Jeux

Wolfenstein: Youngblood

FPS | Edité par Bethesda Softworks | Développé par MachineGames

2/5
One : 26 juillet 2019
29.07 à 07h48 par

Test : Wolfenstein: Youngblood sur Xbox One

Nées sous le signe des gémeaux

Autant une suite, scénaristiquement parlant, qu’une simple extension en attendant le véritable troisième épisode, Wolfenstein : Youngblood tente de compenser la surexposition de sa licence en proposant un épisode pensé pour la coopération et offrant une expérience basée sur un modèle relativement différent des épisodes précédents. Sang neuf ou mauvaise piquette destinée uniquement à capitaliser au maximum sur un nom vendeur ?

20 ans ont passé depuis la victoire de Blazkowicz en Amérique. Adolf a bouffé les pissenlits par la racine et le pays de la liberté est enfin débarrassé des soldats en costume Hugo Boss. Particulièrement traumatisés par les événements passés, Papa B.J. et sa femme Anya essaient ainsi d’élever leurs filles jumelles Jess et Soph en leur apprenant les meilleurs moyens de survivre à une confrontation avec un blond aux yeux bleus de plus d’1,90 mètres, que ce soit au corps à corps ou derrière la lunette d’un fusil. À la suite de la disparation de leur géniteur, parti en mission secrète sur le territoire européen toujours occupé, les deux sœurs, accompagnées d’Anna la fille de Grâce désormais à la tête du FBI, vont devoir se rendre sur le sol Parisien pour retrouver la piste du daron, tout en mettant enfin en pratique les leçons durement apprises sur la mise à mort de soldats SS.

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Le scénario et la mise en scène décomplexée sont clairement la marque de fabrique et l’un des points forts de la reprise de la licence par MachineGames, opérée avec l’épisode de 2014, The New Order, qui faisait déjà suite aux épisodes initiés par le reboot de 2001. Si la première heure de l’aventure peut laisser penser que Youngblood opère sur le même terrain du FPS bourrin, riche en séquences scriptées et entrecoupées de cinématiques que l’on pourrait croire sortir directement d’un film de guerre réalisé par Matthew Vaughn, on déchante rapidement avec l’arrivée dans les rues du Panam’ des années 80. Une fois arrivé dans le hub central du jeu, cette fois-ci situé dans les catacombes de la capitale, les missions se verront présentées uniquement via des dialogues avec des PNJ, ramenant immédiatement au plus flemmard des épisodes de la série Far Cry. Les cinématiques referont leurs apparitions en toute fin d’aventure uniquement, sans jamais atteindre la puissance des épisodes majeurs de la série. Dommage que l’idée de montrer les premiers pas des deux sœurs, passant directement de l’insouciance de leurs vies adolescentes à la réalité glaçante d’un conflit armée, soit expédiée en quelques secondes. On regrettera également un final renvoyant directement au sitcom à l’américaine, sans l’aspect satyrique à laquelle la série nous a habitué, servant uniquement de teasing au prochain volet.

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En ce qui concerne le gameplay, Youngblood ne change pas vraiment les bases établies par ses prédécesseurs. Dans ce gros FPS bourrin et brutal, très bien servi en matière de sensations de tir et de violence pure, on profite également dès le début de l’aventure des bienfaits de l’exosquelette introduit dans The New Colossus. Ce dernier permet toujours d’encaisser un bon paquet de bastos et d’utiliser un double saut pour faire pleuvoir la mort autour de soi, ou se sortir d’une situation dangereuse. On profite également d’un pouvoir, à choisir en début d’aventure : le placage – permettant d’envoyer un ennemi à terre et plus tard de le pulvériser – ou l’invisibilité, pour se faufiler entre les unités ennemies. Le choix n’aura qu’une incidence limitée, la deuxième compétence pouvant être débloquée par la suite. Une troisième et dernière compétence fera son apparition dans la toute dernière heure de l’aventure, mais nous vous laissons le plaisir de la découverte. L’arbre de compétences est toujours présent, cette fois-ci déblocable via des points dédiés à remporter en montant de niveau et en finissant des missions secondaires. L’ajout de niveau, à rapprocher des expériences que proposent déjà Borderlands ou Far Cry New Dawn plutôt qu’à un RPG, permet de bloquer la progression du joueur. Les missions principales se comptent littéralement sur les doigts d’une main et obligent le joueur à finir des missions secondaires pour espérer se mettre au niveau des ennemis à venir. Si l’aspect fill-in du jeu peut excuser cette mécanique un brin facile et paresseuse, difficile de ne pas rapidement en voir les limites lorsque l’on découvre le découpage des zones.

