Jeux

Samurai Shodown

Combat | Edité par SNK Corp. | Développé par SNK Corp.

4/5
One : 25 juin 2019
08.07 à 10h24 par - Rédacteur en Chef

Test : Samurai Shodown sur Xbox One

Et c'est parti pour le Sho

Avec la découverte macabre que fut Samurai Shodown : Edge of Destiny en 2008 sur Xbox 360, on a cru que la saga ne survivrait pas à l’ère post-NeoGeo. On pouvait imaginer que Samurai Shodown se contenterait de ressortir de temps en temps des placards au gré des portages. Considérant le temps qui s’est écoulé depuis le dernier épisode, cela semblait acquis. Mais heureusement SNK, porté par le bon accueil que lui a réservé son public ces dernières années, a fait ce qu’on n’osait plus imaginer : entreprendre la renaissance de cette licence mythique du combat à l’arme blanche. Samurai Shodown est enfin là et c’est, à bien peu de choses près, le jeu que l’on espérait.

Tous les indicateurs étaient au vert avant la sortie officielle de Samurai Shodown sur Xbox One. SNK n’a pas lésiné sur la communication, nous abreuvant de contenu visuel presque chaque semaine depuis l’annonce du jeu fin 2018. Une marque de confiance de l’ex-constructeur dans son produit, confortée par le déploiement d’une démo au Japon. Nous avions essayé cette démo et depuis l’accès à la version définitive du titre, une chose est certaine : Samurai Shodown est bel et bien de retour. Les très bonnes impressions que nous avions eu manette en mains aux commandes de seulement trois personnages se sont confirmées avec désormais seize personnages au casting du lancement de Samurai Shodown. On dans la tranche basse du genre (qu’un Season Pass viendra compléter au fil des mois) avec à l’intérieur de ce roster trois personnages inédits : Yashamaru, Darli Dagger et Wu Ruixiang. Le reste, c’est une sélection de noms et de visages que vous connaissez et qui ont parfois bravé les frontières de Samurai Shodown pour s’inviter dans des crossovers : Haohmaru, Genjuro, Nakoruru, Earthquake, Charlotte ou encore Hattori Hanzo répondent présent. Un condensé de classe à l’épreuve du temps et qui n’a d’ailleurs pas subis de grandes modifications de desgin ; on est au contraire devant quelque chose qui transpire le Samurai Shodown de l’ère NeoGeo. SNK a mis au placard ses aspirations au changement qui avaient compliqué le lancement de King of Fighters XIV, tant mieux !

Samurai Shodown test 1

Aussi vrai que le chara-design a traversé le temps pour nous revenir sous sa forme la plus pure, il en va de même pour le gameplay de ce versus fighter, en bonne 2D comme on l’aime. Oubliez l’horripilant Samurai Shodown Sen, on est ici face à un reboot en bonne et due forme, un redémarrage qui s’est efforcé de balayer les erreurs passées pour proposer une expérience respectueuse de sa forme originale. Il est même assez surprenant de constater à quel point Samurai Shodown 2019 se cale naturellement aux côtés des cinq épisodes précédents, tous sortis sur NeoGeo. On retrouve ainsi une palette d’attaques basée sur un trio coup faible/moyen/fort, à laquelle s’ajoute la possibilité de mettre des coups de pied. S’ils ne font quasiment aucun dégât, les petits coups de pied bien placés permettent de créer des ouvertures dans la garde, en vue d’y placer la frappe la plus violente possible. Cela ne passe d’ailleurs pas forcément par un coup spécial, branche sur laquelle Samurai Shodown se repose assez peu au regard des autres jeux de combat en 2D. Il y a en a quelques-uns, plus ou moins classiques, mais dès lors qu’il est question de punir l’ennemi, un bon gros slash avec le bouton B lui remet les idées en place. Comme par le passé, Samurai Shodown s’appuie sur des affrontements courts, intenses, où tout peut basculer en une fraction de seconde. Et il n’y a pas grand-chose à dire, si ce n’est que ça fonctionne toujours diablement bien.

Samurai Shodown test 2

Plaisant dès les premiers instants, Samurai Shodown n’en demeure pas moins un jeu où l’art de maîtriser un combat demande un certain investissement. Mais à la différence d’autres cadors de la baston qui offrent un gameplay plus ou moins offensif et où la maîtrise des combos est -entre bien d’autres choses- indispensable à terme, Samurai Shodown prend le parti de la défense. Même s’il permet d’utiliser un mode « rage » pour augmenter les dégâts et de déclencher une fois par combat une attaque éclair absolument dévastatrice (trop ?), Samurai Shodown est un jeu où l’on passe l’essentiel de l’affrontement à observer, anticiper, chercher l’ouverture et frapper de façon mesurée. Résolument défensif, Samurai Shodown donne au joueur tout ce qu’il faut pour contenir les assauts ennemis. Les gardes parfaites (opérées à l’instant T) permettent d’ouvrir grandement la garde adverse, les contres offrent de plus belles possibilités encore mais la manœuvre est difficile à exécuter au bon moment, à base de quart de cercle et touche qu’il faut. On peut aussi esquiver sur le côté ou encore désarmer l’adversaire avec une attaque brutale ; mais au cas ou l’on se trouve nous-même sans arme à la main, le système de contre se mue alors en capacité à attraper la lame ennemie pour la lui enlever. Ce n’est pas facile à placer mais lorsque l’on réussit, il se dégage un sentiment de puissance, de maîtrise, de satisfaction immense. Le genre de plaisir que Samurai Shodown parvient à prodiguer dans ce qui est assurément une réussite sur le fond.

