Jeux

Dead Rising 3

Beat them'all | Edité par Capcom | Développé par Capcom Vancouver

4/5
One : 22 novembre 2013
18.01 à 13h50 par

Test : Dead Rising 3 sur Xbox One

Le Nick plus ultra ?

Lorsque le premier Dead Rising avait pointé le bout de ses pixels décomposés peu de temps après la naissance de la Xbox 360, il avait su réveiller les morts. Déjouant les apparences et s'inspirant des meilleurs œuvres du genre, le titre de Capcom impressionnait par sa technique solide pouvant afficher des dizaines de monstres en simultané. À la fois BTA, survival horror, triste et drôle, Dead Rising en mélangeant son ADN à une pléthore de références fut rapidement proclamé roi mutant de sa nouvelle catégorie hybride. Pourtant promis à être découpés, broyés, brûlés, explosés, les zombies de la saga rempilent, avec comme nouveau résident débile non-pas Chris Redfield, mais un mécano rigolo du nom de Nick Ramos. Chérie, ça va couper.

Révélée par Franck West puis complétée par Chuck Greene, la menace zombie continue de se répandre jusqu’à toucher cette fois-ci le jeune Nick Ramos. Après le centre commercial façon Romero et la zone de divertissement XXL, place désormais à un pastiche à l’anis de la ville de Los Angeles, baptisée pour l’occasion Los Perdidos. Un intitulé on ne peut plus évocateur, la cité grouillant de macchabées marchants avides de chair humaine dans laquelle un cœur bien saignant bat encore. Pour endiguer l’épidémie ? La ZDC, agence gouvernementale militaire, ainsi que Nick et ses quelques autres amis survivants. L’élément perturbateur ? Le temps, comme à l’accoutumée, ainsi qu’une poignée de psychopathes qui demandent XP, armes et réflexes pour être mis au tapis. Première nouveauté de ce troisième volet exclusif à la Xbox One, le jeu propose d’être vécu en mode « normal » ou « cauchemar ». Le premier permet à l’aventurier de parcourir l’intégralité de la campagne sans trop de limite de temps, pour ceux qui reprochaient le côté intransigeant dans les timings des précédents volets. Le second mode se (sur)vit à la montre, à l’instar de ce que nous avions auparavant. Un défi on ne peut plus corsé si on l’attaque dès le premier run, aux commandes d’un personnage vierge de toute amélioration.

DR3 test ban 3

Avec ses nouvelles prétentions d’open world – sans temps de chargement entre les multiples zones de jeu – dans lequel il est aussi bien possible de rentrer dans les bâtiments que d’emprunter les voies du métro, on comprend plus facilement les motivations de Capcom à proposer un mode de jeu permettant de profiter de tout cet univers avec un chrono très large si l’on ne se jette pas en cauchemar. Au-revoir la frustration des choix difficiles dans l’ordre des missions, bonjour la découverte et l’exploration ! Dans cet univers spacieux (plus grand que les deux maps des premiers Dead Rising additionnés, pour rappel), les trajets d’un point A à un point B se révèlent parfois longs et semés d’embûches de Noël : des barrages peuvent empêcher les véhicules de passer, obligeant le joueur à trouver un autre itinéraire ou de foncer à pieds, des survivants à aider (en éliminant les monstres autour d’eux) peuvent se montrer, une mission annexe à accepter par l’intermédiaire d’un coup de téléphone, sans parler des nombreux objets à trouver/collectionner (statuettes de Frank, cadavres d’anciens survivants, haut-parleurs de la ZDC, plans d’armes afin de construire de nouvelles combinaisons meurtrières). Tout est prétexte dans ce Dead Rising à perdre du temps et à se détourner de la quête principale afin de gagner encore un peu plus de points d’XP et de matos. Évidemment, le danger premier du titre de Capcom Vancouver reste les zombies. D’un nombre hallucinant, ils ont toujours une main crochue, une prise d’immobilisation ou juste un déplacement en troupeau capables de ralentir la progression du joueur.

