Jeux

Gray Matter

Aventure | Edité par dtp entertainment | Développé par Wizarbox

4/5
360 : 02 décembre 2010
07.02 à 14h44 par - Rédacteur en Chef |Source : http://xbox-mag.net/

Test : Gray Matter sur Xbox 360

Gray Matter est un peu un lapin sorti du chapeau dans lequel se trouve la foultitude de jeux apparus en fin d'année 2010. Un tour de magie qui offre aux joueurs Xbox 360 la joie de profiter d'un genre bien trop rare sur consoles : le point and click. Ajoutez à cela un spectacle orchestré par le Houdini du genre et l'envie d'être pris au jeu sera à son comble. Gray Matter semble tout avoir pour surprendre son public : magie ou illusion ?

It’s a kind of magic

Se poser, observer attentivement, réfléchir pour avancer dans une histoire passionnante. Voilà ce qui caractérise le point and click. Comme un magicien garde jalousement les recettes de ses plus grands tours, ce genre de jeu est toujours la chasse gardée des joueurs PC. Entre quelques passages sur le Xbox Live Arcade et de très furtives apparitions sur les étals des magasins, avec notamment Sherlock Holmes en 2009, le point and click sur consoles à un goût de fruit défendu. La pomme est cette fois-ci Gray Matter et c’est à pleines dents que l’on croque son aventure. Il est d’autant plus difficile d’y résister que derrière ce jeu se trouve Jane Jensen à qui l’on doit la série des Gabriel Knight sur PC. Véritable institution du point and click, vénéré par de nombreux joueurs comme une œuvre exceptionnelle, Gabriel Knight confère à sa créatrice un statut de maitre dans sa discipline. Le capital confiance est grand pour ce Gray Matter, alors que plus de dix ans le sépare du dernier jeu de Jensen. Une aventure qui va mettre Samantha Everett, jeune américaine, globe-trotteuse et apprentie magicienne, sur le chemin de l’énigmatique docteur David Styles. Un panneau indiquant la mauvaise direction, une pluie battante typiquement britannique et une moto qui tombe en panne : ni une, ni deux, Samantha profite d’une occasion qui lui est mystérieusement donnée pour se faire passer pour l’assistante attendue par le docteur Styles. Un moyen comme un autre de s’assurer au moins une nuit au sec. C’est culotté et tout à l’image du personnage de Samantha : un look gothique qui tranche avec le raffinement so british des lieux visités, pour une jeune femme qui ne mâche pas ses mots. Pensant profiter seulement d’une nuit à l’abri, elle va rapidement mettre le doigt dans un engrenage qui la portera beaucoup plus loin que ce qu’elle aurait pu imaginer.



L’Angleterre sera donc le terrain de jeu de cette histoire. Un manoir, les rues d’Oxford, une bibliothèque, etc. Les lieux sont nombreux et ont tous quelque chose en commun : leur rendu est superbe. Alors certes l’ensemble est figé comme le veut le genre et certains lieux manquent un peu de vie. Mais qu’importe, chaque scène s’apparente à une toile impressionniste aux couleurs chaudes et aux effets de lumière particulièrement réussis. Le sentiment d’évoluer sur des planches de dessin est omniprésent pour un résultat saisissant. Au delà de cette qualité du rendu graphique, un soin particulier est dédié à retranscrire fidèlement l’architecture britannique (les traits caractéristiques de l’art gothique par exemple), des grands monuments aux rues de la ville. Les cinématiques ne sont pas en reste, les images défilent comme une succession d’illustrations discrètement animées et bénéficiant d’un coup de crayon plus prononcé. Le design et le rendu affichent une unité qui donnent à Gray Matter une âme singulière. A contrario, les personnages se montrent beaucoup moins convaincants. Leur intégration aux décors n’est pas parfaite sans que cela gêne l’immersion pour autant. Leurs animations en revanche souffrent de lacunes un peu trop visibles : les mouvements de Samantha (ou du docteur Styles qui sera incarné également) manquent de fluidité et semblent parfois être ceux d’un robot. Il y a un emplacement précis pour chaque action. Ainsi le personnage se replacera automatiquement s’il est trop près ou trop d’un côté de sa cible, créant un manque de naturel contrastant avec ces environnements sublimes. Un défaut qui se révèle rapidement n’être qu’un simple détail tant la magie de l’univers de Gray Matter opère rapidement.

Gray bracadabra

S’il y a une raison qui fait du point and click une rareté sur consoles, c’est bien l’aspect rebutant de la manette qui rend difficile la transposition de la souplesse offerte par une souris. Difficile mais pas impossible. Gray Matter n’est pas parfait mais se révèle jouable sans accrocs grâce à une maniabilité pensée pour s’adapter et non vulgairement calquée. Une pression sur la gâchette fait apparaitre une roue affichant chaque élément avec lequel il est possible d’interagir. La sélection se fait rapidement et permet d’éviter de perdre du temps à balayer l’écran avec un curseur définitivement pas adapté à ce genre sur consoles. Il est possible de déplacer le personnage grâce au stick et l’ouverture de la roue de sélection se placera automatiquement sur l’interaction la plus proche. Il est également possible de se faciliter l’exploration en mettant en évidence l’ensemble des éléments à observer sur un lieu. La gestion de l’inventaire est plutôt sommaire mais n’est pas gênante compte tenu du nombre relativement faible d’objets transportés. Un inventaire dans lequel se trouve le livre de magie de Samantha, son atout principal pour faire face à certaines situations. Une approche de la résolution d’énigme intéressante à base d’objets qu’il faut se procurer et manipuler dans un ordre très précis, tel un vrai magicien, pour se jouer de la personne. Parallèlement, les énigmes du docteur Styles feront appel à la science pour une approche plus terre à terre. Mais d’un côté comme de l’autre on aura bien peu de mal à venir à bout de ces épreuves aux explications beaucoup trop détaillées. Agréable si l’on débute dans le point and click mais peut-être frustrant pour les vétérans. Ainsi l’aventure se bouclera en douze heures en moyenne, plus ou moins selon notre degré d’expérience dans le genre.



C’est un peu court mais c’est terriblement bon. Evoluer dans des environnements superbe est déjà quelque chose et les aventures de Samantha et David sont au moins aussi prenantes. Une histoire qui mêle rêve et réalité, qui oppose avec brio croyances magiques et convictions scientifiques. Samantha la magicienne qui cherche des explications rationnelles à des faits qui tiennent du surnaturel ; David le scientifique qui navigue entre confiance dans les faits et volonté de croire en l’incroyable. Les éléments du scénario sont distillés avec beaucoup de maitrise pour mener le joueur vers un dénouement à la hauteur de l’aventure. Parallèlement à cette quête, Samantha explorera ce monde à la recherche d’une société secrète, prétendument composée des plus grands magiciens au monde. Une chasse au trésor qui tient en haleine, donnant lieu à des énigmes un peu plus développées que les autres. L’Angleterre de Gray Matter flatte les yeux mais n’en oublie pas nos oreilles. Les musiques sont discrètes mais très belles, à base de sonorités douces concordant parfaitement avec la quiétude des environnements. Le doublage proposé en anglais est également très travaillé, les oreilles aguerries remarqueront l’effort apporté à l’accentuation selon que l’orateur soit anglais ou américain. Un ensemble très cohérent donc, qui couplé à ce scénario solide font de Gray Matter un jeu à ne manquer sous aucun prétexte. Il serait d’autant plus impardonnable de passer à côté sachant que le titre est proposé à un tarif plus bas que la moyenne.

Gray Matter parvient sans peine à effectuer son tour de magie et nous laisse agréablement surpris. Comme un enfant devant un illusionniste, on observe attentivement le déroulement du spectacle, chaque étape se révélant aussi passionnante que mystérieuse. Lorsque le tour prend fin, on se dit qu'il faut un réel talent pour nous émerveiller de la sorte, même si l'on aurait aimé que le spectacle dure un peu plus longtemps. Mais pour un tour aussi rare que celui du point and click sur console, se voir gratifier en plus d'une excellente prestation est déjà quelque chose de grand.

+

  • Proposé à prix réduit
  • Jouable
  • Bien rythmé
  • Très bonne intrigue
  • Graphiquement superbe

-

    • Animations perfectibles
    • Un peu trop facile
    • Un peu trop court

Fiche succès

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