Confronter le plus célèbre serial-killer de l'Histoire à un détective provenant de la fiction, c'est le challenge que s'est fixé Focus, éditeur bien connu pour ses nombreux Point & Click. Genre particulièrement rare sur consoles, leur réputation n'est pourtant plus à faire auprès d'une certaine frange de joueurs. Aujourd'hui, Sherlock Holmes contre Jack l'éventreur nous entraîne pourtant dans une aventure sensiblement moins colorée, préférant revisiter le mythe du tueur de Whitechapel au coeur des sombres ruelles londoniennes. Entre antisémitisme, prostitution et meurtres sanglants, l'enquête de l'ami Sherlock s'annonce pour le moins compliquée. Autopsie d'un titre surprenant.
From Hell
Jack l'éventreur, c'est avant tout un personnage bien réel, qui a laissé son empreinte sanglante dans l'Histoire londonienne, à jamais maculée du sang versé par ses victimes. Personne n'a jamais pu définir l'identité exacte de ce personnage terrifiant, ce qui explique probablement la mystification qui entoure, encore aujourd'hui, Jack l'éventreur. Certains le disent médecin, d'autres fourreur ou boucher, mais le mystère pèse encore aujourd'hui, permettant à de nombreux artistes, que ce soit au cinéma, dans la littérature et même dans les jeux-vidéo, d'y aller de leurs propres théories. Spiders et Focus Home Interactive ne se sont donc pas fait prier, en confrontant Jack à un personnage fictif, le célèbre détective privé britannique, Sherlock Holmes.

Le parti pris a de quoi faire sourire, mais le résultat se révèle pourtant d'une étonnante cohérence. Très pointue, la reconstitution des faits qui se sont déroulés à Whitechapel reprend en détails les différents événements qui ont ébranlé l'Angleterre du dix-neuvième siècle. Procès-verbaux des témoins de l'époque, reconstitutions minutieuses des scènes de crimes, état des cadavres lors de leur découverte, le souci du détail est saisissant, permettant au jeu d'installer une ambiance et un scénario prenants du début à la fin. Se présentant sous la forme d'un Point & Click classique, Sherlock Holmes contre Jack l'éventreur distille donc intelligemment plusieurs facettes de son gameplay au cours de l'aventure.
L'étude des scènes de crime en est bien évidemment une des principales, et se révèle particulièrement soignée. Les cadavres putréfiés des victimes constituent une véritable aire de jeu pour les détectives en herbe. Sherlock Holmes et Watson, son éternel comparse, devront ainsi examiner toutes les parties du corps, sortir la loupe pour détecter toutes traces laissées par le tueur, et bien évidemment en tirer les conclusions pour avoir droit au célèbre « Elémentaire, mon cher Watson ! » du détective britannique. Ainsi, le tableau des conclusions constitue l'une des pierres angulaires de l'avancée de l'enquête. Chaque élément, chaque témoignage ont une importance capitale, et vous permettront d'en découvrir davantage. Dans la même optique, le joueur devra régulièrement, en cours de partie, placer les différents événements qui se sont produits sur une échelle de temps, afin de découvrir à quelle heure les crimes ont été commis.
Whitechapel, by night
Le principal théâtre des hostilités se situe bien évidemment à Whitechapel, l'un des plus misérables quartiers londoniens de l'époque, gangréné par la prostitution et l'antisémitisme. L'ambiance y est parfaitement retranscrite : entre les ruelles sombres plongées dans un brouillard envahissant et les bars crasseux remplis de personnages inquiétants, Whitechapel est réellement glauque. Pourtant, en dépit de cette ambiance savamment distillée,
Sherlock Holmes contre Jack l'éventreur se révèle très décevant sur le plan technique. Graphismes grotesques, personnages inexpressifs, ralentissements réguliers, le titre accuse, sur ce plan, de nombreuses lacunes. Cependant, il reste difficile de résister au charme du soft de Focus Home Interactive.
Très prenante, l'enquête de Sherlock Holmes entraîne en réalité une véritable dépendance morbide. Menées par des personnages charismatiques, bénéficiant de surcroit de doublages français très convaincants, les aventures de Sherlock à Whitechapel réussissent l'exploit de garder le joueur attentif, dans l'attente d'en savoir toujours plus sur ce mystère vieux de plus d'un siècle. Les défauts inhérents au genre sont évidemment toujours de la partie, comme les allers-retours incessants, ou l'assemblage de différents objets parfois rébarbatif. A ceci près, Sherlock Holmes permet de résoudre les énigmes par une logique très pointue, contrairement à d'autres
Point & Click dans lesquels la plus farfelue des combinaisons est irrémédiablement la bonne. Un souci du détail encore une fois perceptible.