« Nul besoin de répéter que malgré les ajouts bienvenus, ce premier Dead Rising sur Xbox One impressionne avant tout par le nombre de zombies en simultané à l’écran, pour une masse qui aurait été tout simplement impossible à faire sur nos bonnes vieilles current gen, soyons francs »

Le comportement de ces livides marcheurs est à ce titre remarquable. Les hordes qui se créent au détour d’un virage se meuvent comme dans les meilleurs films de zombies. Les morts-vivants chutent, contournent les obstacles, s’agrippent aux véhicules en plus de les ralentir par le poids de leurs péchés. Perché sur un abris de fortune, le joueur peut facilement admirer ce petit monde immonde l’encercler puis lever les bras pour l’attraper. Un tir de fusée de détresse en l’air, et les décharnés se précipitent vers la lumière dans un mouvement de foule réaliste. À noter la présence de monstres plus évolués que la moyenne, dotés d’aptitudes spéciales, afin de pimenter les phases d’exploration de Los Perdidos, si si la señorita ! Avec ses créatures bien dégueulasses, ses psychopathes surréalistes, son ambiance film de série B survoltée mise en valeur par des musiques au synthé tout droit sorties d’un film de Fulci, Dead Rising 3 est une déclaration d’amour aux œuvres du genre, œuvres pour lesquelles il garde toujours une petite référence au détour des nombreux boyaux qui servent de ruelles à cette ville damnée.

Ce troisième épisode de Dead Rising garde donc le génome de ses grands frères, avec peut-être un petit peu plus de X que de Y, tant certaines missions trashouilles frisent le mauvais goût rose bonbon d’un Saints Row. Si avancer dans l’aventure se résume à se rendre en temps et en heure à un endroit précis tout en survivant aux différents dangers rencontrés, la quête aux plans d’armes devient vite aussi primordiale qu’entêtante. Apparaissant sur la map sous la forme d’une petite roue crantée, ces bouts de papier parfois bien cachés ou posés derrière des portes fermées à clé octroient la possibilité de construire de nouvelles armes, en fusionnant plusieurs objets entre eux. Pas besoin cependant de parcourir les quatre coins de la carte pour trouver les ustensiles nécessaires à l’élaboration d’un plan fraîchement acquis, puisque les props nécessaires sont posés juste à côté du grand bout de papier bleu. De quoi confectionner de suite l’arme proposée après avoir ramassé le plan donc, via une simple pression de la touche A sur un des objets à mélanger qui se trouve dans l’inventaire du héros. Les armes combo créées par ce procédé apportent de l’XP (à la création comme lors de la mort de zombies trucidés avec), tout en devenant un matériau pour de nouvelles armes encore plus évoluées (et destructrices) lors de la fusion avec d’autres props. Car dans Dead Rising 3, tout se mélange et/ou se créé : les armes, les vêtements, les vivres, et même les véhicules. En garant en effet deux engins à proximité, Nick peut les crafter en se posant à proximité. Un layer blanc recouvre alors les véhicules, indiquant au joueur que l’opération peut être effectuée, si bien évidemment il a au préalable découvert le bon plan de véhicule, les mécanismes de création restant les mêmes.

DR3 test ban 1

Être de mieux en mieux équipé et de plus en plus puissant, voilà le secret de la réussite dans Dead Rising 3. L’arbre de compétence du héros est à ce titre complet. Les points d’XP glanés font gagner des niveaux, qui octroient à chaque montée des points de compétences à dépenser dans des catégories diverses et variées (combat au corps à corps, à distance, agilité, mécanique, astuce, etc). Parfois, un certain nombre de ces points est nécessaire pour débloquer un nouveau palier (4 points de compétences en « inventaire » pour débloquer une nouvelle case, à titre d’exemple). Il est également possible d’en dépenser dans de petites rondelles débloquant des familles d’objets et ainsi confectionner des armes combos plus facilement (en débloquant la famille « jouet » par exemple, il est possible de fabriquer un super ours tueur même si on ne possède pas le fameux nounours en question, pour peu que l’on possède un jouet lambda dans son inventaire). Heureusement, dans la cité de Los Perdidos tout – ou presque – fait gagner de l’expérience. Confectionner des armes ou des véhicules, massacrer des zombies en les utilisant et en créant des combos démoniaques, participer à des épreuves spéciales, sauver des survivants, trouver des collectibles… tout est prétexte à faire gagner toujours plus de points. Il est possible de recommencer un chapitre en gardant son personnage évolué avec amour, en cas de passage trop délicat (ou de bug suite à une mise à jour qui empêche de reprendre le checkpoint débloqué, comme cela nous est malheureusement arrivé). Au final, le niveau 50 peut être atteint dès le premier run en mode normal, niveau qui débloque de nouvelles aptitudes à compléter afin de transformer son Nick Ramos en véritable Captain America.

