Test : Fatal Frame II: Crimson Butterfly Remake sur Xbox
J’ai des butterfly, des coups de stress en pagaille
Fatal Frame II: Crimson Butterfly Remake est le troisième remaster/remake de la saga à venir hanter nos consoles. Nous avons accueilli en 2021 le portage du cinquième épisode, « La Prêtresse des Eaux Noires », titre longtemps resté exclusif à la Wii U de Nintendo. Puis en 2023 c’était au tour de Project Zero 4 : Le Masque de l’Éclipse Lunaire de rejoindre les machines actuelles et surtout de s’exporter pour la première fois en dehors du Japon, où il a longtemps été une exclusivité Wii. En ajoutant à cela le fait que les deux premiers épisodes sont sortis en leur temps sur la première Xbox, il ne manque plus que Project Zero 3, seul titre à demeurer agrippé à la PS2 depuis 2005.
En attendant de voir si ce dernier fera lui aussi le chemin sur nos consoles (on l’espère vivement), on ne peut que constater que ce retour aux affaires de la franchise de Koei-Tecmo est payant. Suffisamment en tout cas pour avoir motivé le développeur et éditeur à nous proposer Fatal Frame II: Crimson Butterfly Remake. Avant d’aller plus loin, faisons un petit point sur l’appellation du jeu. A la différence des portages des épisodes 4 et 5 qui avaient conservé le titre de « Project Zero », utilisé en Europe depuis les débuts en 2002, le remake adopte « Fatal Frame », soit l’appellation Nord-Américaine de la saga. On imagine qu’il y a une volonté chez Koei-Tecmo de faciliter l’identification du jeu dans un monde où l’on ne raisonne plus trop en termes de territoire commercial fragmenté. Va donc pour Fatal Frame à partir de maintenant, même si l’on vous avoue rencontrer encore quelques difficultés à ne pas écrire machinalement Project Zero.
Avoir sélectionné Fatal Frame II: Crimson Butterfly pour se lancer dans un remake est assurément le choix le plus logique que Koei-Tecmo pouvait faire. D’abord parce que c’est un épisode qui a connu par le passé une première évolution significative. Imaginé comme son prédécesseur et autres Resident Evil comme un jeu mettant à profit des caméras fixes pour titiller les nerfs du joueur et le surprendre quand il s’y attend le moins, Fatal Frame II avait plus tard été porté sur Wii où il avait alors embrassé le point de vue de la caméra à l’épaule popularisé par Resident Evil 4. Partir de cette base pour un remake est d’une certaine façon dans l’ordre des choses. Mais Fatal Frame II a aussi et surtout été choisi parce qu’il est de l’avis majoritaire des joueurs le meilleur épisode de la saga et probablement d’un des meilleurs survival horror de sa génération. Il faut dire que c’est celui qui a véritablement embrassé les mythes et légendes du Japon, et un peu aussi de l’idée que l’on se fait du pays dans ses recoins les plus profonds et obscurs, pour créer une expérience qui fut alors mémorable.
Le cadre scénaristique en dit déjà long, nous invitant à suivre les jumelles Mio et Mayu Amakura qui lors d’une balade en forêt, propice à se remémorer quelques souvenirs (pas toujours joyeux), finissent par s’égarer et rejoindre l’étrange village de Minakami. Un lieu figé dans des temps anciens, silencieux, plongé dans une nuit sans fin et qui, disons-le, parce que c’est quand même important, ne devrait tout simplement plus exister. Mais il est bel et bien là. Il a attiré les deux jeunes filles et il va sans dire que s’en extirper s’annonce très compliqué, d’autant que la sœurette Mayu ne tarde pas à agir de façon étrange, obligeant Mio (que l’on incarne) à s’enfoncer toujours plus loin dans Minakami et à en braver les dangers pour tenter de récupérer sa sœur.
Cependant, il y a dans ce village ce qui parait aux yeux d’un simple humain et ce qui se trame réellement en parallèle, dans le monde des esprits. C’est en fouillant une première maison vers laquelle sa sœur a été irrésistiblement attirée que Mio met la main sur la « Camera Obscura », un vieil appareil photo qui a le pouvoir de faire voir à son utilisateur l’autre monde. Au gré des réminiscences du passé que l’appareil dévoile, Mio découvre le théâtre où se joue une perpétuelle tragédie et dont elle a obtenu bien malgré elle le premier rôle.
