ces œuvres qui, comme La vie est belle ou Jakob le menteur, tendent à suggérer et font réfléchir sur une période dramatique de notre histoire. Avec CD Project Red (The Witcher)et maintenant Juggler Games, la Pologne démontre si l'on en doutait qu’elle possède des développeurs de talent.

+

  • Direction artistique appropriée
  • Variété du gameplay
  • Un propos évoqué avec retenue et pudeur
  • Compositions musicales soignées
  • Narration efficace...

-

    • … En dépit de certaines approximations
    • Jouabilité lourde et parfois agaçante

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