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Project Zero : La Prêtresse des Eaux Noires

Survival Horror | Edité par Koeï-Tecmo | Développé par Team Ninja

7/10
One : 28 octobre 2021 Series X/S : 28 octobre 2021
09.11 à 18h59 par - Rédacteur

Test : Project Zero : La Prêtresse des Eaux Noires sur Xbox One

La nonne des eaux usées

Alone in the Dark, Silent Hill, Resident Evil, Rule of Rose : sombres, angoissants, violents, passionnants, dérangeants… Ces survivals ont en commun bien des choses mais pas l’élément qui caractérise ce que me firent ressentir les jeux Project Zero sur Xbox/PS2. La peur. Un effroi primaire, incontrôlable, caractérisé par l’effet produit par le folklore horrifique japonais sur les esprits qui y sont sensibles. Dès lors, la frustration de voir le cinquième Project Zero, « La Prêtresse des Eaux Noires », exclusif aux consoles WiiU en 2015 n’a aujourd’hui d’égal que la joie de pouvoir y jouer sur les consoles Xbox.

Project Zero sur Xbox fut une grande expérience mêlant crainte et excitation. Découvert alors par une sombre nuit pluvieuse, seul, dans une chambre d’étudiant (ça ne rajeunit pas), ce jeu d’horreur inspiré par les croyances et le folklore japonais était parvenu à faire tomber les murs de mon auto-supposée résistance à la peur au contact d’un jeu vidéo. Puis vint le second épisode, Crimson Butterfly, probablement le meilleur et disponible lui aussi sur Xbox. Il fallut ensuite se rendre sur PS2 pour jouer au solide et sordide Project Zero 3 : The Tormented, et sur Wii, en version japonaise uniquement, pour expérimenter Project Zero 4. Vous pensiez la Team Ninja complètement folle de sortir son jeu au Japon et nulle part ailleurs ? Que dire du cinquième épisode, La Prêtresse des Eaux Noires, exclusif aux consoles WiiU et sorti en version physique en très (trop) peu d’exemplaires ? Assurément la recette d’un bel échec commercial sur une console malheureusement morte rapidement et sur laquelle le jeu en question, affiché une cinquantaine d’euros en version dématérialisée, n’a jamais daigné se rendre plus accessible. Alors, aujourd’hui, tous les fans de Project Zero ont de bonnes raisons de se réjouir grâce à la sortie de La Prêtresse des Eaux Noires sur les consoles actuelles (Xbox, Playstation et Switch).

project zero 2

Le contexte étant posé, on se demande tout de même si ce jeu qui accuse quelques années a encore de quoi faire son petit effet. On sait par ailleurs qu’à l’image des survivals de la fin des années 90/début 2000, Project Zero a troqué au fil du temps ses caméras fixes pour une expérience à la troisième personne classique, vue de dos. Ce que l’on gagne à priori en souplesse, on le perd peut-être en sursauts ? Cela, on le découvre le long de quatorze chapitres pour une durée de vie facile à convertir en nombre d’heures, soit 15 à 16 en difficulté par défaut et en prenant en compte les trois quarts d’heure qu’occupent les petits chapitres bonus. Déblocables en fin de partie, ils nous permettent d’incarner une kunoichi bien connue de la maison Team Ninja, j’ai nommé Ayane de Dead or Alive. Pour ce qui est de l’aventure principale, c’est au travers du regard de trois personnages que l’on se lance en quête des mystères entourant le Mont Hikami. Inspiré par la sombre réputation d’Aokigahara, le Mont Hikami est dans Project Zero 5 un lieu passé au fil du temps de terre mystique, spirituelle voire touristique, à forêt où se rendent les gens pour mourir. Dès que le soleil se couche, demeurer sur les flancs du Mont Hikami est synonyme de mort. Qu’est-donc est allée faire là-bas la mère de Miu Hinasaki ? Et Ren Hojo : a-t-il vécu une partie de son enfance dans un temple du Mont Hikami et participé à l’étrange rite qui hante systématiquement son sommeil ? On suit aussi et surtout les pas de Yuri Kozukata, jeune femme troublée par mille et une chose dont on apprend rapidement qu’elle est capable, sans artifice aucun, de « voir les ombres ».