Au fil de la campagne donc, Nick passe vite de petit mécano paumé à grand concepteur surdoué et huileux. Si, comme dans les précédents opus, des coups spéciaux (à mains nues) se débloquent au fur et à mesure de l’évolution de son héros, les contrôles restent d’une grande simplicité à la vue des nombreuses actions disponibles. Les touches X et Y sont effectivement utilisées pour combattre, une pression sur le stick gauche permet d’esquiver, alors que le bouton A sert à ramasser des objets et à interagir avec le décor. Le problème, c’est qu’avec le nombre très important d’objets à ramasser dans le périmètre de sélection autour du personnage principal, il arrive souvent de ramasser le prop que nous ne voulions pas. Ce qui est totalement rageant, le gameplay du jeu étant énormément tourné autour de cette première étape qui est de ramasser les bons objets avant d’en faire ce que bon nous semble (les utiliser, les archiver, les fusionner). Encerclé dans une horde de zombies qui eux-mêmes peuvent laisser tomber des armes à équiper, ramasser un prop précis se révèle vite être une sinécure. Puisque l’on aborde le chapitre de la maniabilité, les armes télécommandées ou à pousser sont juste injouables. Voilà, c’est dit. Le rapport labeur/nombre de monstres tués est mis à l’amende par les armes plus conventionnelles de Dead Rising 3, même si ce mot peut prêter à sourire lorsqu’on a dans sa besace des panneaux de signalisation électrifiés, râteaux électriques et autres conceptions à base de sabre et de machette. Heureusement que Nick se révèle un peu plus véloce et moins rigide que ses anciens camarades spirituels, et qu’il est capable de sauter voire s’agripper sans trop de catastrophes. Une rondeur qui se retrouve jusque dans les mécanismes du titre.

« Avec ses créatures bien dégueulasses, ses psychopathes surréalistes, son ambiance film de série B survoltée mise en valeur par des musiques au synthé tout droit sorties d’un film de Fulci, Dead Rising 3 est une déclaration d’amour aux œuvres du genre, œuvres pour lesquelles il garde toujours une petite référence au détour des nombreux boyaux qui servent de ruelles à cette ville damnée »

Essayant toujours d’améliorer leur recette en se séparant des points les plus frustrants des anciens épisodes, l’équipe de Capcom Vancouver a arrondi les angles afin de proposer une copie plus souple. On trouve à ce titre des abris disséminés aux quatre coins de la ville. Une fois vidés de leurs malodorants occupants, ces refuges de fortune donnent la possibilité de s’habiller avec tous les vêtements découverts dans l’aventure, sauvegarder, mais aussi s’équiper des armes anciennement trouvées et construites via les casiers, et même recruter des survivants auparavant sauvés grâce aux tableaux des survivants. Ces derniers ont également vu leur intelligence artificielle s’améliorer par rapport à ce dont nous avions l’habitude dans les Dead Rising. Il est en effet toujours possible de les faire s’équiper manuellement, ou de simplement leur demander de fouiller un endroit pour qu’ils s’arment et se soignent sans que le joueur ne soit forcé de jouer les nounous. Bien sûr, ces rescapés ne sont rarement d’une grande aide, mais donner la possibilité au joueur de les enrôler quand bon lui semble reste un atout sympathique. Reste qu’avec l’évolution rapide du personnage, les casiers qui permettent de retirer les meilleures armes pour peu qu’elles aient déjà été crées une fois et les alliés à embaucher afin de casser du monstre en équipe, la difficulté générale de ce Dead Rising est un peu bâtarde. Presque totalement absente en difficulté normale (avec le chrono général quasiment désactivé), elle est par contre démentielle lors d’un premier run en mode cauchemar. Les psychopathes quant à eux révèlent les limites du système de combat du soft. Le corps à corps devient vite bordélique, en plus d’être une méthode trop longue et peu intéressante (dû au spam peu inspiré des X, Y et stick) pour les mettre à terre.