Samurai Shodown test 4

Sur la forme, Samurai Shodown n’atteint pas la perfection mais convainc. Tout d’abord du côté des modes de jeu qui proposent tout ce que l’on peut attendre d’un jeu de combat. En marge d’un mode Histoire où chaque personnage a droit à son (tout) petit scénario fait de quelques lignes joliment illustrées, on retrouve du versus traditionnel, du contre-la-montre, de la survie classique ou face à chacun des seize personnages à la suite. Un mode entrainement et un tutoriel simple mais complet viennent compléter la proposition hors-ligne. Online, il y a aussi de quoi faire mais les choses ne fonctionnent pas forcément toujours au mieux. Le versus classé ou non est naturellement disponible, avec pour la première partie la possibilité de lancer le matchmaking et d’aller faire autre chose en attendant. Il vaut mieux d’ailleurs, les recherches ayant tendance à tirer en longueur. En non classé, on regrette la trop grande simplicité des salons, pouvant accueillir dix joueurs, mais qui surtout ne prévoient pas de file d’attente. Premier à se placer, premier servi… Ca peut frustrer. L’expérience manette en mains fait le travail mais la qualité des affrontements dépend beaucoup de la localisation de votre adversaire. C’est compliqué avec un américain, chaotique lorsque nous avons rencontré un australien. Filtrer les recherches sur la région Europe est plus que jamais nécessaire. Sinon, on retrouve une composante en ligne assez originale pour un jeu de combat puisque dans le Dojo, on peut combattre les fantômes des autres joueurs, ceux-ci se comportant supposément comme leurs propriétaires, à la manière des Drivatars de Forza. Et comme pour les Drivatars, on reste circonspect face à une IA qui fait absolument n’importe quoi la plupart du temps. L’intelligence artificielle étant supposée s’adapter au style du joueur avec le temps, nous lui laissons le bénéfice du doute mais pour l’heure, ne vous attendez pas à des combats passionnants.

Samurai Shodown test 5

Pour clôturer, nous évoquons bien sûr le rendu à l’écran de ce Samurai Shodown. Bercé par des musiques parfaitement dans le ton, le jeu de SNK n’est objectivement pas une claque technique. C’est archi-stable mais la modélisation, notamment des personnages, trahis lors des entrées sur scène une certaine imperfection. Les visages manquent d’expression, le regard est un peu vide. Mais SNK opère un certain tour de force en rendant l’ensemble d’une part très réussi d’un point de vue artistique, qu’il s’agisse du chara-design inattaquable ou des décors vivants et japonisants à souhait. L’ambiance est au rendez-vous et le développeur parvient à créer une certaine émotion visuelle, avec son style très marqué par des couleurs vives, tempérées par les grands coups de crayons noirs venant dessiner les contours épais des personnages. A défaut d’être techniquement beau, ça l’est assurément d’un point de vue artistique et le plaisir des yeux est renforcé par la grande spécialité de SNK depuis toujours : les animations des combattants. Une fois de plus le développeur japonais met du cœur à l’ouvrage dans un travail que le rythme relativement lent des combats vient sublimer. On prend alors du plaisir à enchaîner les joutes, seul ou à deux et ce ne sont finalement que les temps de chargement un peu longs qui égratignent l’expérience.

4/5
Lorsque l’on a connu l’époque où Samurai Shodown rimait avec quasi-inaccessibilité, on conserve peut-être encore aujourd’hui une certaine forme de respect, de retenue au moment d’y toucher. A cela se mêle une attente forcément très grande, une envie de voir si SNK est parvenu à redonner à Samurai Shodown l’aura de singularité qui l’a caractérisé des années durant. La réponse est oui, doublement oui. Sans prendre de risque mais avec un respect de tous les instants pour ses racines, Samurai Shodown délivre ce que l’on attendait de lui : une expérience versus qui ne ressemble à aucune autre dans un univers brutal et poétique. Les compétiteurs en ligne trouveront certainement la proposition trop timide, voire éculée ; c’est le revers de la médaille pour un jeu qui cherche dans chacune de ses actions un moyen de se rapprocher de ce qu’il était, quitte à oublier certains standards d’aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, Samurai Shodown cuvée 2019 est un excellent Samurai Shodown, à placer dans le haut de la pile du versus fighting sur Xbox One et au-delà.

+

  • Digne successeur des épisodes NeoGeo
  • Gameplay jouissif
  • Une vision du versus fighting très singulière
  • Fait pour plaire à tous les types de joueurs
  • L’essentiel des modes solo est là
  • Framerate stable au possible
  • Animations au top, comme toujours chez SNK
  • Ambiance visuelle et sonore au poil…

-

    • … Bien que techniquement perfectible
    • 16 personnages, c’est un peu juste
    • Modes en ligne simplistes, voire mal fichus
    • Temps de chargement un peu longs
    • Combattre les fantômes des joueurs, un joyeux bordel