Jeux

Streets of Rage 4

beat'em up | Edité par DotEmu | Développé par Guard Crush Games

4/5
One : 30 avril 2020
04.05 à 20h19 par - Rédacteur en Chef

Test : Streets of Rage 4 sur Xbox One

Moins attendu que l’Inquisition Espagnole, plus fort encore !

Il y a les suites que l’on espère, que l’on guette à chaque gros événement. Parfois en vain. Mais à l’inverse de licences telles que Shenmue ou Duke Nukem, Streets of Rage semblait avoir atteint un palier tout autre : celui de la postérité. Il faut cependant croire que rien ne meurt dans le jeu vidéo et du portage opportuniste à la renaissance formidable, cette génération aura définitivement été celle du coup d’œil permanent vers le passé. Nouvel épisode d’une licence porteuse de la passion de toute une génération pour une marque et un genre, ce chapitre n°4 a-t-il ce qu’il faut dans le ventre pour faire honneur à la patrie et laver l’affront Streets of Rage 3 ?

La rancune est tenace oui. Même si cela peut paraitre injuste car dans le fond, tout n’était pas à y jeter, Streets of Rage 3 est passé près de rester pour l’éternité l’épisode qui a tué l’un des noms favoris des sega-sex millésimés 16bits. Depuis 1994 et cet épisode ô combien bancal, vendu amputé de la promesse faite image à l’appui que l’on allait conduire des motos (rien que ça vous validait un achat day one), on a bien cru que Streets of Rage était définitivement une série éteinte. Le coup de grâce nous a d’ailleurs sembler arriver il y a quelques années, lorsque l’on apprenait que Ruffian Games (Crackdown 2) avait travaillé sur un certain Streets of Rage 3D, avant de l’abandonner. Si un développeur était incapable de pondre un jeu-service dont on savait qu’il allait probablement être à des années-lumière de ce dont la série et ses fans avaient besoin, pouvait-on imaginer qu’un quatrième et véritable Streets of Rage naitrait un jour ? Au jeu du défi, le trio Lizard Cube, Dotemu et Guard Crush a répondu présent. Nous avons donc le plaisir, la joie, de lancer sur Xbox One le fruit de ce travail rondement mené et de surcroit débarqué le jour même de sa disponibilité sur le Xbox Game Pass (ndlr : ce qui nous a permis de le tester).

Mr.X n’est plus. Il a épuisé son stock de méthodes plus ou moins orthodoxes pour parvenir à chaque fois dans les années 90 à venir nous coller des bastos dans le buffet. Mais la ville reste en proie au chaos, à la criminalité, à la violence qui a pignon sur rue sans que personne ne semble pouvoir être capable d’y mettre un terme. Personne ? Non ! Un quatuor d’irréductibles justiciers entend bien sillonner la ville de fonds en combles pour y dégager toute la vermine qui s’y trouve. Jusqu’à mettre la mandale finale dans la face des personnes responsables de ce grand n’importe quoi. On retrouve ainsi les inamovibles Axel et Blaze, accompagnés de Floyd (le gros bras façon Max) et Cherry, fille d’Adam Hunter. On imagine que vous avez déjà joué, vu, entendu parler de Streets of Rage avant d’ouvrir cette page mais dans le cas contraire, sachez que vous êtes ici dans l’approche la plus « brute », traditionnelle, mécanique du beat’em up. On débarque dans la rue et on progresse de gauche à droite en filant des coups aux nombreux vilains qui s’y trouvent, jusqu’au bout du niveau où l’on fait inévitablement la rencontre d’un opposant autrement plus coriace. Et on recommence au niveau suivant. Il y a en a douze en tout dans Streets of Rage 4 (entrecoupés de toutes petites cut-scenes fixes pour raconter une histoire complètement accessoire) ce qui le place au-dessus de la moyenne du genre, pour une durée cependant classique : comptez un peu moins de deux heures pour un run complet sans défaite au passage. De cela dépend la difficulté choisie (bien calibrée) et bien évidemment de votre capacité à frapper où il faut, à esquiver quand il le faut.