 DR3 test ban 2

Nul besoin de répéter que malgré les ajouts bienvenus, ce premier Dead Rising sur Xbox One impressionne avant tout par le nombre de zombies en simultané à l’écran, pour une masse qui aurait été tout simplement impossible à faire sur nos bonnes vieilles current gen, soyons francs. Les monstres se suivent et ne se ressemblent pas, alors que les dégâts localisés achèvent d’engendrer des doses de fun lors de l’utilisation des nombreuses armes. Malheureusement, techniquement parlant, cette ambition peu raisonnable occasionne du pop d’objets, divers bugs graphiques liés aux soucis de collisions, quelques rares saccades et un rendu en 720p. On note aussi lors de passages beaucoup trop chargés en zombies les subterfuges utilisés par Capcom pour libérer un peu de mémoire vidéo, via la suppression pure et simple des animations d’errance de nos chers damnés, les transformant en statues de chairs sur les routes de l’enfer attendant docilement de se faire écrabouiller par l’imposante moto-compresseur de Nick Ramos. Très ambitieux au final pour un titre de lancement, Dead Rising 3 souffre simplement des affres d’une sortie day one afin de coller au lancement d’une nouvelle console de jeu, avec des éléments impressionnants (nombre d’objets à lécran, moteur physique, dégâts localisés, distance d’affichage) et d’autres moins (720p, framerate, tearing, pop de props, VF). Niveau modélisation, IA et finesse des textures, le titre de Capcom assure le minimum syndical pour se prôner next gen, même s’il est facile de se dire que dans une petite année, il paraîtra aisément (déjà) dépassé.

Nick Ramos peut en tout cas remercier les fonctionnalités annexes de la Xbox One pour lui faciliter la vie. Kinect est en effet utilisé pour la reconnaissance vocale (dans les menus) ainsi que pour donner des ordres aux PNJ, si le faire à la manette ne convient pas aux plus fainéants. Un zombie se jette sur notre héros ? Il suffit de secouer le pad Xbox One afin de s’en dépêtre. Enfin, l’argument choc des présentations quoi que très anecdotique est la possibilité d’attirer les zombies à la voix, puisque Kinect est capable d’écouter ce qui se passe dans notre salle de jeu. Marrant quand la copine fait la vaisselle à côté, pratique pour attirer un maximum de chaire humaine pour réussir les épreuves PP basées sur le massacre de macchabées sous conditions diverses et variées. L’application smartglass quant à elle brise le quatrième mur par l’intermédiaire d’un personnage capable de nous appeler sur notre propre téléphone afin de donner des missions et d’autres informations, téléphone transformé pour l’occasion grâce à la vraie fausse appli ZDC en map sur laquelle il est possible de gérer ses missions et points d’intérêts. Un mode coop est lui aussi de la partie, permettant à un joueur de rejoindre (et quitter) une partie à la volée. Même si certains véhicules ont été particulièrement pensés pour être joués en équipe, le contenu demeure identique à celui du solo. Il faut avouer que parcourir cet open world zombifié avec des armes loufoques et des déguisements improbables en compagnie d’un ami comme d’un inconnu est clairement un bon point en soit. Autant de bonus et petits plus qui font de ce Dead Rising 3 le jeu le plus complet de la jeune ludothèque Xbox One.

4/5
Le mécano Nick Ramos réussit son entrée next gen avec ce Dead Rising 3 bien monté. Ajoutant de nouvelles fonctionnalités tout en améliorant ses anciens rouages, le titre de Capcom se colle encore quelques soucis de finition... et de définition. Les plus enjoués diront qu'il s'agit là d'une signature, les autres crieront à la griffe d'une sortie day one peut être précipitée et à une philosophie de game design un peu bancale. Sans jouer les mordus, il serait pourtant dommage de bouder son plaisir devant tant d'injections de fun sauce Zombrex, le tout sans loading pestilentiel pour un open world complet pas avare en contenu. Bourré de « petits plus » à défaut d'avoir une campagne révolutionnaire, Dead Rising 3 nourrira les fans du genre au risque de laisser les autres aussi froids que ses livides protagonistes. Le trip mérite tout de même clairement d'être (sur)vécu.

+

  • Grand et sans temps de chargement
  • Toujours aussi fun
  • Des tonnes d'armes, véhicules, déguisements, missions...
  • Bourré de références
  • Coop, bonus Kinect, smartglass
  • Un nombre de zombies qui défie la raison

-

    • Des bugs graphiques et rares ralentissements
    • Graphiquement moyen
    • Ramasser des objets est une galère
    • Une courbe de difficulté bâtarde