Jeux

Born of Bread

Aventure | Edité par Dear Villagers | Développé par WildArts Studio

7/10
One : 05 December 2023 Series X/S : 05 December 2023
04.12.2023 à 15h01 par - Rédacteur en Chef

Test : Born of Bread sur Xbox Series X|S

De la pâte à tarter

L'industrie du jeu vidéo française se porte bien. Même si Ubisoft reste le leader incontesté du marché, d'autres acteurs comme Focus Interactive, Microids, Nacon ou Don't Nod se chargent de faire tourner la machine. Un peu plus en retrait, on trouve les montpelliérains de Dear Villagers, toujours à l'affût quand il s'agit de dénicher une future pépite. Après Nocturnal un peu plus tôt cette année, l'éditeur héraultais se charge de publier Born of Bread, une sorte de RPG à la Paper Mario qui a du pain sur la planche.

L’aventure proposée par Born of Bread débute avec la conjonction de deux éléments scénaristiques majeurs. D’un côté, cinq adolescents maléfiques viennent de faire un bond dans le temps, et semblent bien décidés à semer le chaos. De l’autre côté, Papa Dufourneau s’affaire dans les cuisines du château pour contenter une reine tyrannique. Dans la précipitation, il tente une nouvelle recette et donne ainsi naissance à Tipain, un être dont la chair et le sang sont remplacés par de la farine et du sel (et un peu d’eau et de levure aussi). Une bande de gamins insupportables d’un côté, et un héros candide de l’autre, Born of Bread propose un scénario léger et agréable à suivre. Une recette intéressante qui prend la forme d’un jeu de rôle au tour par tour.

Et il ne faut pas chercher bien loin pour trouver la source d’inspiration principale des développeurs québécois de WildArts Studio. Avec ses zones à explorer en 3D, et ses personnages en 2D façon feuille de papier, Born of Bread reprend tout ce qui fait le charme de la franchise Paper Mario de Nintendo. De l’esthétique aux personnages mignons, le studio s’approprie une recette qui fonctionne bien en y ajoutant un univers inédit pour une aventure finalement assez agréable à suivre dans son ensemble. Les environnements traversés sont variés et possèdent un vrai cachet, tandis que les nouveaux membres du groupe de Tipain sont terriblement attachants, et ont chacun une petite histoire à raconter.

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Comme avec la franchise du géant japonais, on évolue dans des zones semi-ouvertes assez petites, tout en étant suffisamment larges pour offrir quelques possibilité d’exploration et choisir d’éviter ou de combattre les ennemis qui s’y trouvent. Là où Mario a un maillet, Tipain utilise une louche en métal et peut à loisir frapper des arbres pour en faire tomber des pommes, des tonneaux pour en extraire de l’argent à dépenser dans des magasins, ou assommer des ennemis pour gagner un avantage en lançant un combat. Born of Bread laisse assez de liberté au joueur pour lui donner envie de farfouiller un peu partout, appuyé par la présence de quêtes annexes qui obligent à ratisser certaines zones pour être remplies. Malgré des décors agréables à parcourir, et des zones interconnectées entre elles, les voyages d’un lieu à un autre sont finalement assez pénibles, la faute à une caméra qui masque régulièrement des éléments importants en premier plan. Il n’est ainsi pas rare de finir dans un trou ou dans une rivière faute de visibilité, ou de ne pas trouver la route à suivre à cause de cet élément particulièrement gênant.

Tant qu’à parler des choses qui fâchent, il est temps de passer au système de combat. Là aussi, les inspirations à la franchise Paper Mario ne manquent pas et on frôle même régulièrement le copier/coller avec les premiers épisodes de la série de Nintendo. Les affrontements se font à l’aide de deux héros, dont Tipain, et avec un système de personnages alignés, que ce soit côté héros ou côté ennemis, qui expose celui qui se trouve en première ligne. Les attaques de base sont inépuisables, alors que toutes les autres attaques consomment des points de concentration disponibles dans un pot commun aux deux héros présents en combat. Dans tous les cas, il est nécessaire de réussir un mini-jeu de réflexe ou de rapidité pour optimiser la puissance de l’attaque, tandis qu’il faut faire preuve de timing pour renforcer sa défense lors d’une offensive ennemie. Un concept intéressant qui masque néanmoins un manque de profondeur problématique pour ce système de combat au tour par tour. On se retrouve finalement à utiliser les mêmes attaques, et même les boss ne nécessitent pas vraiment d’opter pour une stratégie qui donnerait l’impression d’avoir fait preuve de bonne intelligence pour se sortir d’un éventuel mauvais pas.

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Il y a bien quelques petites idées, comme celle de devoir équiper les différentes armes de Tipain à la façon de l’inventaire de Resident Evil, mais cela reste bien trop léger dans l’ensemble. D’autant que ces rares fulgurances sont vite rattrapées par d’autres soucis d’ordre ergonomique, comme l’incapacité de changer rapidement de personnages durant les phases d’exploration. Il est alors nécessaire de passer par les menus du jeu, particulièrement fouillis au passage, pour en changer, ce qui est assez embêtant quand on sait que chacun d’entre eux possède une compétence unique capable d’ouvrir de nouveaux chemins. Même chose avec la taille de l’inventaire, qui limite le nombre d’objets de soins à cinq, et qui oblige à faire des passages (trop) réguliers dans les menus pour jeter un élément, alors qu’il aurait été plus simple de proposer d’en consommer pour faire de la place. Des errements que l’on retrouve également dans le système de leveling, avec 100 points d’expérience à engranger à chaque niveau pour débloquer quelques points de vie ou de courage supplémentaires et étendre la capacité à porter des armes et des équipements qui offrent des capacités passives en combat. Des mécaniques qui ne permettent à aucun moment de ressentir une quelconque montée en puissance.

Le titre de WildArt Studio tente pourtant de s’extirper à plusieurs reprises de ces mécaniques poussives, en proposant des quêtes annexes intéressantes comme de la course, ou un jeu de chaises musicales, mais ce n’est malheureusement pas suffisant. Heureusement, Born of Bread peut s’appuyer sur une histoire intéressante à suivre, avec quelques pointes d’humour qui peuvent prêter à sourire. Techniquement, le jeu est irréprochable et l’esthétique générale est particulièrement réussie. On prend plaisir à évoluer dans cet univers chatoyant, et à côtoyer des personnages aux personnalités bien marquées.

7/10
Born of Bread est un jeu intéressant de par son univers, mais qui souffre constamment de la comparaison avec la franchise Paper Mario, la faute au manque d'idées novatrices. En plus de rater l'opportunité de se forger sa propre personnalité, le jeu de WildArts Studio s'enferme dans des mécaniques qui peinent à convaincre, la faute notamment à une caméra problématique, et un système de combat trop simpliste et répétitif. Reste des personnages attachants et des décors qui font leur petit effet, pour une aventure pas désagréable mais bien trop basique dans son ensemble.

+

  • Univers ultra mignon
  • Personnages attachants
  • Quelques touches d'humour

-

    • Combats simplistes et répétitifs
    • Caméra inconfortable
    • Système de leveling pas terrible

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