Electronic Arts et les licences de toutes sortes, c'est un peu une grande histoire d'amour (d'amour de l'argent, bien sûr). Le Seigneur des Anneaux avec sa grandiose trilogie réalisée par Monsieur Peter Jackson n'échappe pas à la règle : après Les Deux Tours et Le Retour du Roi, adaptations des longs métrages éponymes, probablement furieux d'avoir loupé le coche de la Communauté de l'Anneau, l'éditeur Américain remet le couvert pour la troisième année consécutive. A cette différence près qu'ils ont dû se dire que, tiens, c'est un univers qui se prêterait assez bien au jeu de rôle (chose que les rôlistes ont réalisée depuis longtemps déjà) Dont acte

Alors là, il va falloir qu'on m'explique
Je ne vais pas vous faire l'affront de vous raconter l'histoire
du Seigneur des Anneaux, déjà parce que tout le monde où presque connaît ce
récit grâce aux livres ou aux films ensuite parce que ça prendrait un peu trop
de pages et que je n'aurais plus la place d'écrire mon test au final...
Bref, dans le Tiers Age, vous dirigez un groupe de guerriers
qui, sur un prétexte à deux balles, (retrouver Boromir, le capitaine du Gondor,
on ne sait pas vraiment pour quelle raison ni dans quel but) va marcher sur les
traces des véritables héros de la trilogie que sont Aragorn, Gimli, Legolas,
Gandalf et les autres. La question qu'on se pose très vite une fois le jeu
commencé, c'est la raison pour laquelle Electronic Arts a inventé un nouveau
groupe de héros pour ce jeu de rôles. En effet, les différences entre les
péripéties que vivent le groupe de Berethor et celui d'Aragorn sont tellement
infimes qu'on se rend vite compte que les héros du jeu sont complètement
facultatifs. Ainsi, vous traverserez la Moria et affronterez le Balrog, vous
délivrerez un village du Rohan du joug de Grima, vous vous battrez dans le
Gouffre de Helm Electronic Arts a même poussé le vice jusqu'à reprendre telles
quelles des répliques du films adressées au groupe d'Aragorn et à les utiliser
pour le groupe de Berethor (je pense notamment à la première rencontre avec les
cavaliers du Rohan dirigés par Eomer) Bref, tout comme Aragorn et ses compagnons
sauf que ce n'est pas eux. L'identification du joueur aux personnages en prend
donc forcément un coup et on se soucie bien peu du scénario fumeux,
finalement.
Comme dans tout jeu de rôle qui se respecte, votre groupe est
constitué de personnages ayant leurs propres caractéristiques et capacités. Le
Tiers Age ne s'embarrasse jamais d'originalité et vous propose de diriger un
groupe constitué de deux guerriers (le Gondorrien et le Nain), d'une Elfe
magicienne à ses heures perdues, d'un archer (le Rôdeur), d'une voleuse (une
habitante du Rohan) et d'un cavalier à pied (le Rohirim). Chacun affiche des
faiblesses ou des forces face à certains éléments ou certains types d'attaques
(attaques d'eau, de feu, d'ombre) et vous devrez bien entendu composer avec les
objets récoltés en cours de jeu pour retourner ces faiblesses à votre avantage.
Rien que du classique donc et c'est comme ça pour tout le jeu en fait