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Inspiré directement du level design de Dishonored 2, le studio Arkane ayant participé au développement de Youngblood, on se retrouve dans une carte découpée en 3 zones principales, chacune ayant un bastion lourdement protégé que vous devrez infiltrer pour pouvoir accéder au laboratoire secret (situé dans une quatrième) et venir à bout de l’aventure. Si le procédé n’est déjà pas forcément le plus original, il subit en plus un level design pas forcément adapté à la folie bourrine d’un Wolfenstein, nous obligeant à chercher des passages en hauteur ou faire de longs détours pour retrouver notre chemin. De plus, les zones sont très petites et ne profitent absolument pas du décor original proposé par la ville de Paris dans les désormais redondantes eighties. Vous espériez noyer des chiens nazis dans la Seine ? Fracasser le menton d’un Uber Soldier contre l’arc de triomphe ? Ou tout simplement rejouer la scène d’introduction de Condorman en balançant un Kommandant du haut de la Tour Eiffel ? Oubliez tout de suite l’idée, le jeu se contente de quelques rues pavées, de bouches d’égout ou de couloirs de métro. Tout le reste semble directement issu des épisodes précédents et ce n’est pas une énième fusillade dans un dirigeable ou des labos top-secret allemands qui vous émerveilleront. Plus ennuyeux sur la durée : les missions vous enverront souvent d’une zone à une autre, vous obligeant à subir un écran de chargement à chaque fois et le respawn continu des ennemis qui se retrouveront automatiquement à votre niveau. Pour vous permettre d’accumuler plus rapidement de l’expérience et varier un peu les plaisirs, entre deux courses vers un marqueur de quête, des objectifs annexes viendront s’ajouter de temps en temps. Malheureusement ils tournent rapidement en rond et vous commencerez à voir trouble lorsque l’on vous demandera une fois de plus de saboter l’éternelle même voiture ou récupérer des boites Enigma apparues comme par magie dans un lieu visité il y à peine trois minutes.

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Au chapitre des nouveautés, outre une nouvelle arme projetant des arcs électriques, mais avec un débit un peu trop lent pour être réellement utile au cœur de l’action, vous pourrez profiter d’une lampe torche pour l’exploration des égouts de la ville, étape aussi passionnante que l’intégrale de Tatort en VO non sous-titrée. La dizaine d’armes disponibles est intégralement customisable, moyennant des pièces en argent que vous trouverez tout au long de votre périple sur les corps ennemis ou bien dans les nombreux coffres et placards à fouiller en spammant le bouton X. Classique de prime abord. Il faudra toutefois bien surveiller les modifications de vos armes, car très rapidement les ennemis se verront équipés d’armures sensibles à un certain type de munition et vous devrez constamment jongler entre deux types de munitions différentes pour espérer vous sortir d’une situation explosive. En plus de ne pas être forcément très original, cela vous forcera à constamment surveiller les barres de vie ou le type d’ennemis, pour éviter de perdre de précieuses munitions inutilement. Le changement d’armes étant particulièrement lent, couplé au système de sélection par roues, vous vous retrouverez malheureusement bien souvent sous le feu ennemi à essayer lamentablement de vous rappeler quelle arme est équipée des munitions adaptées.

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Surtout que s’il y a bien un point sur lequel Youngblood risque de mettre tout le monde d’accord, c’est sur sa difficulté. Si le défi se veut déjà corsé en parcourant le jeu avec un ami dès le mode normal – troisième mode de difficulté sur cinq – il en devient quasiment impossible en jouant en solo sur le même standard. En plus d’être de véritables sacs à point de vie, les ennemis sont toujours plusieurs niveaux au-dessus du votre et arrivent par dizaines dès que la moindre alarme se met à retentir. Pour combler ce souci, n’espérez pas vraiment la jouer infiltration plus que quelques secondes. D’une, le level design n’est pas vraiment conçu pour et de deux, votre compagnon IA ne réagira absolument pas à cette option et elle ne suivra tout simplement pas le mouvement lorsque vous tuerez discrètement un ennemi placé dos à vous en patrouille avec un camarade. Tout cela est couplé à un système de continues limité à 3 vies, que vous partagez avec le second joueur – IA ou non – et qui vous demandera de le ranimer constamment pour éviter le game over, synonyme de reprise de la mission actuelle à son commencement. Difficile de ne pas y voir une facilité pour remplir une durée de vie particulièrement faible, vous demandant à peine huit heures pour en voir le bout, nombreuses morts et crises de nerfs comprises. Evidemment, le temps de jeu pourra facilement être doublée si l’on prend goût à vouloir absolument faire l’intégralité des missions secondaires -semblant sortir tout droit d’un générateur automatique d’objectifs- et la bonne centaine d’objets à collecter qui risque de tenir en éveil les seuls fanatiques des succès. En l’état et à moins de mettre sa fierté de côté en se rabattant sur les modes de difficulté inférieurs, impossible de conseiller le jeu à un joueur seul, quand bien même serait-il en recherche de défi, le boss final étant quasiment impossible à vaincre en solo, l’IA se plaçant constamment sous le feu des tirs ennemis.