Doublé en japonais et en anglais, sous-titré en français, Project Zero - La Prêtresse des Eaux Noires s’appuie comme ses prédécesseurs sur un mode de narration très mesuré. Peu de paroles, pas mal de documents écrits qui renseignent sur l’histoire et plus largement les rites et croyances locales ; le développement de l’histoire se fait surtout au travers des ombres du passé qui apparaissent à mesure que l’on progresse dans les niveaux. Essentielles pour l’histoire ou simplement là pour appuyer l’oppression exercée sur le joueur (la bande-son joue alors ici une partition formidable), ces flashs mènent tantôt à des révélations, d’autres fois sur des rencontres beaucoup moins cordiales (on en reparle un peu plus loin). Beaucoup de choses passent donc par l’ambiance, le contexte, le petit bruit que l’on croit entendre au loin. Les réponses sont suggérées, un peu alambiquées parfois c’est vrai, et ouvrent sur de nouvelles questions. L’avancée est globalement lente, ce qui peut se comprendre dans un survival qui dure tout de même une quinzaine d’heures, c’est éprouvant et tout le monde n’y adhère pas forcément. Force est de reconnaitre toutefois la force du développeur pour asséner au joueur une expérience qui prend aux tripes, une ambiance qui joue habillement sur les hauts et les bas pour maintenir en alerte. Comme toujours dans Project Zero, l’usage du folklore nippon dans ce qu’il a de plus sordide est fait avec soin. Apparitions soudaines, cut-scenes présentées comme si elles avaient été extraites d’une vieille bande abimée, éléments du décor intelligemment disposés… Ca marche. On a perdu la force du coup de pression avec lequel jouaient les développeurs grâce aux caméras fixes par le passé, mais on retrouve indubitablement ce qui fait le pouvoir horrifique japonais.

project zero 1

Project Zero - La Prêtresse des Eaux Noires a toutefois quelques sérieux soucis, pas étrangers à la lenteur générale de l’aventure. Si l’on a le plaisir de retrouver (sur Xbox Series X pour ce test) un jeu techniquement très propre, significativement amélioré depuis son passage sur WiiU (textures réhaussées, jeux de lumière recréant très bien l’ambiance des lieux, personnages bien modélisés), il n’en demeure pas moins plombé par ses défauts d’origine. Tout au long de l’aventure, on est contraint de visiter plusieurs fois les mêmes lieux, avec un personnage différent ou pas, jusqu’à l’écœurement parfois. L’ultime chapitre illustre d’ailleurs à lui tout seul la grande répétitivité des environnements, nous contraignant à arpenter pendant plus d’une heure la quasi-intégralité du chemin qui nous a déjà tant fait souffrir. En ajoutant à cela un personnage très lent lorsqu’il marche et très rigide quand il court, les randonnées macabres vers le sommet du Mont Hikami ne sont clairement pas une balade de santé. Le jeu étant déjà assez éprouvant pour son ambiance, on avoue que l’on aurait aimé voir la maniabilité gagner un peu de souplesse avec ce portage.