Laissons à partir d’ici le soin à chacun de découvrir en jouant la suite des aventures et ses nombreuses fins. Il y en a une bonne demi-douzaine, dépendant de certains choix et/ou du niveau de difficulté sélectionné au départ. Notons au passage que Fatal Frame II n’a pas de lien direct avec l’épisode précédent et, comme tous les titres de la saga, il peut parfaitement être abordé comme une première expérience. Que l’on soit primo arrivant ou bien joueur sur le retour, le plaisir de la (re)découverte est au rendez-vous : l’ambiance déjà incroyablement prenante, envoûtante du jeu d’origine prend ici une dimension nouvelle. Caméra à l’épaule comme pour la version Wii et les Fatal Frame 4 et 5, on évolue dans un Minakami plus oppressant que jamais. Le travail du studio pour ce remake offre un rendu visuel très satisfaisant, un cran au-dessus des deux précédentes adaptations sur Xbox Series X|S.
Sans être un chef-d’œuvre graphique, Fatal Frame II: Crimson Butterfly Remake joue parfaitement avec les ombres et les lumières pour ajouter du sinistre à un village qui doit être angoissant déjà en plein jour. Bien que certains intérieurs dénotent quelque peu pour leur simplicité et leur répétition (il y a cependant une explication scénaristique à cela), la direction artistique formidable à l’origine dispose d’une expression à sa hauteur avec ce remake. Il y a quelque chose de beau dans le marasme ambiant. Le grain d’image, parfaitement utilisé ici, fait toujours son effet et laisse place intelligemment parfois à des bascules vers le noir et blanc qui ajoutent du poids à l’ambiance pesante.
On est immédiatement happé par cette nouvelle version de Fatal Frame II, quand bien même connaissons-nous déjà son déroulement sur le bout des doigts. La partition sonore n’y est pas étrangère, tant elle offre à l’atmosphère une dimension incroyablement juste. Il y a toujours ce petit bruit, ce craquement, qui nous maintient en alerte. Quand ce n’est pas un hurlement spectral qui vient nous glacer le sang. Fatal Frame II n’est pas tant un jeu d’horreur observée que de malaise ressenti, et cette singularité est parfaitement retranscrite dans ce remake. Cela tient aussi au sens de la mise en scène qui, nonobstant l’abandon ici comme ailleurs des caméras fixes si pratiques pour faire peur, vient agiter un foulard rouge devant nous autres joueurs. On sait ce qui nous attend mais on ne peut s’empêcher d’y aller.
Le jeu incite à la concentration et à l’observation pour capturer les très nombreuses réminiscences du passé qui sont les clés indispensables à la progression de l’aventure et à la compréhension de ce qui se joue à Minakami. Toujours au taquet, on est prêt à dégainer la Camera Obscura pour observer les centaines d’instants fugaces qui donnent un semblant de vie à ce village désert. Cette nouvelle version de Fatal Frame II pousse d’ailleurs un peu plus à l’exploration en intégrant plusieurs quêtes secondaires, liées à des personnages et à des situations spécifiques. En suivant les traces de certains spectres on récolte des documents écrits inédits qui offrent de nouveaux angles de compréhension autour de l’histoire du village.
C’est optionnel donc, mais plutôt intéressant à suivre et le plus souvent corrélé à la progression de l’histoire principale. Il faut néanmoins compter avec quelques retours vers des lieux déjà visités, ce qui donne inévitablement une sensation de répétitivité dont on se serait passé, l’aventure principale ayant déjà la fâcheuse habitude de nous faire aller plusieurs fois aux mêmes endroits. Mio n’étant pas la reine de la course à pied, il y a de quoi rechigner (bien qu’elle se déplace tout de même un peu plus vivement qu’auparavant). Cet écueil est toutefois compensé partiellement à l’occasion de ce remake par l’introduction de deux nouvelles zones à explorer. Optionnelles elles aussi, elles sont cependant très intéressantes pour qui veut découvrir de jolis décors (le temple en particulier), en apprendre un peu plus sur l’environnement et les personnages de Fatal Frame II ; mais aussi pour récolter quelques objets utiles pour la suite et ses nombreux affrontements.