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Venons-en maintenant au point le plus important du jeu : sa nature de jeu en coopération. On apprécie le fait que la campagne puisse être parcourue de la première à la dernière seconde avec la personne de son choix, et cela même si elle n’a pas acheté le jeu, pour peu que vous ayez opté pour l’édition Deluxe. Mais n’espérez pas retrouver une expérience de jeu fondamentalement différente de ce que proposent les autres titres du genre. Une fois de plus, la coopération se limite à prendre l’ennemi en tenaille ou à simplement activer des interrupteurs et ouvrir les éternelles portes d’ascenseurs avec l’aide de votre camarade. Les missions principales étant particulièrement rares et peu inspirées, vous ne profiterez pas de passages scriptés ou même de variations de gameplay impliquant l’entraide ou le sauvetage de votre compagnon de jeu. C’est un peu décevant, on aurait forcément apprécié que le jeu reprenne certaines idées et concepts de l’excellent A Way Out, impliquant vraiment le contexte de fraternité dans son gameplay, plutôt que son seul concept de pass ami. Il faudra se limiter à l’utilisation d’un signe, pouvoir demandant un temps de rechargement et qui vous permettra de redonner vie, armure ou bonus de puissance à votre sœur de temps en temps.

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Un petit mot également concernant la customisation des personnages et les boosters de compétences. Si la pratique est désormais devenue courante et ne nécessite pas une levée de bouclier, il est important de prévenir que la quasi-totalité des apparences pour votre armure, casque ou encore armes ne sont déblocables que via des lingots d’or à échanger contre des euros bien réels. Rien qui ne bloque la progression ou ne donne la sensation d’avoir un jeu incomplet, mais le procédé, toujours aussi peu élégant, mérite d’être précisé. Concernant la technique, Youngblood reprend plus au moins ce qu’il était possible de voir sur The New Colossus sur Xbox One X, à savoir qu’il faudra activer le mode résolution dynamique pour profiter de 60 FPS plus stables, mais néanmoins pas protégées de chutes violentes, notamment lors des affrontements contre les surpuissants boss. Le jeu reste toutefois très propre, dénué d’aliasing et porté par une direction artistique qui, si elle ne surprend plus vraiment après déjà quatre épisodes en l’espace de cinq ans, reste agréable à regarder.

2/5
Pas encore l’épisode de trop, mais clairement un jeu mineur. Wolfenstein Youngblood est juste un gros DLC pour The New Colossus, habillement déguisé en stand alone à la manière du déjà anecdotique Dishonored : la Mort de l’Outsider. Il comblera la boulimie des fans les plus mordus et accompagnera les quelques semaines restantes des vacanciers assignés à domicile. Les autres peuvent facilement passer leur chemin sans avoir l’impression de rater un pan important des aventures de Blazko le Barjo.

+

  • Gameplay fun et dans lequel on retrouve immédiatement ses marques
  • Campagne intégralement en coop
  • 60 FPS sur Xbox One X, malgré quelques concessions

-

    • Coop pas franchement originale
    • Scénarisation et mise en scène à l’économie
    • A peine quelques vraies missions
    • Le découpage des zones et les allers-retours constants
    • Quelques heures et puis s’en va
    • Pass multi uniquement disponible sur l’édition Deluxe
  • 30.07 à 05:57

    C’est dit dans le test, 4 épisodes en 5 ans… c’est trop. Même Colossus, je trouve qu’il n’est pas sorti pas assez longtemps après le précédent (New Order je crois ?).

    De plus, ce Youngblood est injouable en solo (pas prévu pour apparemment…). Ce n’est donc pas un jeu pour moi, malgré tout l’amour que je porte à BJ.

    Merci pour ce test, qui me permet de faire de belles économies de temps et d’argent :jap:

  • 29.07 à 06:43

    De rien, quand je peux aider. :mrgreen:

  • 29.07 à 07:57

    Merci pour le test. J’ai bien fait de ne pas craquer j’aurais détesté :mrgreen: