Test : Bravely Default Flying Fairy HD Remaster sur Xbox
Pendant qu’une force obscure enveloppe le cristal du vent, un énorme gouffre vient engloutir le village et Norende et ses habitants. Deux événements tragiques qui plongent alors le monde de Luxendarc dans un véritable chaos. Cela permet néanmoins de réunir Tiz, l’unique survivant de Norende, et Agnes, la vestale qui était chargée de protéger le cristal du vent. Malgré son design assez enfantin, Bravely Default aborde des thèmes matures, relatifs à la croyance et à la persévérance, et fait le choix de faire abstraction de l’éternel scénario manichéen qui oppose le mal et le bien. Le titre possède un véritable atout dans sa capacité à questionner le joueur, sur le bien-fondé et les conséquences de son action, le camp d’en face ayant souvent quelques arguments entendables pour faire valider sa cause. Une bonne idée sur le fond, gâchée toutefois par un manque de rythme général, avec de grandes longueurs et une écriture pas toujours à la hauteur du potentiel offert par le scénario.
Contrairement à la majorité des JRPG au tour par tour, Bravely Default ne traine pas pour constituer notre groupe en intégralité, avec un total de quatre héros jouables. Un nombre restreint de protagonistes qui évite d’en mettre quelques-uns sur la touche, même si ce n’est pas toujours l’envie qui nous manque. Globalement, le jeu est construit de manière assez classique pour le genre, avec la possibilité de se déplacer sur une carte du monde, d’explorer villages et donjons et d’entrer en mode combat sur le principe de la rencontre aléatoire. Aucun ennemi n’est visible à l’écran, et seul le hasard détermine la nécessité de sortir les armes. Enfin pas tout à fait, car la Team Asano était précurseur en matière d’options de confort. On peut ainsi régler le nombre d’apparitions des ennemis selon quatre critères (de 50% à 200%), ce qui permet d’adapter en temps réel vos besoins en matière de farm d’expérience.
Et c’est ici que les problèmes commencent. S’il propose trois modes de difficulté, Bravely Default Flying Fairy HD Remaster n’en reste pas moins un JRPG qui impose de longues minutes (d’heures parfois !) de leveling. Il ne s’agit toutefois pas d’un problème d’équilibre mais bien d’une volonté du studio, qui l’intègre complètement à son game-design, à l’image de la possibilité d’accélérer les combats en x2 ou x4, une option déjà présente dans la version sortie en Occident en 2013. Même chose avec la possibilité d’enregistrer des sets d’attaques prédéfinis (jusqu’à 5), ce qui permet de lancer des combats en mode automatique sans que l’intelligence artificielle ne se substitue au joueur. On garde ainsi le contrôle, mais l’aspect artificiel de cette multiplication des combats lasse rapidement.
Pour se démarquer de la concurrence, les combats disposent d’une autre particularité – qui donne son nom au jeu au passage – reprise plus tard dans Octopath Traveler. En effet, le joueur a la possibilité de griller ou d’emmagasiner des tours d’action en attaquant de manière successive ou en choisissant de se défendre. En utilisant la fonction «Brave», jusqu’à quatre fois, on peut ainsi lancer autant d’attaques, en étant toutefois conscient que notre héros sera inactif durant un certain temps ensuite. Cela permet de se débarrasser rapidement d’ennemis faibles, et d’engranger de l’expérience et de l’or simplement et rapidement. A l’inverse, l’option «Default» met notre personnage en position de défense, et lui permet de stocker des tours à utiliser plus tard. Un système qui permet de terminer un combat plus rapidement, en multipliant les attaques sur un tour, mais en prenant le risque d’être exposé pendant plusieurs tours si la tentative vient à échouer. Contre les boss, qui présentent parfois une difficulté assez relevée, on privilégie en revanche la finesse et le contrôle manuel total des attaques, afin de gérer les objets et les soins de manière optimale, mais aussi certaines attaques spéciales liées aux classes de nos héros.
Car comme dans un bon vieux Final Fantasy, Bravely Default propose un système de job. En éliminant un boss doté d’une classe particulière, le groupe récupère son «astérisque» qui lui permet d’acquérir des compétences dédiées. Au total, ce sont 24 classes qui sont disponibles, dont certaines sont à récupérer en terminant des quêtes annexes. Un principe déjà vu par le passé (et encore récemment avec Dragon Quest VII) et qui donne franchement envie de toutes les posséder et donc de ne pas faire l’impasse sur les quêtes secondaires. On regrette cependant que, là encore, le système pousse au farm d’expérience puisque chaque classe dispose de sa propre jauge de niveaux. Difficile d’abandonner une classe de Moine niveau 5 pour une classe Voleur niveau 1 par exemple, à moins de se lancer dans de nombreux combats pour rattraper cet écart et combler rapidement la perte de puissance liée à la transition. Heureusement, on peut passer d’une classe à l’autre très simplement, et autant de fois qu’on le souhaite.
