Jeux

Natsuki Chronicles

Shoot'em up | Edité par Qute | Développé par Qute

5/5
One : 25 décembre 2019
07.01 à 14h12 par - Rédacteur en Chef

Test : Natsuki Chronicles sur Xbox One

Plaisir anachronique

Dans les temps, sortir un shoot’em up exclusif à la machine Microsoft du moment était quelque chose de naturel, d’inévitable presque, au point de permettre à la Xbox 360 de se hisser au niveau de la Dreamcast au panthéon des consoles qui ont porté les meilleurs titres du genre. C’est certainement cet héritage, couplé à une prise de conscience tardive d’un grand changement dans l’air qui a conduit en 2014 le développeur Qute à répéter l’opération pour l’annonce de son Natsuki Chronicles. C’est peut-être aussi l’incapacité de la Xbox One à jouer la digne héritière qui a contrarié Qute dans ses projets, portant l’arrivée de Natsuki Chronicles aux confins de la décennie passée. L’attente a été longue, l’inquiétude face au silence immense. Mais sachez les amis que tout cela valait bien son lot de sueurs froides : Natsuki Chronicles est bel et bien là et il se pose comme rien de moins que le jeu que l’on attendait.

Qute, c’est ce développeur qui a produit peu, en un peu plus de quinze années d’activité, mais qui a visé juste à chaque fois. De Judgement Silversword à Ginga Force, en passant par Eschatos, ce jeu au nom quelque peu dérangeant qui cache ce qui est probablement l’un des shoot’em up les plus marquants de sa génération, Qute met du cœur à l’ouvrage. A l’occasion de la sortie de Natsuki Chronicles le 25 décembre 2019, jeu de la famille des shoot’em up à scrolling horizontal, le développeur japonais a porté haut les couleurs de sa réputation et mis les petits plats dans les grands : en plus d’un mode arcade sur lequel nous reviendrons un peu plus loin, Natsuki Chronicles s’appuie avant tout sur son « Chronicles Mode ». Avec dix niveaux, trois sous-niveaux d’entrainement spécifiques aux différents types d’armements et quelques cut-scenes pour la route, on est déjà au-dessus de ce que propose la moyenne du genre. Cela dit, ne vous attendez pas à des miracles concernant le scénario de Natsuki Chronicles. Dans la peau d’une jeune recrue des forces de défense aérospatiales, on part combattre le terrorisme avec conviction mais tout de même quelques doutes sur les motivations de chaque partie prenante. Et puis il y a le «cas Margarett» qui officie comme fil conducteur. Bref c’est assez classique, on apprécie la motivation pour nous fournir un scénario mais dans les faits on s’y intéresse peu ; pas tant par manque de fond mais surtout parce que les voix sont en japonais, les textes en anglais et à moins d’avoir un don particulier il est bien difficile de lire en même temps que l’on évite les boulettes.

Natsuki Chronicles 1

Mieux vaut alors donner la priorité aux priorités et rester en vie. Si Natsuki Chronicles n’est pas un danmaku à proprement parler, du reste pas un enfer fait de gerbes de boulettes à la Cave, il n’en demeure pas moins un grand exercice de dextérité. Mais l’avantage dont il dispose par rapport à la plupart des bullet hell, c’est de s’appuyer sur plusieurs niveaux de difficulté plutôt bien calibrés. De facile à extrême en passant par le mode normal ou difficile, il y en a pour tous les niveaux. Cela ne veut pas dire que vous n’allez pas galérer en facile, mais disons que le jeu de Qute vous donne les moyens de surmonter les difficultés, là encore très intelligemment. Cela s’exprime tout d’abord par le principe de défense de base, avec un vaisseau qui peut encaisser jusqu’à trois tirs dans le buffet, sachant que les boucliers en question se rechargent -lentement- avec le temps. Sur la durée totale d’un niveau, une bonne gestion des défenses peut permettre de prendre quelques coups sans forcément perdre la partie. Et de fait devoir recommencer le niveau en entier. Cela peut sembler sévère mais ça ne l’est pas tant que ça puisque, en cas de victoire comme de défaite, le jeu vous octroie des points « d’étude du niveau ». A chaque niveau gagné, le vaisseau dispose alors d’un Ex Shield supplémentaire (bouclier non rechargeable) et il est possible d’en amasser une bonne dizaine. C’est intelligent parce que l’on avance alors avec plus de confiance dans nos défenses, en même temps que l’on a appris chaque fois un peu plus le fonctionnement des patterns ennemis. Finalement on réussit, plus grâce à notre expérience qu’à l’augmentation des défenses : le plaisir du devoir accompli est au rendez-vous.

