Jeux

Assassin’s Creed Valhalla

Action/Aventure | Edité par Ubisoft | Développé par Ubisoft Montreal

4/5
One : 10 novembre 2020 Series X/S : 10 novembre 2020
14.11 à 17h26 par

Test : Assassin's Creed Valhalla sur Xbox One

Ragnarök'n'roll

Titre vitrine du lancement des Xbox Series X|S, autant d’un point de vue technique que commercial, Assassin’s Creed Valhalla poursuit le changement opéré par la saga depuis l’excellent épisode Origins, tout en se rapprochant temporellement de l’épisode primal de 2007. Cette année, direction le nord de l’Europe et la conquête de l’Angleterre dans la peau de guerriers vikings, très à la mode ces dernières années, que ce soit dans le domaine des jeux vidéo ou des séries TV.

Tout commence très mal pour le jeune Eivor, protagoniste de cet épisode, aussi bien fille que garçon selon la préférence du joueur ou par intermittence si vous laissez ce choix à l’animus. Spectateur du massacre de ses parents et de l’intégralité de son clan lors d’un banquet d’honneur, notre héros finit abandonné à une meute de loup mais dont il ressort on ne sait trop comment indemne et marqué à vie d’une profonde cicatrice au visage. Il se voit aussi affublé du surnom « d’ami des loups ». L’introduction de Valhalla, aussi rapide qu’efficace, nous plonge immédiatement dans l’ambiance barbare et nordique qui nous tiendra occupé durant les dizaines d’heures que dure l’aventure principale. Avant de découvrir véritablement les aventures d’Eivor, on le retrouve à l’âge adulte durant un prologue de plusieurs heures dans les terres enneigés de Norvège. Lors de cette introduction, la route de notre héros croise celle d’un duo d’assassins directement venu d’orient, bien décidé à enrôler le barbare nordique dans son crédo basé sur la discrétion et la chute de l’ordre. Une fois sa quête de vengeance assouvie et après avoir souffert des inévitables querelles familiales dans son clan d’adoption, Eivor se voit contrait, en compagnie de son frère d’arme Sigurd, à l’exil vers l’est de l’Angleterre. Charge à lui d’y fonder une colonie prospère et démarrer une nouvelle vie. Très inspiré par la série Vikings, via la quête d’un monde nouveau par une tribu n’ayant connu toute sa vie que des terres arides et hostiles ; ou encore l’excellente série The Last Kingdom, au travers des différents conflits entre les quatre royaumes d’une Grande-Bretagne pas encore unifiée, Valhalla s’appuie sur une histoire somme toute classique, mais réellement efficace. Elle est servie par des cinématiques bien mise en scènes, des personnage attachants et des missions nombreuses et variées, qui poussent vraiment à s’impliquer et se passionner tout du long. Quant aux aventures de Layla, réceptacle des mémoires génétiques en dehors de l’animus, elle est toujours aussi brève qu’anecdotique à suivre. Les théoriciens du complot fascinés par la saga de Desmond en seront une fois de plus pour leurs frais, mais ceux qui souhaitent avant tout suivre la mise à sac des cathédrales anglaises seront ravis de ne pas être trop souvent coupés dans leur progression.

