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Valkyria Revolution

Stratégie et simulation | Edité par Sega

2/5
One : 30 juin 2017
01.07 à 00h04 par

Test : Valkyria Revolution sur Xbox One

Valkyrie de profil

Depuis son retrait du monde des constructeurs, on a souvent critiqué SEGA pour son incapacité à recréer la magie d’antan. Il y a pourtant du côté de la marque au hérisson bleu des moments de grandeur, avec la casquette d’éditeur comme celle de développeur. En 2008, c’est le tactical-RPG Valkyria Chronicles qui se place dans le haut du panier des productions SEGA. Superbement réalisé, exigeant, original sur la forme, Valkyria Chronicles est pourtant un échec commercial sur PS3. S’il connait tout de même deux nouveaux épisodes sur PSP, c’est sa sortie surprise sur PC en 2014 qui relance la machine. Mais comment mettre à profit la franchise et attirer le public console, celui-là même qui eut boudé l’épisode fondateur ? Avec Valkyria Revolution, un spin off. De quel genre ? Mais orienté action sacrebleu !

Si vous avez eu l’occasion d’apprécier la dimension tactique de Valkyria Chronicles, pas la peine de vous faire attendre plus longtemps : oubliez-la en lançant Revolution. Conscient que sa licence a du potentiel mais souhaitant l’élargir au plus grand nombre, SEGA a donc remis les clés du vaste monde des Valkyries aux studios Media Vision (déjà aux commandes du troisième épisode sur PSP) pour en faire un action-RPG, un jeu un peu plus « dans l’air du temps ». Oui, aujourd’hui, les joueurs veulent du dynamisme et mettre des coups de latte dans la gueule des méchants à la chaine. L’ennui, si l’on peut dire ainsi, c’est que Valkyria Chronicles dépeignait un monde mêlant fantasy, un peu de magie, et surtout des références aux conflits armés du XXème siècle ; on contrôlait ainsi de jeunes militaires combattant d’autres militaires, blindés et compagnie. On aurait du coup tendance à imaginer la transformation du tour par tour d’origine pour quelque chose de plus action avec un titre prenant la forme d’un FPS, TPS… Quelque chose d’adapté aux armes à feu en somme. Mais non, et c’est donc ici qu’intervient le joker de toute saga décidée à changer d’orientation : le retour vers le passé qui autorise tout, mêmes les choses extravagantes. Bienvenue en Europe où les nations et empires reconnaissables malgré un petit changement de sonorité dans les appellations se font la guerre, encore et encore. On suit plus particulièrement ici le Jutland, petit royaume bien décidé à libérer du joug de l’hégémonique empire de Ruz.

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Mais autre chose se cache, quelque chose de plus discret, à l’échelle humaine, sujet de discussion de deux personnages autour de cette guerre qui autrefois fit rage. On les découvre et observe faisant face à une stèle en référence aux « traitres ». Cinq personnes qui jouèrent un rôle prépondérant dans le conflit et dont, vous l’imaginez, la véritable histoire n’est pas celle que tout le monde croit. C’est à nous qu’il appartient de la découvrir. Aux commandes d’Amleth, accompagné d’une douzaine d’autres personnages, on apprend chapitre après chapitre la véritable histoire des traitres, on vit les batailles aux côtés d’un royaume de Jutland qui marche peu à peu vers Ruz. Autour de cela plane l’ombre des Valkyries, êtres mystiques et surpuissants. Comme pour les Chronicles, l’histoire est prépondérante dans Valkyria Revolution. L’univers fonctionne bien, les personnages sont nombreux et la lutte pour le pouvoir est distillée autour de nombreux événements entre alliances, secrets, amour, gloire et beauté. Le problème, c’est que tout cela est raconté de la plus ennuyeuse des façons. Si l’on apprécie la présence des voix en japonais (il y a l’anglais aussi) il faut non seulement disposer d’un niveau convenable dans la langue de Shakespeare pour suivre correctement les sous-titres mais surtout, il faut réussir à rester éveillé. Et ce n’est pas gagné. S’étalant sur de longues minutes au point de nous faire nous demander quand diable nous allons jouer, les très nombreuses cut-scenes n’affichent pas le moindre effort de mise en scène. Les personnages sont figés, bougent à peines les lèvres et se cantonnent à un geste grossièrement animé toutes les morts de pape. C’est ennuyeux, lent ; les personnages ont d’ailleurs la mauvaise habitude de répondre en deux temps. D’abord en répétant la question puis en utilisant plus de mots qu’il n’en faut pour répondre. En ajoutant à cela l’impossibilité d’accélérer le défilement des textes -pour les joueurs qui privilégient la lecture à l’écoute- les cut-scenes sont parfois un véritable calvaire.