SOR 4 test 1

Le beat’em up est un genre en perdition, une relique des années 80-90 que quelques nouvelles têtes arrivent parfois à faire revivre, voire à sublimer. Mais d’une manière générale, le genre est devenu confidentiel. Avec Streets of Rage 4, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne c’est que ce jeu sorti en 2020 parvient avec une redoutable efficacité à faire revivre les sensations d’antan, tout en y ajoutant la patate que l’on est en droit d’attendre aujourd’hui. Reprenant les mécaniques de combat de Streets of Rage 2/3, soit l’addition de coups rapides à enchainement automatique, choppes, coups sautés et coups spéciaux, ce quatrième épisode intègre quelques petites choses bienvenues. On pense au bouton dédié au ramassage des objets (comme ça, plus de confusion en plein combat), ou aux attaques de zone activables avec les étoiles bonus que l’on trouve ici et là. Mais c’est surtout la gestion des coups spéciaux/récupération de points de vie qui apporte le plus de fraicheur. Comme l’épisode 2 et Final Fight avant lui, Streets of Rage 4 autorise l’utilisation du coup spécial en échange d’une petite portion de points de vie. A la différence qu’ici, vous pouvez les récupérer en enchainant avec des attaques normales sans vous faire toucher. Si ça passe, ce qui a été donné (matérialisé en vert sur la barre) est récupéré mais sinon, au moindre coup pris, la reprise de point de vie est annulée. Streets of Rage 4 diffère également légèrement de ses ancêtres en ne proposant pas de continue mais la possibilité de reprendre depuis le début du dernier niveau entamé avec le stock de vie au complet et augmentable en améliorant son score. Il faut pour cela ramasser les traditionnels sacs de billets mais aussi réaliser les combos les plus longs et propres.

Le feeling est bon, l’impact des coups est puissant (renforcé par la possibilité de juggle, autrement dit frapper les ennemis lorsqu’ils sont en l’air, très appréciable), le rythme soutenu de bout en bout. On a vraiment l’impression d’être retourné 25 ans en arrière, dans le bon sens du terme et avec des stéroïdes dans le sang. Streets of Rage 4, c’est quelque part ce que Streets of Rage 3 aurait du être. On ressent tellement la volonté des développeurs de respecter la licence, de la faire revivre avec une telle force que c’en est grisant. Mais il y a tout de même quelques mauvais côtés dans cette recherche du fan-service jusqu’au-boutiste. A une exception, les personnages de base se comportent exactement comme dans Streets of Rage 2 : pas de course, d’accélération soudaine. Ce qui était possible on le rappelle dans Streets of Rage 3. On peut reprocher peut-être ce manque qui semble tellement évident en 2020, ou on peut alors s’en accommoder pour comprendre que cela est lié ici aussi aux mécaniques de combat, à la lecture des patterns ennemis qui ont conservé à peu de choses près leur fonctionnement observé sur Mega Drive. De Galsia à Raven en passant par les punks de la famille Signal et le pauvre Gourmand (salut à toi, relique de la grossophobie qui s’assume), tous ont gardé leur nom et leur comportement. Oui les déplacements sont lents, mais ils sont sous cette forme, et en addition du rapport puissance/vitesse du personnage joué, adaptés à l’équilibrage de l’expérience.

SOR 4 test 2

Pour se convaincre que la recette traditionnelle est la bonne, il suffit d’avancer et de rencontrer quelques passages où Streets of Rage 4 essaye d’apporter un brin de nouveauté chez les ennemis ou dans les pièges. Qu’il s’agisse des lanceuses de potions inflammables/empoisonnantes (très Final Fight) des CRS au bouclier un poil trop résistant ou des pièges qui animent rapidement quelques niveaux, on n’a pas à faire aux moments les plus passionnants de l’expérience. Rien de bien rebutant cela dit et on est bien d’accord qu’une nouveauté bien pensée n’a rien de contre-nature. D’ailleurs, qu’est-ce qui est de toute façon plus rebutant qu’un Galsia armé d’un couteau ? Je vous le demande. Du côté des déceptions dans Streets of Rage 4, encore que relatives car le plaisir de jeu est -on se répète- bel et bien là, il faut aller chercher d’abord du côté des boss. Pas toujours très inspirés, les affrontements alternent le bon et le moins bon. Il manque parfois la petite étincelle, l’affrontement qui donne à la fin un bon sentiment du devoir accompli. On apprécie cependant les références aux épisodes précédents, voire à d’autres jeux. Peut-être qu’il s’agit d’une surinterprétation de ma part, mais un boss m’a beaucoup rappelé dans sa façon d’attaquer le célèbre Rugal de King of Fighters. Et c’est plaisant à oserver. Enfin, pour rester dans ce qui fâche un peu côté gameplay, le jeu souffre par moments d’un petit manque de lisibilité et surtout d’un placement des hitboxes à géométrie variable : on n’est visiblement pas placé là où il faut pour frapper mais l’ennemi en revanche n’a pas ce problème.