Le Final Fantasy du pauvre
Une bonne partie de la communication sur Le Tiers Age s'est
fait autour de la participation au projet de Steve Gray, un transfuge de chez
Squaresoft qui avait travaillé sur la série phare de l'éditeur japonais. De
Final Fantasy, on retrouve donc le système de jeu au tour par tour, des menus à
l'ergonomie quasi identique et les limitations inhérentes au genre. Un des plus
gros défaut du jeu tient dans l'aspect ultra linéaire et guidé de l'aventure.
Déjà, oubliez la carte générale du monde puisqu'il ne vous est pas possible de
vous déplacer librement d'une région à l'autre. Vous êtes obligé d'enquiller les
chapitres dans l'ordre où ils vous sont donnés, un point c'est tout. D'autre
part, pour peu que vous arriviez à vous perdre sur ces petites cartes aux deux
chemins différents (dans le meilleur des cas !), vos objectifs vous sont
indiqués à coup de gros points rouges clignotants. Impossible de les manquer et
donc de s'égarer. L'aspect exploration du Tiers Age se limite vite à chercher
les coffres disséminés un peu partout. L'ennui s'installe rapidement et vos
parties se ressembleront malheureusement toutes : j'avance, je combats un groupe
d'ennemis, j'avance, j'ouvre un coffre, j'avance, je combats et ainsi de
suite
En ce qui concerne les combats, on ne peut pas non plus dire
que le jeu soit particulièrement difficile (si vous voulez un peu de challenge,
je vous recommande de vous mettre directement en difficulté élevée) puisque les
héros viennent à bout de leurs adversaires en quelques coups, pour peu que l'on
fasse attention à leurs différentes faiblesses (fonction "examiner" avec le
Rôdeur). Par contre, la difficulté du titre est, quand il y a difficulté,
augmentée artificiellement par une gestion du hasard particulièrement en
défaveur du joueur : vous remarquerez vite que vos héros toucheront toujours
beaucoup moins que vos adversaires, ce qui s'avère plus que frustrant sur la
longueur. Il m'est par exemple arrivé plusieurs fois de ne pouvoir toucher
personne pendant que mon groupe s'en prenait plein la face. Pendant 10 bonnes
minutes, seule mon Elfe bossait à ressusciter et soigner tout le groupe tandis
que les autres héros ne touchaient pas une bille Pour le reste, par contre, les
fans des Final Fantasy ne seront pas dépaysés et trouveront sans mal leur
préférence parmi les dizaines de technique de sabre ou d'esprit disponibles.
Techniquement, là encore le bât blesse. Le moteur, sans être
non plus antédiluvien, n'est pas de la première fraîcheur et ça se ressent
régulièrement : les textures sont peu détaillées et des petites baisses de
framerate se font constamment sentir lors des panoramiques que le joueur aura
l'occasion d'effectuer avec le stick analogique droit où lors des passages à
effets spéciaux. En effet, une attention particulière a été apportée aux effets
de particules qui sont, de manière générale, très réussis. L'exemple le plus
frappant reste, tout le monde a pu le voir (il est justement bien mis en avant :
sont pas fous, chez EA), le Balrog dont le rendu est franchement hallucinant.
Ses flammes et volutes de fumée sont magnifiques mais occasionnent néanmoins des
ralentissements parfois honteux

Valeur ajoutée
Parmi les trouvailles intéressantes, on retrouve l'idée de la
coopération qui se fait inexistante en général dans ce type de jeu. Le Tiers Age
propose à un second joueur de diriger une partie de l'équipe des héros en
alternance avec le premier joueur. Sympathique, ce mode trouve vite ses limites
car le premier joueur reste totalement maître des déplacements sur la carte et
de la gestion de l'écran d'inventaire. Dommage car l'idée était bonne mais n'a
pas été creusée. L'idéal aurait été d'avoir un écran splitté en deux dans lequel
deux groupes de héros évolueraient parallèlement. Enfin, déjà que le moteur
fatiguait avec un seul groupe alors avec deux Il valait mieux ne pas trop lui
en demander
Autre idée intéressante, le mode Maléfique permet au joueur de
rejouer certains des combats qu'il a effectués lors de l'aventure mais cette
fois-ci aux commandes des armées du Mordor. Il ne s'agit pas d'un mode aventure
mais juste d'une succession de combats. L'intérêt provient du fait que l'on peut
de ce fait en apprendre plus sur les ennemis que rencontre votre groupe dans le
jeu et sur leurs attaques mais, avant tout, ce mode vous permet si vous
réussissez des séries parfaites de combats de gagner des objets supplémentaires
qui seront ajoutés à votre sauvegarde courante. Bref une très bonne idée qu'on
aurait encore pu pousser plus loin en faisant une deuxième campagne du côté
obscur. Mais bon, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'Electronic Arts : on y
aura peut-être droit dans un Tiers Age 2