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Fini les contrées désertiques d’Origins ou l’archipel ensoleillé d’Odyssey. Bien que les premiers instants Norvégiens fassent déjà leur petit effet, c’est vraiment une fois le pied posé en Grande-Bretagne que « l’effet wow » se fait ressentir. Le charme bucolique de la campagne anglaise, couplé à la beauté du moteur Anvil fait ici des merveilles qu’on ne se lasse jamais d’arpenter et risque bien de vous faire user le bouton capture de votre manette flambant neuve. Au milieu de cette nature semblant constamment illuminée par un ciel automnal, les ruines romaines et les villages à taille humaine vous poussent au plaisir des balades simples, que ce soit à pied, à cheval ou encore avec votre équipage sur un Drakkar le long de la Tamise. Les explorateurs en herbe seront d’ailleurs ravis d’apprendre qu’une fois de plus, l’exploration est modulable selon trois niveaux différents vous apportant plus ou moins de détails et d’indications à l’écran. Dans le niveau médiant, conseillé comme l’expérience par défaut, vous devez scruter l’horizon via les classiques points de synchronisation en hauteur ou avec l’aide de votre corbeau Syn. Les points sont répartis en trois catégories : bleu pour les objectifs de quêtes, blanc pour les objectifs annexes et jaunes pour les trésors. Impossible de savoir précisément vers quels types d’objets ou d’annexes vous vous dirigez avant de vous approcher à portée de la vision d’aigle, désormais similaire à un sonar de dauphin. Les boulimiques du contenu en seront d’ailleurs pour leurs frais, avec des dizaines d’objectifs au mètre carré, allant du simple trésor à revendre dans un musée, en passant par l’arme ou la pièce d’armure rare, jusqu’au livre d’aptitude vous permettant de débloquer une attaque spéciale. La générosité des développeurs ressuscite même les pages volantes issues des plus anciens épisodes, que l’on croyait disparues avec l’ancienne formule. Petite surprise en revanche concernant le remplacement des missions secondaires, désormais mises en évidence par des petites scénettes similaires à celles aperçues dans Red Dead Redemption 2. Ces missions vous permettent tout de même de récupérer quelques bonus et points d’expériences, après des sketchs plus ou moins drôles ou intéressants.

Du côté des mini-jeux par contre, Ubisoft a réussi à créer une petite série d’activités réussies et prenantes qui vous détourneront un peu trop souvent de l’aventure principale. Si on peut rapidement oublier le concours de beuveries étudiantes sous forme de QTE en rythme, les joutes verbales sont quant à elles très réussies et transformeront Eivor en Cyrano de Reykjavik le temps de quelques vers aussi tranchants que la lame de son couteau. Le jeu de dés, mélangeant habillement lancer chanceux et stratégie, fera également le bonheur de ceux qui ont déjà perdu beaucoup trop de temps sur le jeu de Gwent de The Witcher 3. Pour finir ce tour d’horizon non-exhaustif de ce qu’il est possible de faire dans Valhalla, il faut savoir que si le craft a toujours son importance, il est désormais beaucoup moins important que sur Odyssey. Déjà, fini le loot constant. L’équipement se fait plus rare et vous resterez pendant de longues heures avec les mêmes pièces d’armures et les mêmes armes, que vous pourrez améliorer à tout moment en récupérant quelques métaux isolés ou du cuir sur les animaux sauvages. Le système de rune est toujours présent et vous permet également de profiter de quelques bonus sur l’équipement profitant des emplacements nécessaires. Les fanatiques du loot sont à la peine dans Valhalla, mais l’avantage est que la progression est moins dépendante de votre équipement et permet de se focaliser plus facilement sur l’aventure principale.

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Bien que la quête d’Eivor reste le cœur de l’histoire, le développement de votre colonie vous occupera de nombreuses heures, ne serait-ce que pour vous permettre de progresser dans la quête principale. C’est un village vivant, intégré directement dans l’open-world, qui se développe au fil de vos constructions et que vous pouvez décorer à votre guise, principalement via le magasin payant et quelques récompenses de missions. Le développement des différents bâtiments vous permet également d’améliorer vos montures, votre corbeau ou bien même vos compagnons d’armes. Votre colonie vous permet également de suivre la mission des Assassins, bien décidés à faire tomber les têtes pensantes de l’ordre. Pour cela, tradition viking oblige, vous devez vous lancer dans de nombreux pillages en règle des différents lieux de vie d’Angleterre et particulièrement des monastères, riches en bibelots de valeur et matériaux de construction. Evidemment, le titre d’Ubisoft reste très grand publique et nous évite les plus basses exactions liées à cette activité. Ne pensez pas vous lancer dans la traite d’esclaves ou le massacre d’innocents, au risque d’être déconnecté. Il faut vous contenter de découper en morceaux des dizaines de gardes armées et de brûler vivres et villages avant de vous enfuir avec votre gain. Reste que ces passages, aussi brouillons et confus soient-ils, sont suffisamment plaisants pour donner des envies de saccage à la plupart des joueurs -par ailleurs totalement sains d’esprit- qui auront de toute façon déjà ravagé la faune et la flore sauvage pour améliorer leur carquois depuis bien longtemps.