Le gain de Ex Shield est néanmoins propre à chaque niveau et si vous ne parvenez pas à passer avec l’équipement de base, vous ne pourrez donc pas compter sur l’expérience « étude du niveau » du stage précédent. On conserve néanmoins l’expérience générale et l’argent qui va avec, le premier élément servant à débloquer des armes et le second à les acquérir. Là encore, on est surpris par la quantité de choses à débloquer, sachant que l’on se lance dans l’action avec trois armes : une frontale, une couvrant l’arrière et une spéciale pouvant aussi bien servir de bouclier que de module d’attaque vertical ou horizontal. Chacun de ces trois slots d’armement peut ainsi être modifié avec de l’équipement fraîchement débloqué, pour élargir la zone de tir ou au contraire la concentrer, opter pour des lasers ou bien des vagues capables de traverses les obstacles, mais en contrepartie moins puissantes… On peut aussi s’équiper d’un dispositif permettant d’encaisser des boulettes sur des points précis du vaisseau. Les armes disponibles par catégories sont très nombreuses et les combinaisons immenses, sachant qu’utiliser les armes 1 et 2 en même temps est possible mais modifie leur champ d’action. Chacune d’elle sera à privilégier suivant les caractéristiques du stage, sachant que Natsuki Chronicles fait partie de ces shmups où l’on trouve des obstacles, des passages où il faudra se faufiler entre deux murs en même temps que l’on évite boulettes et autres lasers.

Natsuki Chronicles 2

Il y a beaucoup à faire et même une fois que le mode Chronicles baisse le rideau, il reste encore beaucoup de travail pour braver les dangers des difficultés supérieures et débloquer encore plus d’armes. Très bien construits, chargés en ennemis de bien des natures différentes, les niveaux invitent à toujours plus d’efforts pour les maîtriser, à anticiper les vagues pour être certain de ne laisser personne sur le carreau et gonfler ainsi le compteur de score (le jeu récompense les vagues abattues complètement et rapidement). Cette envie de permettre au joueur de véritablement dompter le jeu à son rythme se retrouve à tous les étages. On dispose ainsi de la possibilité de régler la sensibilité du mouvement du vaisseau sur deux niveaux pour passer de l’un à l’autre en pleine partie. Natsuki Chronicles permet aussi d’afficher des indicateurs de provenance des ennemis et même des lignes rouges montrant la direction que prennent les projectiles les plus dangereux à l’instant T pour le joueur. Tout cela peut contrarier un peu la lisibilité mais l’affichage des aides est à la discrétion du joueur et constitue tout de même un bel outil d’apprentissage pour les débutants.

Sans cela au milieu de l’écran Natsuki Chronicles est un shmup particulièrement réussi en termes de lisibilité, porté par 60 images par secondes tout à fait stables. Ne vous attendez cependant pas à en prendre plein les mirettes, graphiquement le jeu est très propre mais ne brille pas pour ses détails ou sa direction artistique. On regrette d’ailleurs que les boss notamment manquent un peu de folie dans leur design, mais ce n’est qu’un menu-détail pour un jeu qui propose tout de même sa petite panoplie d’environnements variés : ville, canyon, installations sous-terraines, espace, on voyage pas mal. Mais on retient surtout la bande-son du jeu, avec des thèmes engageants, des sonorités propres aux shoot’em up japonais dont certaines rappellent fortement Eschatos, un jeu qui brillait lui aussi pour la qualité des compositions qui l’accompagnaient. Bref, vous l’avez compris, on prend un grand plaisir à jouer à Natsuki Chronicles.

Natsuki Chronicles 3

Un plaisir qui se prolonge au-delà du mode Chronicles avec un mode Arcade traditionnel où l’on enchaîne les niveaux sans cut-scenes ni points d’expérience, mais avec des classements en ligne basés sur le score obtenu avant l’utilisation éventuelle d’un continue. On débute d’ailleurs sans rien en stock et c’est en multipliant les parties que l’on gagne de nouveaux crédits. Les choses sont également différentes pour la gestion de l’armement : on ne choisit rien au départ mais on récupère les armes à l’intérieur des niveaux, que l’on stocke et qui font aussi office de boucliers. A chaque coup reçu on perd donc l’arme équipée pour passer à celle acquise le plus récemment, jusqu’à revenir éventuellement à l’arsenal de base. Le plaisir de jeu, certes différent, est cependant au rendez-vous et la seule chose que l’on regrette finalement, c’est l’absence de mode deux joueurs. Même si objectivement, la construction des niveaux et le gameplay basé sur l’alternance des modes de tirs et le besoin de couvrir seul tous les angles pourraient faire perdre à l’expérience de son charme avec l’aide d’un second joueur.

5/5
Il lui a fallu presque traverser l’entièreté de la génération Xbox One avant de nous parvenir mais l’attente valait le coup. Natsuki Chronicles est non seulement un excellent shoot’em up mais aussi un jeu bâti avec beaucoup d’amour par Qute, un joli cadeau pour le début de la fin de vie d’une console qui n’a pas eu les grâces du genre. Plaisant à prendre en mains, bien construit, blindé de possibilités d’approches à débloquer et adapté aussi bien aux pros qu’aux débutants, amateurs de danmaku ou non, Natsuki Chronicles est probablement l’un des tous meilleurs shmups auquel vous aurez joué sur cette génération de consoles. En plus, il est rythmé par des compositions réussies. En résumé, et à part pour ses performances graphiques passe-partout pondérées par un 60 fps qui va bien, Natsuki Chronicles mérite toute sa place dans votre bibliothèque de jeux dématérialisés, faute de version boîte.

+

  • Gameplay riche, aux petits oignons…
  • … Adapté à tous grâce à de très nombreuses options
  • Système de progression et d’apprentissage intelligent
  • Des tonnes d’armes à débloquer
  • Bande-son digne de l’héritage Qute
  • Deux modes de jeu complémentaires
  • 60 FPS stables

-

    • Graphiquement très consensuel
    • Histoire difficile à suivre
    • Pas de mode deux joueurs