Jeux

Yakuza 0

Aventure | Edité par Sega | Développé par Ryu Ga Gotoku Studio

5/5
One : 26 février 2020
26.03 à 15h14 par - Rédacteur en Chef

Test : Yakuza 0 sur Xbox One

From Kamurocho with Love

Il aura ainsi fallu près de quinze ans à la franchise Yakuza pour faire son entrée sur une console Xbox. Patience, mère de toutes vertus ? C’est discutable lorsque l’objet du désir nous invite à incarner la pègre nippone, sous une approche certes romanesque, mais pas franchement exempte de violence et de petits coups fourrés. En attendant les épisodes Kiwami, remakes des aventures fondatrices de Kazuma Kyriu, c’est Yakuza 0 qui s’avance sur Xbox One. Vibrant, violent, dégoulinant du formidable mauvais goût caractéristique des années 80, Yakuza avec un 0 comme Zero est assurément l’épisode taillé pour une entrée en scène réussie. Un pas dans ce qui est probablement la plus grande création éditée par SEGA depuis sa fin de carrière comme constructeur.

Le choix de porter Yakuza 0 comme premier titre de la saga sur une console Xbox a tout d’abord laissé votre serviteur quelque peu circonspect. S’il est chronologiquement le premier chapitre de la longue et incroyable aventure de Kazuma Kyriu, il est cependant sorti après Yakuza 5, soit en 2015 sur Playstation 4 au Japon (2017 chez nous). Aussi vrai qu’il est parfait pour s’immerger dans un scénario qui connait alors ses premiers rebondissements, il vaut aussi pour ses nombreuses références aux personnages et événements qui jonchent les chapitres du premier au cinquième épisodes canoniques. Mais après plus de vingt-cinq heures passées en compagnie de Kazuma Kyriu et Majima Goro, les deux personnages jouables de cet épisode, un constat s’impose : oui, il fallait ouvrir la voie du Yakuza aux joueurs Xbox avec Yakuza 0. Quitte à leur dire qu’ils pourront y revenir un jour et en saisir les nombreuses références, si par la grâce de SEGA veulent bien débarquer sur nos consoles les remakes des Yakuza 3 à 5, de sortie en ce moment-même sur Playstation 4. Yakuza 0, c’est à la fois cet épisode suffisamment plongé dans le passé pour permettre un bon accès à son univers tentaculaire, mais également un jeu sorti suffisamment tard pour offrir une expérience manette en mains encore parfaitement appréciable en 2020.

Mais parlons un peu de ce qui nous emmène à Kumurocho, quartier chaud de Tokyo, fictif certes mais très inspiré d’une certaine réalité. On a aussi l’occasion de découvrir son pendant made in Osaka avec Sotenbori. Deux villes, deux quartiers, deux Yakuzas et des emmerdes qui leur collent aux mocassins comme un vieux chewing gum récalcitrant. De son côté Kazuma Kyriu n’est pas encore celui que l’on connait comme « Le Dragon de Dojima ». Tatouage en cours de réalisation sur le dos, costume un peu ringard, Kyriu est dans le ventre mou du Clan Tojo. Il a beau faire partie de la famille Dojima, branche la plus puissante de la mafia locale, il n’est alors pas encore près de se faire un nom dans le milieu. Pire, il se voit pris pour un lézard et piégé dans une affaire de meurtre. De son côté, Majima végète à Osaka. Puni par le patriarche de la famille Shimano, le borgne le plus classe du Japon brille en apparence sous les lumières du cabaret qu’il dirige à Sotenbori ; mais en réalité, il est au placard et il n’aspire qu’à une chose : un retour chez les Yakuzas. On ne dévoilera rien de plus de l’intrigue car toute autre chose évoquée ici constituerait un sacrilège, une atteinte à un scénario passionnant et maitrisé jusque dans ses dernières secondes. A partir de la moitié du jeu, les choses s’accélèrent pour se conclure sur un final long, éprouvant (prévoyez deux bonnes heures de jeu sans point de sauvegarde) mais en tous points exceptionnel. On pourra pester contre quelques longueurs, notamment au départ du jeu le temps que les choses se mettent en place, mais dans l’ensemble, le rythme est plutôt bon (loin des longueurs atroces de Yakuza 5 pour qui y a joué sur PS3.).

yakuza 0 test 1

Des premiers emmerdes jusqu’au sourire final, on a alors 25 bonnes heures pour apprécier une myriade de choses (et bien le double si l’on s’attèle à compléter les éléments facultatifs). A commencer par la mise en scène du scénario et des acteurs qui le portent avec passion et implication. S’il faut une nouvelle fois s’assurer de comprendre l’anglais pour lire l’ensemble des textes du jeu, les voix japonaises sont d’un niveau remarquable. Jouant habilement avec une succession de cinématiques en CGI magnifiques et cut-scenes utilisant le moteur du jeu, les développeurs s’appuient surtout sur des acteurs éblouissants dans leurs rôles, notamment du côté des vilains. Le trio campé par les acteurs Riki Takeuchi, Hideo Nakano et un incroyable Hitoshi Ozawa donne à Yakuza 0 les salles gueules parmi les plus belles de la saga. Sans jamais lésiner sur le côté épique autant que granguignolesque parfois des affrontements majeurs, Ruy Ga Gotoku Studios livre un jeu qui vaut déjà pour sa seule histoire. La seule petite chose que l’on peut lui reprocher sur ce point, c’est sa difficulté à faire émerger des personnages féminins marquants, comme le studio a pu le faire dans Judgment sur Playstation 4 l’année dernière. La volonté y est, mais ça ne marche pas aussi qu’avec les gros bras.