Heureusement, Project Zero - La Prêtresse des Eaux Noires porte en lui la marque de fabrique de la licence, ce qui fait qu’on l’aime particulièrement : son « système de combat ».  C’est un peu gros oui pour qualifier l’usage d’un appareil photo, la camera obscura, capable de blesser les spectres jusqu’à les faire disparaitre, mais il s’agit là de votre seule arme pour survivre. 100% des ennemis sont d’ailleurs des fantômes dans Project Zero. Religieuses, porteurs, paysans, femmes de chambre, moines, mariées en colère et autres pendu(e)s… Toute la galerie est de sortie et offre de beaux moments de frisson et des affrontements qui ont un certain charme, même si la recette commence évidemment à dater. A vous donc de dégainer votre appareil photo et de prendre de bons clichés pour blesser l’ennemi, sachant que plus il près de vous atteindre au moment du déclenchement de la photo, plus il prend de dommages. Un « Fatal Frame » fait gentiment reculer le spectre et vous donne le temps de recharger l’appareil, vous soigner, ou éventuellement changer de type de film pour plus ou moins de dégâts.  Calé en vue à la première personne lors de ces phases de photographie, on peut utiliser les boutons X et Y pour faire pivoter le cadre et chopper autant d’ennemis/zones de dégâts possibles. Ce n’est pas ce qui existe de plus pratique, on a forcément perdu ici les fonctions gyroscopiques de la WiiU qui rendaient cela plus naturel, mais à vrai dire on s’y fait rapidement. Les ennemis sont globalement lents, attaquent peu, ce qui laisse le temps de se dépatouiller avec tout cela. Ce n’est pas un mal lorsque l’on sait que pour se soigner, ou retirer la maudite souillure qui gangrène rapidement la barre de vie (heureusement rare), eh bien il faut passer par le menu, puis aller dans les objets et l’utiliser. A l’ancienne, oui.

project zero 3

Tout au long de l’aventure on acquiert automatiquement des améliorations pour l’appareil (lentille guérissant le joueur en fonction des dégâts infligés à l’ennemi, lentille doublant les dégâts, indicateur d’esquive possible, etc) ; il est possible d’utiliser également les points obtenus en fin de niveau pour rendre le rechargement de l’appareil plus rapide, lui permettre d’absorber plus d’énergie psychique (nécessaire à l’usage des lentilles spéciales) ou encore autoriser des attaques plus lointaines. En bref le système est simple à comprendre, demande un peu d’adaptation mais le jeu est dans tous les cas suffisamment accessible et permissif pour ne pas frustrer de ce côté-là. A noter enfin que si vous avez trop de points en stock ou des priorités autres que l’amélioration de l’équipement, vous pouvez dépenser vos deniers dans des vêtements et accessoires pour les personnages. Les maillots de bain, censurés sur WiiU en dehors du Japon, sont de la partie dans cette version remasterisée. A vous les joies de la traversée d’une maison hantée en bikini.

7/10
Sans être si vieux que ça, Project Zero - La Prêtresse des Eaux Noires est d’une certaine manière une relique du passé. Un style de survival, une ambiance, une approche horrifique assez unique en son genre qui n’est pas exempte de défaut, notamment pour sa rigidité et la grande répétitivité de ses environnements. Pour autant, au-delà même de la simple considération pour la qualité technique du portage, Project Zero - La Prêtresse des Eaux Noires est un jeu que l’on a envie de recommander, au moins pour s’essayer quelques heures à une expérience éprouvante, prenante, portée par un système de combat qui fait encore aujourd’hui son petit effet. Project Zero - La Prêtresse des Eaux Noires n’est pas le meilleur Project Zero, pas le meilleur survival disponible sur les consoles Xbox, mais il est certainement l’un des plus forts en termes d’ambiance et n’a finalement pas ou peu d’équivalent. Pour cela, il mérite que l’on s’y intéresse si l’on en a l’opportunité.

+

  • Portage techniquement solide
  • Ambiance pesante et bien orchestrée
  • De beaux moments de (relative) solitude
  • L’univers folklorique japonais fait son effet
  • Système de combat unique en son genre, toujours valable
  • Durée de vie solide
  • Chapitres bonus avec Ayane présents
  • Bande-son tout à fait au point

-

    • Grande répétitivité des environnements
    • Déplacements lents et/ou rigides
    • Histoire pas toujours facile à suivre
    • Rythme globalement très lent