Ca donne quelques petits coups dans vent, la punition qui va avec mais on se relève vite et on repart avec grand plaisir distribuer le reste des pains en stock dans ce jeu à la direction artistique très réussie. Entre les niveaux qui sont clairement des hommages aux ancêtres et les lieux que l’on prend plaisir à découvrir ici, les développeurs ont fait un travail visuel absolument formidable. C’est beau, riche, détaillé, avec des sprites XXL façon Final Fight et autres tôliers des bornes d’arcade qui voulaient en mettre plein la vue. Les animations, notamment celles des personnages jouables, sont détaillées à la perfection. L’alliance de tout cela avec la patate de son gameplay font de Streets of Rage 4 un beat’em up de haute volée en dépit de ses défauts évidents. On prend plaisir à le faire seul mais plus encore à 2 en ligne, voire à quatre en local. C’est un peu bordélique, mais ça fait le boulot pour passer un bon moment de rigolade. On note en ligne un peu de lag, mais globalement les choses se passent bien (ndlr : vous pouvez voir ou revoir votre Livestream pour vous faire une idée). On revient sur le jeu plusieurs fois pour le simple plaisir de repartir pour un run, pour tenter le mode arcade en 1 crédit, ou pour débloquer les personnages bonus, trouver les combats de boss cachés et profiter d’une belle galerie d’artworks. Il y a aussi le retour du mode duel, mais on n’est pas sûr qu’il vous occupe plus aujourd’hui qu’hier. On est dans le jeu qui s’adresse aux fans et qui a de quoi convertir les autres, avec en bonus les musiques de Streets of Rage 1 et 2 (mais pas 3) activables à tout moment, en lieu et place des nouvelles pistes. Une OST nouvelle qui risque de ne pas plaire à tout le monde, en dépit de la présence entre autres du talentueux Olivier Derivières aux manettes. Entre remix plus ou moins réussis et dubstep dont l’agressivité n’a rien à envier à la bande-originale de Streets of Rage 3, pas sûr que tout cela fédère de la même façon que les compostions de Yuzo Koshiro ont su le faire par le passé.

4/5
S’il n’est pas tout à fait juste de parler de la conclusion de 25 ans d’attente tant on avait perdu espoir depuis longtemps de le voir arriver un jour, Streets of Rage 4 a le bon goût d’être là et de nous donner presque exactement ce que l’on attendait de lui. Rarement une expérience extirpée d’un passé lointain n’est parvenue à s’adapter à son époque avec tant de maitrise. C’est beau, c’est puissant, tout à fait actuel en parvenant brillamment à nous faire ressentir le feeling caractéristique de la saga Streets of Rage. Tout n’est pas parfait, et on peut imaginer que tous les joueurs ne seront pas sensibles de la même façon à cette proposition qui se veut avant tout traditionaliste. Mais franchement, si tous les retours à la vie pouvaient se faire avec autant de patate que celui de Streets of Rage 4, nous serions nombreux à poser notre signature. Bon sinon, c'est pour quand la même chose avec Sega Rally ?

+

  • Un vrai nouveau Streets of Rage
  • Ressenti intact…
  • … Agrémenté d’un gain en impact fort et grisant
  • Direction artistique réussie
  • Graphiquement ça suit !
  • Du fan-service dans tous les sens
  • Bonus sympathiques à débloquer
  • 12 niveaux, pas mal pour le genre
  • Multijoueur local et en ligne forcément plaisant
  • L’OST d’origine est là

-

    • Approche traditionaliste qui peut laisser de marbre
    • Combats de boss pas vraiment marquants
    • Une poignée d’ennemis/pièges un peu casse-pieds
    • Quelques petits soucis de lisibilité et de placement
    • Brûlez en enfer, Galsia et ton couteau !