Cela reste toutefois assez frustrant à l’usage, offrant l’impression d’une durée de vie gonflée artificiellement. Déjà présente sur la version d’origine, la possibilité de recruter des «attaques amies» fait également partie des problèmes de game-design qui contribuent à dire que Bravely Default a assez mal vieilli. Il est en effet possible d’associer ces attaques amies à nos héros, un peu à la manière des pions dans Dragon’s Dogma. Au delà d’un souci de cohérence et de l’obligation de jouer en étant connecté à Internet, cette fonctionnalité participe aux soucis d’équilibrage du jeu. Devant un boss récalcitrant, il devient alors possible de sortir une attaque dévastatrice empruntée à un autre joueur, que l’on aura recruté au préalable, et cela même si ce dernier possède un niveau beaucoup plus élevé que le notre. C’est d’ailleurs le seul moyen de venir à bout de certains boss en mode Difficile, et c’est relativement dommage puisque cela donne l’impression de pousser le joueur à utiliser une option complètement cheatée, enlevant au passage la satisfaction d’avoir triompher par ses propres moyens. Entre farmer de l’expérience à n’en plus finir ou utiliser ces attaques bien trop puissantes, on aurait tout simplement préféré avoir des combats plus équilibrés, et donc capables d’offrir un vrai sentiment d’accomplissement. Force est de constater que ce n’est pas le cas ici.
Autre élément à pointer du doigt : le système de reconstruction du village. Tiz et ses amis ont en effet la possibilité de développer le village en construisant divers magasins avec l’aide de villageois. Malheureusement, ce mode de jeu est très simpliste et ne consiste en réalité qu’à affecter des ouvriers à des chantiers durant un certain temps pour débloquer l’achat de nouveaux objets et équipements. Tout se gère à partir d’une interface ennuyeuse, incapable d’élever l’intérêt d’un mode qui aurait pourtant pu se révéler être une bonne idée. On retrouve d’ailleurs le même principe dans Octopath Traveler 0, près de 15 ans plus tard donc, dans une version nettement plus intéressante car plus aboutie.
S’il ne manque pas de qualité, il est difficile de pardonner certains points qui posent problème dans Bravely Default, et d’autant plus lorsque l’on parle d’un remaster, avec une occasion unique de corriger certaines choses. Au rayon des déceptions, on peut également pointer les saynètes, qui souffrent d’une écriture poussive et maladroite, et même gênante par moments. On est très loin de ce que propose la série Tales of, avec des personnages inexpressifs et très caricaturaux. Même si l’histoire principale est plaisante à suivre, on regrette un manque de rythme qui finit par nous faire maudire ce bouton «discussion» quand il apparait. Même si on est curieux de savoir ce qui va se dire, on sait aussi qu’en lançant une saynète facultative on prend le risque de souffler fort face au vide narratif qu’elles sont en mesure de proposer.
Comme bon nombre de JRPG, la direction artistique reste l’un des points forts du titre. Si les compositions musicales de Revo sont assez inégales, on peut en revanche saluer le travail réalisé sur les décors, avec des villages parfois splendides réalisés à la main. Le monde imaginé par les équipes de Tomoya Asano invite vraiment au voyage et on prend plaisir à parcourir Luxendarc malgré des donjons souvent très sombres. Côté modèles 3D, on note également la volonté de proposer une petite variante aux personnages chibi (grosse tête et petit corps) qui pullulaient sur Nintendo 3DS à l’époque. Avec un aspect poupée de chiffon, Bravely Default se démarque des autres productions, pour un résultat assez clivant et qui contraste un peu avec la volonté de proposer une aventure mature sur le plan scénaristique. Rien à dire en revanche sur l’aspect technique, même si on peut regretter l’absence d’une résolution en 4K sur Xbox Series X, de même sur la traduction des textes en français, avec la possibilité d’opter pour des voix en anglais ou en japonais.
+
- Scénario intéressant à suivre
- Système de jobs prenant
- Modes Brave/Default novateurs
- Quelques environnement splendides
-
- Durée de vie gonflée artificiellement
- Modèles 3D très clivants
- Manque de rythme et saynètes ratées
- Connexion internet quasi obligatoire