Aussi obsédant et chronophage que puisse être le développement de votre colonie, ainsi que le pillage de ressources qui va de pair, ne vous attendez pas à une simulation demandant plus que la simple validation d’une action une fois les ressources nécessaires à votre disposition. Le tout ressemble finalement beaucoup à ce que faisait la série dans l’épisode 3, avec la reconstruction du domaine familial du mentor de Connor, à l’exception notable qu’elle ne se trouve désormais plus dans une zone indépendante du reste du monde. Même constat pour les pillages. L’impossibilité de donner des ordres à vos troupes, couplées avec leur relative invincibilité, donne plus l’impression de s’adonner à des escarmouches un brin bordéliques tirées d’une production Omega Force que dans des affrontements stratégiques dignes de Uhtred de Bebbanburg. A certains moments de l’aventure, vous aurez également le droit à des prises de forts, rappelant énormément ce que proposait l’Ombre de la Guerre (ndlr : adaptation de la saga le Seigneur des Anneaux). On avance ici de façon confuse mais gratifiante, de porte à porte à coups de bélier et de cris de guerre, en prenant tout de même soin de ne pas prendre une flèche dans le genou.

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En ce qui concerne le gameplay, les joueurs ayant arpenté durant des dizaines d’heures Origins et/ou Odyssey seront évidemment en terrain connu. Les combats reprennent le modèle de la série masochiste de From Software, via des coups moyens ou forts attribués aux gâchettes, ainsi qu’une jauge d’endurance qu’il faudra apprendre à surveiller, même si elle se montre très généreuse question timing. Des contres et des esquives sont également à maitriser pour espérer survivre, surtout dans les combats, très réussi, en un contre un face aux boss. A noter que le jeu ne propose pas d’auto-régénération de la santé et que vous devez surveiller régulièrement vos rations pour regagner de l’énergie en cueillant des baies ou récupérant des vivres. On profite également d’un système d’attributs permettant de combiner jusqu’à huit attaques spéciales, la moitié pour votre arme de corps à corps, l’autre pour votre arme à distance. L’arbre de compétence, sous forme de constellation particulièrement fournie et tentaculaire, vous permet non seulement de renforcer votre résistance et la puissance de vos attaques, mais également de débloquer une très grande palette de coups et de mouvements supplémentaires. Autant dire que les combats profitent beaucoup du renouvellement constant des compétences, même si la caméra s’avère parfois confuse lorsque plusieurs ennemis se liguent contre notre héros et que l’on n’arrivera jamais à se séparer de cette désagréable impression de frapper des ennemis en paille avec des armes en mousse. Le gore outrancier des mises à mort n’arrangeant pas cette sensation.

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Si les déplacements n’ont pas changé d’un pouce et vous permettront de grimper relativement facilement un peu partout, tout en évitant le parkour automatique de l’ancienne formule. L’infiltration reprend désormais une part plus importante vous permettant de réduire drastiquement les forces ennemies d’un camp ou d’un village hostile. Pour arpenter certaines villes sans attirer immédiatement les foudres des gardes, Eivor doit régulièrement recouvrir sa tête de la légendaire capuche des assassins et ses épaules d’une cape. De plus, la lame secrète fait son apparition très rapidement et portée « à l’envers » à la manière d’un rappeur, est utilisée bien brutalement par notre héros blondinet. Vous pourrez même, si l’envie vous en prend, choisir d’activer le mode vous permettant de tuer d’un seul coup n’importe quel ennemi du jeu via l’infiltration. Dans ce mode -déconseillé par les développeurs- même les Zélotes, garde-du-corps surpuissants des différents membres de l’ordre, que vous devrez traquer et assassiner pour le compte de la confrérie, pourront être assassiner d’un seul coup. Pour ceux qui préfèrent jouer normalement en prenant en compte le niveau de puissance nécessaire pour abattre une cible, vous pouvez également configurer la difficulté des combats et de l’infiltration indépendamment selon trois niveaux de difficulté. Parfait pour vivre une expérience à la carte, privilégiant l’action ou l’infiltration ou permettant tout simplement un savant mélange des deux, selon l’envie et la situation. Le système de dialogues quant à lui, emprunté directement au RPG, reprend dans les grandes lignes celui d’Odyssey. Avec des dialogues parfois un brin trop long, mais entrecoupés de réponses à choix multiples qui s’ils ne modifient jamais réellement la trame principale, voire même secondaire, vous permettent tout de même d’interagir un minimum plutôt que de suivre les dialogues avec les PNJ de façon totalement passive. Une bonne maîtrise des joutes verbales vous permet également d’améliorer le charisme de votre personnage et d’accéder à des options de dialogues inédites, le plus souvent permettant une économie d’argent ou d’éviter un combat secondaire.