Comme dans tout bon Yakuza, l’histoire de Kyriu et de Majima se vit au travers d’un mélange entre exploration d’une ville ouverte, course à l’amélioration du personnage façon RPG light et une bonne grosse dose de baston. Si c’est votre premier Yakuza, vous allez découvrir des zones relativement restreintes, mais bouillonnant de vie. Les rues sont pleines, les devantures de magasins, restaurants et autres bars à hôtesses brillent comme des miroirs de bordel, dirait Jack Beauregard. Le travail comme toujours extrêmement appliqué de la « Team Yakuza » sur le sound design contribue à une immersion aussi immédiate que profonde. Voyage dans les années 80 oblige, Kamurocho prend ici une teinte particulière, entre profusion d’éléments qui attirent le regard et saleté à tous les étages qui témoignent de la vie du quartier avant les événements des autres épisodes de la saga. Le quartier de Sotenbori n’est pas en reste, avec ses rues sales, ses bâtiments grisâtres qui mettent d’autant plus en valeur les néons des cabarets. Mais elle est belle cette crasse japonaise ! De jour comme de nuit, déambuler dans les rues, manger quelque chose au restaurant, pénétrer dans un bar ou faire deux courses chez Poppo est un petit plaisir que l’on ne se refuse jamais. A l’occasion, on peut se lancer dans des mini-jeux (karaoké, fléchettes, pinces à peluches, shogi ou majong) ou toucher à quelques gloires signées SEGA dans les salles d’arcade avec Space Harrier ou encore Out Run. Yakuza 0, c’est un jeu qui se vit tout autant pour son scénario que pour tout ce qui l’entoure.

yakuza 0 test 2

Promener, c’est l’occasion de toucher à deux aspects importants de l’aventure, dont un qui est assurément le principal point faible du jeu. Qu’on le veuille ou non, on est amené à interagir avec des PNJ et entamer alors l’une des 100 quêtes secondaires que comporte Yakuza 0. Ces missions donnent lieu à bien des situations hors du cadre mafieux habituel et tendent à porter le jeu vers un univers beaucoup plus léger, pour ne pas dire absurde. Parfois ça fonctionne, d’autres fois beaucoup moins, la faute généralement à une mise en scène minimaliste et des lourdeurs dans la progression. Dénués de doublages, les dialogues des missions secondaires sont particulièrement fournis et tendent rapidement à ennuyer si le sujet n’est pas un brin passionnant. Tout à fait facultatives, ces missions rallongent grandement la durée de vie de base déjà bien solide, mais leur impact sur le plaisir de jeu est en dent de scie. L’autre activité principale qui ponctue les déplacements et représente tout simplement le principal intérêt ludique d’un Yakuza, c’est bien évidemment la baston. Serrez les poings parce que vous allez distribuer un nombre incalculable de lattes dans des figures de toutes sortes. Que ce soit dans les missions principales ou parce que l’on s’est fait alpaguer par une bande de lourdingues aveugles face à votre classe internationale, combattre est au cœur de l’expérience Yakuza.

On a souvent établi un rapprochement entre Yakuza et Shenmue pour diverses raisons, notamment la conduite des combats en mode « brawler 3D ». On retrouve effectivement ici la base Virtua Fighter appliquée à quelque chose d’autrement plus bourrin et dynamique. Mais c’est surtout l’influence de Spikeout Battlestreet (Toshiro Nagoshi, réalisateur de Yakuza 0, en fut le producteur) et des autres beat’em all du début des années 2000 que l’on retrouve ici. Un peu rigide, un peu bordélique mais assurément dynamique et agréable à prendre en mains en dépit d’une caméra pas toujours bien placée, le système de combat typé arcade sied parfaitement à un jeu comme Yakuza. Ca part dans tous les sens, les objets volent dans les faces des vilains, les finishers sont de grands moments de violence absurde. Dans cet épisode, Kyriu comme Majima disposent de 4 types d’approche chacun. Du style tout terrain aux modes plus rapides, jusqu’au n’importe quoi avec Majima en break dancer et Kyriu en bête furieuse encaissant les coups pour mieux les rendre puissance 10, il y a de quoi faire et beaucoup de temps à passer pour déloquer les nombreuses capacités spéciales de chaque type de combat.