La Camera Obscura n’est pas seulement un objet qui révèle les esprits et les traces du passé. Elle est l’arme de Mio Amakura contre les revenants qui ont une dent contre tout ce qui est vivant. A Minakami, il y en a pas mal, allant du simple paysan au prêtre hargneux, en passant par les inévitables fillettes aux cheveux devant les yeux, victimes de noyade et autres femmes de chambre désarticulées. Tout ce qui fait le folklore horrifique japonais répond présent ; charge à nous de les renvoyer d’où ils viennent en levant l’appareil photo et en les bombardant de clichés bien placés. On dispose comme toujours de films à faible impact à l’infini et en fouillant le village, on peut dénicher des films aux caractéristiques plus avancées (plus puissants, moins lents à charger, voire des films capables d’exorciser en un seul cliché bien placé).
Pour faire un maximum de dégâts à la barre de « vie » du revenant agressif et le repousser, il convient de réaliser un « Cliché Fatal », soit un cliché pris pile au moment où l’on va prendre des dégâts. Ce que serait un contre dans un jeu de baston, dont la fenêtre de tir sa matérialise par l’encadrement de l’appareil qui devient rouge. Si l’on place la prise de vue au bon moment avec le bon niveau de mise au point, on peut alors réaliser un « Moment Fatal », lequel permet d’enchainer trois clichés à la suite sans perdre de film.
Le combat dans Fatal Frame II est une question de patience et d’observation des patterns ennemis, en prenant soin d’esquiver quand il le faut et de jouer avec le niveau de zoom et de mise au point pour un effet maximal. Outre le fait que la Camera Obscura puisse être améliorée dans ses fonctions de base en récoltant des perles dédiées un peu partout dans le village, on dispose dans ce remake de quatre filtres qui ont chacun leur particularité et on peut passer de l’un à l’autre en plein affrontement, au gré des besoins. L’un marche mieux de loin, tandis que l’autre fait un peu plus de dégâts à la base et tous disposent d’un cliché « spécial » qui vient par exemple concentrer un cliché puissant, repousser violemment un revenant ou bien le ralentir pendant un certain temps. Utile quand on croise la route de ces maudits gamins joueurs. Ces filtres peuvent être améliorés avec des perles eux aussi, tandis que les nombreux Talismans à débloquer viennent renforcer l’appareil, les filtres ou encore les capacités de base de Mio.
Tout cela est bien sûr important à développer car s’il n’est pas foncièrement difficile, Fatal Frame II: Crimson Butterfly Remake impose quelques affrontements délicats face à des revenants particulièrement résistants. Le remake étant beaucoup moins généreux que sa version originale pour ce qui est de trouver des films permettant d’infliger plus de dégâts, une bonne gestion de ceux-ci face aux ennemis de base est indispensable pour ne pas risquer la pénurie au moment d’affronter des spectres plus coriaces. Notons toutefois que le jeu propose trois modes de difficulté au départ, dont un mode « Histoire » qui permet effectivement d’aborder un peu plus sereinement l’aventure. Celle-ci se termine en une douzaine d’heures environ, en prenant le temps d’explorer mais sans forcément s’attacher à dénouer le fil de toutes les intrigues secondaires. On en ressort heureux mais exténué, soulagé et en même temps un peu triste de devoir refermer une nouvelle fois ce formidable chapitre de l’histoire du survival horror.
+
- Retour d’un des meilleurs survival horror
- Ambiance visuelle et sonore superbe
- Mise en scène réussie
- Bonne durée de vie (une douzaine d’heures)
- Pas mal d’éléments secondaires bienvenus
- Le « combat » à la Camera Obscura n’a rien perdu de son charme
-
- Toujours pas mal d’allers-retours
- Mio manque encore un peu de vivacité
- Certains ennemis un peu trop résistants