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Techniquement, Assassin’s Creed Valhalla est actuellement le meilleur porte-étendard de la Xbox Series X. De tout temps en 60 images par secondes, alors que les modèles précédents et la Series S doivent se contenter de seulement 30 FPS. Le jeu est également, que ce soit dans sa représentation du monde ouvert, les détails de son architecture ou tout simplement son cycle météorologie, d’une beauté rare. On regrette cependant la présence d’énormément de tearing sur Xbox One et même encore un peu sur la plus puissante des consoles actuelles. L’affichage de certains objets dans les décors, surtout lors des déplacements en drakkar, n’est pas toujours très discret, en particulier dans les contrées enneigées du début de l’aventure. Concernant les consoles Xbox One, malgré une résolution nettement moindre, le jeu parvient tout de même à surprendre par sa réussite technique globale et n’a clairement pas à rougir de ce qu’il affiche à l’écran sur une console de déjà sept ans d’âge. A titre comparatif, la différence semble toutefois nettement plus impressionnante entre les versions Xbox One et Xbox Series X|S de Valhalla, que ne l’était la comparaison entres les versions Xbox 360 et Xbox One d’Assassin’s Creed 4 Black Flag. Reste à noter malheureusement encore beaucoup trop de bugs visuels, liés principalement aux PNJ ou au personnage principal traversant régulièrement des objets. Carton rouge également pour l’intelligence artificielle, aussi bien au niveau des ennemis que des troupes alliées qui vous accompagneront au combat, incapable de réagir de façon un tant soit peu de façon cohérente et rendant l’ensemble des PNJ aussi fins qu’un Tommy François. Du côté des bon points, saluons la très grande variété de personnalisation au niveau des options. Le jeu est véritablement adaptable à la carte, de sa difficulté à la taille de sous-titres, jusqu’à la quantité d’informations affichées sur l’écran, en passant par les nombreux filtres de violence sur différents points du jeu, notamment la nudité ou les démembrassions. De très bons points à saluer, notamment en ce qui concerne l’accessibilité pour tous les profils de joueurs, particulièrement pour ceux souffrant d’un handicap.

4/5
Valhalla n’est ni la révolution que fut Origins, ni l’évolution qu’était Odyssey. Le cul entre deux chaises, il n’en demeure pas moins beaucoup plus qu’un simple épisode de transition. Principalement grâce au soin apporté à son univers, à la beauté de ses environnements et le plaisir pris à conquérir, décimer et piller pendant de nombreuses heures sous la peau de son héros charismatique. Assassin’s Creed Valhalla est de plus le choix parfait pour accompagner votre Xbox Series X en cette fin d’année placée sous le signe de la nouvelle génération.

+

  • Le premier jeu techniquement à hauteur de la Xbox Series X
  • Une aventure prenante, longue et riche
  • L’ambiance viking très bien retranscrite
  • L’Angleterre, terrain de jeu magnifique
  • Beaucoup de choses à voir et à faire
  • La gestion de la colonie et les pillages addictifs
  • Les mini-jeux très réussis
  • 60 FPS sur Series X
  • Beaucoup d’options pour le confort de tous les joueurs

-

    • 30 FPS sur Xbox One et Xbox Series S
    • Plus ou moins de tearing sur toute les consoles
    • Trop de bugs qui viennent rappeler que l’on est toujours dans un jeu vidéo
    • L’IA équivalente à celle d’un meuble Ikea