yakuza 0 test 4

L’aspect RPG « light » est plus que jamais présent dans Yakuza 0, avec cependant un rapport à l’argent qui a ici une certaine particularité. En gros, tout ce que vous pouvez faire, allant de l’achat d’un objet de soin, d’une amélioration de style de combat ou capacité passive (points de vie, point Heat pour les coups spéciaux) à l’acquisition d’un accessoire, se monnaye en yens. Les améliorations coutant rapidement un bras, on se rend compte que le jeu distribue du pognon dans tous les sens, avec des billets qui volent à chaque coup puissant bien placé pendant un combat. De fait, acheter un objet n’a plus tellement de sens ici puisqu’il suffit de mettre une gifle à un loubard pour avoir déjà en poche de quoi acheter des pâtes et du papier toilette en quantité suffisante pour survivre à un confinement. Attention tout de même lorsque vous croiserez Mister Shakedown, lequel a la capacité de vous voler tout votre pécule s’il vous bat. Et croyez-le, il fait très mal. Une exception vient cependant confirmer la règle de l’argent roi dans Yakuza 0 : les points CP. Ils vous sont accordés en fonction de l’accomplissement de tas de petites choses banales (parler à un certain nombre de PNJ, marcher X kilomètres, etc) et sont échangeables contre des capacités utiles lors de l’exploration à la recherche de collectibles, ou encore pour se faciliter certains affrontements (on peut devenir insensible à ces satanés armes à feu et leur capacité à vous stopper en pleine baston).

On peut faire des tas de choses dans Yakuza 0, et en profiter qu’importe notre niveau puisque les trois proposés au départ conviendront à tous les types de joueurs, même au nouveau venu. Si l’on veut creuser encore plus loin dans l’optionnel, on peut -figurez-vous- se rendre dans un vidéo-club un peu glauque et visionner des vidéos de jeunes femmes dans des situations suggestives. Le gros plan sur le paquet de mouchoirs à la fin de la vidéo vient écorcher quelque peu l’image de marque de nos deux héros. On imagine cependant que vous opterez plutôt pour les deux grosses activités secondaires offertes par Yakuza 0 et qui sont presque des jeux dans le jeu. Dans le costume d’un agent immobilier avec Kyriu ou comme manager de cabaret avec Majima, ces deux activités proposent de la gestion certes légère mais très prenante et qui peut vite constituer une activité à part entière. Acquérir des bien d’un côté, choisir qui pour les manager et les surveiller ; recruter des hôtesses et gérer en temps réel le bon déroulement de la soirée pour que les portefeuilles se vident : c’est du travail ! Si vous espérez débloquer l’ensemble des compétences des deux personnages, s’investir dans ces activités est le moyen le plus sûr et le plus efficace de gagner de l’argent.

Tournant à l’aide d’un moteur graphique qui a fait les beaux jours de Yakuza 3, 4, 5 et Kenzan sur Playstation 3, Yakuza 0 n’est pas le jeu le plus beau auquel vous jouerez en 2020 sur Xbox One. Toutes les modélisations ne se valent pas et on remarque, en particulier lors des missions secondaires et cut-scenes mineures, des personnages assez rudimentaires et des animations rigides. La Team Yakuza maitrise néanmoins très bien son sujet et parvient à avec ces moyens à donner vie à un jeu agréable à regarder, surtout lorsque la nuit tombe sur la ville et les milliers de néons des pancartes publicitaires s’illuminent. Déambuler alors dans les rues de Kamurocho devient une expérience à elle toute seule.

5/5
En choisissant Yakuza 0 pour célébrer la venue du Dragon de Dojima sur Xbox One, SEGA nous livre l’un des meilleurs épisodes de la saga. Et dieu sait que tous les autres, à leurs manières respectives, sont d’excellents jeux. En embrassant une ambiance 80’s magnifiquement ringarde, Yakuza 0 s’offre un passeport vers toujours plus d’exubérance assumée, de violence brute dans un univers où se mêlent la passion, le sang et les larmes. Brutal, malin mais tout de même animé quelque part par une âme de preux chevalier, le gangster façon Yakuza est un personnage pour lequel il est difficile de ne pas exprimer de la sympathie. Alors, quand sont au centre d’une histoire passionnante les deux plus grandes figures que la saga ait porté, il n’y a plus qu’un seul constat qui s’impose : jouez à Yakuza. Disponible sur le Xbox Game Pass à l’heure où est rédigé ce test, Yakuza 0 est un jeu que seul l’absence de compréhension de l’anglais peut détourner de votre regard. Un grand Yakuza, un grand jeu.

+

  • Yakuza sur Xbox
  • Un des meilleurs épisodes de la saga
  • Histoire passionnante qui explose sur la fin
  • Ambiance caractéristique, propre à la série
  • Environnement sonore exceptionnel
  • Des sales gueules parmi les plus belles de la saga
  • 25 heures pour l’histoire, le double avec le reste
  • Système combat/RPG/exploration toujours efficace
  • Cinématiques superbes

-

    • Quelques longueurs, surtout au départ
    • Textes intégralement en anglais
    • Quêtes secondaires qui manquent de soin
    • Un peu rigide
    • Quelques errances et inégalités techniques