« Le kit complet RPG japonais lambda a été appliqué et sans être forcément désagréable, il retire tout de même le petit cachet qu’avait Valkyria Chronicles, cette élégance singulière »

Cette histoire certes intéressante mais bien mal contée doit aussi en partie ses déboires à son orientation artistique. Revolution ne renvoie pas seulement Chronicles au placard sur son gameplay mais également sur son esthétique, désormais axée JRPG générique, pour ne pas dire industrielle. Fusils et pistolets sont toujours de la partie mais prennent un rôle secondaire pour laisser la place aux épées immenses, hallebardes, boucliers et autres haches de guerre. Exit aussi les uniformes : à l’époque de Valkyria Revolution, on faisait la guerre en bottes à talons, bas résille, petit nœud dans les cheveux ou gel fixation extrême. Et bien sur, ce sont les femmes qui portent les obus ; l’un des ennemis –bien connu- ferait passer l’intégralité du casting de Dead or Alive pour des planches à pain. Le kit complet RPG japonais lambda a été appliqué et sans être forcément désagréable, il retire tout de même le petit cachet qu’avait Valkyria Chronicles, cette élégance singulière. Ce déficit d’identité se retrouve aussi dans les graphismes qui ont laissé de côté le mélange de cel shadding/dessin à la main pour quelque chose de sobre, sans éclat et surtout sans trop de détails. La modélisation des personnages jouables est convenable mais dans les campagnes, les villes, de jour ou de nuit rien de transcendant ne se profile. On retient malgré tout les quelques jolis mètres carrés de la ville servant de hub pour faire ses emplettes et discuter avec les équipiers pour nouer quelques liens. Mais c’est bien tout.

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Dans cet océan d’imperfections, ce n’est malheureusement pas le gameplay qui rehausse le niveau. Lancé sur le champ de bataille aux commandes d’une équipe de quatre personnages (on passe d’un à l’autre à tout moment), trop de choix douteux mettent en péril les quelques bonnes choses vues ici et là. Il y a un certain dynamisme dans les affrontements au corps-à-corps même si l’on s’ennuie vite avec un seul et unique combo de trois coups, non améliorable (et actionnable d’une seule pression sur la touche). Les magies, réparties selon les classiques éléments, sont très nombreuses, touchant aussi bien à l’attaque, qu’à la défense, au soutien, tout cela réparti selon des effets individuels, effets de zone, etc. Bref, on retrouve de ce côté-là une offre solide comme dans tout bon RPG japonais. Mais là encore, l’exécution est bancale : il y a une jauge d’action qui se remplit automatiquement sans laquelle il est impossible de faire quoi que ce soit ; à côté de cela le joueur doit mettre le jeu en pause pour accéder à ses magies et autres armes secondaires, ce qui a tendance à hacher le rythme. Si cela se justifie pour certaines actions demandant de viser juste (on aurait tout de même préféré un système de pause active), il est dommage de ne pas avoir proposé de simples raccourcis sur la manette pour la majorité des sorts et une exécution à la volée. On atteint d’ailleurs le paroxysme du bancal avec les armes à feu s’utilisant exactement comme des sorts. Puisque nous sommes dans du A-RPG, pourquoi ne pas être allé au bout avec une visée libre, quitte à restreindre considérablement l’utilisation de l’arme ? Valkyria Revolution semble vouloir faire de l’action tout en gardant certains éléments propres au tour par tour. Pour un ensemble malheureusement bancal. L’aspect tactique ne prend pas, il n’est même pas vraiment nécessaire la plupart du temps. En ajoutant à cela une IA alliée à la ramasse en dépit de la possibilité de configurer son comportement et des niveaux forçant souvent à des détours histoire de rallonger la sauce (la durée de vie est pourtant au rendez-vous et n’a pas besoin d’artifices), Valkyria Revolution ne parvient jamais vraiment à convaincre. Même si l’on apprécie son excellente bande-son, même s’il y a tout de même un système de leveling efficace autour de nombreuses missions secondaires (mais bien peu différentes les unes des autres…), ce spin off n’est malheureusement pas le titre que l’on attendait pour succéder aux Valkyria Chronicles. Et quand les titres japonais de ce genre sont si rares sur Xbox One, le regret est d’autant plus grand.

2/5
En essayant de s’extirper de la dimension exigeante et forcément clivante du tactical-RPG pour se tourner vers l’action, la saga des Valkyria fait une entrée décevante sur la planète Xbox. On ne peut pourtant pas lui reprocher une certaine générosité : les missions sont nombreuses, l’univers ne manque pas d’attrait et dans les combats offrent moult magies et autres éléments à utiliser pour faire la loi. Le problème c’est que ces missions sont répétitives à souhait, que l’habillage est générique, que l’histoire est longuement et bien mal racontée au point d’endormir ; les combats, entre illusion de liberté et volonté de conserver une dose de tactique qui n’a pas sa place, ne parviennent pas à se hisser au-delà du passablement amusant. Quand l’inspiration se lit plus facilement sur la poitrine d’un personnage que dans les mécaniques de jeu, il est dès lors difficile de conseiller l’aventure Valkyria Revolution.

+

  • Bonne durée de vie
  • Pas mal de sorts à disposition des combattants
  • Belle bande-son et voix japonaises
  • Univers intéressant…

-

    • … Mais terriblement mal mis en scène
    • Progression soporifique
    • Direction artistique en mode JRPG générique
    • Combats hachés et dimension « action » douteuse
    • IA aux fraises
    • Très vite répétitif

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