Jeux

Trials Rising

Action | Edité par Ubisoft | Développé par RedLynx

3/5
One : 26 février 2019
18.04 à 09h06 par - Rédacteur

Test : Trials Rising sur Xbox One

Sur la jante

Légende du Xbox Live Arcade quand la marque faisait les beaux jours de la Xbox 360, Trials revient en grandes pompes après une Fusion qui n’a pas convaincu les plus fins gourmets. S’il semble toujours aussi à l’aise lorsqu’il s’agit d’évoluer entre le « encore une dernière » lancé à 2h du mat’ et la dénonciation pour violences sur pad, le titre des finlandais de RedLynx semble de plus en plus victime du syndrome Ubisoft. D’une accélération cinglante, Rising peut-il s’en défaire ?

Si l’emballage a une fois de plus changé, la substance reste la même. Véritable drogue agissant de concert sur le cerveau et les doigts, Trials Rising ne met pas trois minutes à convaincre de la toute puissance de sa recette. Une poignée de gadins, quelques sauts bien négociés, une roue avant qui vrille pour signifier une réception hasardeuse et ce sont des mois de pratique sur Trials HD qui viennent dépoussiérer une mémoire musculaire jamais aussi bien sollicitée. Souvent imité et jamais égalé, le pilotage de Trials mélange délicieusement l’instinct, l’apprentissage et le soupçon de hasard qui permet aux plus arrogantes des tentatives de passer d’un cheveu. Gestion ultra fine de l’accélérateur, mouvements de balancier d’un pilote qui sert de contrepoids, on se régale à chercher puis immédiatement trouver les sensations d’antan.

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Ceux qui découvriraient la licence n’ont toutefois pas de raison d’être effrayés. A l’instar d’un Gran Turismo, Trials Rising se fend d’une école de pilotage étonnamment complète. Petit à petit, on y apprend les grosses ficelles puis les plus infimes subtilités de la discipline, et ce à l’aide d’épreuves et décors spécialement élaborés. L’inconvénient de ce didacticiel, c’est qu’il prévient tout grillage d’étape en verrouillant ses paliers derrière une montée en niveau qui tend à frustrer, déjà. Surdoués, acharnés et vétérans sont donc logés à la même enseigne : une fois le thème du moment bien appréhendé, il faudra revenir beaucoup plus tard pour la prochaine vraie leçon.

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Cette frustration, il va falloir la dompter pour parvenir à apprécier Rising à sa juste valeur. Plus qu’une simple étourderie, cette bride bien serrée préfigure en fait la structure d’un titre qui encadre violemment la progression du joueur. Très rapide au départ, elle fait voir du pays et découvrir des compètes avec une régularité plus qu’enthousiasmante. Moins linéaire que par le passé, on y découvre une carte minée d’icones et donc d’opportunités de jouer de la poignée d’accélérateur. Les succès s’enchaînent, les décors défilent, le porte-monnaie enfle et les loot boxes tombent tellement vite qu’on se promet de les ouvrir plus tard, après une ou dix dernières. Pour clore chaque chapitre, une compétition exige d’enchaîner trois ou quatre runs d’affilée en compagnie d’IA, chaque motard disposant de son couloir perso. Une variante bruyante et nerveuse qui débouche immanquablement sur l’éruption d’une nouvelle pelletée d’épreuves, promesse de découvertes, d’une hausse de difficulté et d’une fuite en avant franchement grisante. Sauf que.

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Après quelques heures passées à alterner grosses pelles et succès, Trials Rising enclenche l’ABS et se transforme en fête du grind à l’ergonomie et à la philosophie douteuses. Désormais, pour vraiment avancer et voir le bout d’une zone, il va falloir amasser de l’XP par containers entiers. Et pour ce faire, terminer premier de chaque course ne suffit plus ! S’il vous avait fallu plusieurs tentatives pour réussir à gratter une médaille d’or bien satisfaisante, il faudra refaire chaque course pour remplir des « missions » au potentiel d’amusement somme toute assez bas. Revisiter une étape que l’on vient de boucler tambour battant pour y caser huit frontflips, douze backflips et passer quinze secondes en roue arrière, le contrat est lourdingue et on s’en serait bien passé. Le changement de rythme globale nuit d’autant plus à Trials Rising que les chargements sont longs et que le jeu ne propose pas d’enchaîner ces obligations sans repasser par le menu.

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Irrité par cette mauvaise idée, on finit donc excédé à force de répétition, à faire et refaire les mêmes courses mal encadrées par de vilains temps morts. Alors qu’on l’avalerait tout cru pour ses qualités innées, ce Trials force finalement à la dose homéopathique, celle dont on doute de l’efficacité à court, moyen et long terme. On résiste d’autant plus au procédé qu’il oblige à passer du temps hors-piste, là où RedLynx n’est pas au mieux et là où Ubisoft tente de régner en maître de la microtransaction. Et si l’on peut pardonner de vilains menus dans lesquels on navigue mal, l’inclusion des loot boxes a beaucoup plus de mal à passer. Pas qu’on y trouve de quoi accélérer sa montée en puissance ou déséquilibrer des sessions multi de toutes façons bien rares, non. Comme la tendance le veut désormais, c’est le cosmétique qui abonde, et en un mot comme en cent, c’est moche. Enjoliveurs bariolés, selle rococo, bottes Balanciaga x Aldi et postures ringardes as fuck transforment votre pilote en acrobate du Cirque du Soleil, son destrier en manège de forain. Hideuse, ratée, pas drôle au quarantième degré, l’affaire sent mauvais dès l’ouverture des caisses, bruyante et pas satisfaisante pour un sou.

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Terminons par un bilan technique assez positif dans l’ensemble. En dehors des susmentionnées fautes de goût, les pistes regorgent de détails mais conservent une lisibilité appréciable, et qui n’est mise en défaut que par la présence de fantômes choisis au hasard pour vous servir de lièvre. On préférait la version 100% solo, on aurait aimé que RedLynx pioche dans notre liste d’amis à la manière des drivatars Forza, une option pour les désactiver n’aurait pas été de trop, mais on s’y fait. Globalement fluide et verrouillé à 60 images par seconde, Rising est cependant sujet à de tous petits ralentissements, et ce même sur Xbox One X. Rien de grave, les quelques frames perdues ayant tendance à s’envoler lors de passages spectaculaires et donc pas vraiment exigeants côté pilotage. Vous n’aurez donc pas cette excuse pour justifier une manette éclatée sur les dernières pistes, qui demandent sans surprise un doigté extraterrestre.

3/5
Fluide comme jamais dans ses mécaniques, Trials Rising est handicapé comme jamais par une progression délayée à l’extrême, une interface ankylosée et un système de personnalisation laid au possible. Attiré par un pilotage aux petits oignons, repoussé par tout le reste ou presque, l’habitué de la licence se trouve face au dilemme ultime. Pour lui comme pour le néophyte, l’issue nous paraît incertaine tant il faut s’armer de patience pour accéder aux meilleurs morceaux du jeu.

+

  • Réalisation réussie
  • Tutorial efficace
  • Pilotage toujours aussi savoureux

-

    • Le grind saoulant
    • Personnalisation et lootboxes ratées
    • On se serait passé des fantômes