Jeux

South of Midnight

Aventure | Edité par Xbox Game Studios | Développé par Compulsion Games

8/10
One : 08 April 2025 Series X/S : 08 April 2025
03.04.2025 à 18h01 par - Rédacteur en Chef

Test : South of Midnight sur Xbox Series X|S

La tisseuse de bonne aventure

Fondé en 2009, Compulsion Games nous livre enfin son troisième jeu, sept ans après le précédent. Après un Contrast qui laissait déjà transparaitre tout le talent du studio canadien, We Happy Few nous avait finalement laissé un petit goût amer avec une expérience de jeu gâchée par un manque de maitrise générale. Racheté par Microsoft en 2018, les développeurs peuvent désormais compter sur un soutien de taille, tout en conservant une certaine créativité. Il est donc temps de franchir une nouvelle étape avec South of Midnight, un titre qui tranche avec les deux précédentes productions du studio, ce qui n'est pas pour nous déplaire.

Après l’ambiance de la Belle Epoque et celle de l’Angleterre dystopique, les développeurs canadiens de Compulsion Games changent encore complètement de décor et nous proposent de plonger au cœur d’une Amérique inspirée par la Louisiane. Comme c’était déjà le cas avec les deux premières productions du studio, les environnements tirés du monde réel viennent se mélanger à des événements originaux teintés d’une pointe de fantaisie. On y suit Hazel, une jeune adulte qui se prépare à affronter une terrible tempête qui risque de causer de sévères dégâts aux mobil-homes installés dans un quartier modeste de la ville fictive de Prospero. Comble de malchance, un grave incident l’oblige à partir à la recherche de sa mère disparue, pour une aventure dont le rythme ne faiblit pas un instant.

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South of Midnight prend la forme d’un jeu d’aventure à la troisième personne, mêlant à la fois quelques phases de plateformes, et des combats à mener uniquement en arène. La quête d’Hazel se vit de manière linéaire, avec une structure de jeu découpée en 14 chapitres, pour une durée de vie située autour des dix heures de jeu. Si le début nous fait traverser une Amérique profonde réaliste, noyée par les flots, rapidement notre héroïne va se découvrir des pouvoirs de tisseuse qui lui permettent d’entrer en contact avec un monde inspiré du folklore local. Au fil des chapitres, elle fait successivement l’acquisition de crochets, d’un fuseau et d’une quenouille, autrement dit tout le matériel nécessaire pour manipuler les fils et s’en servir pour progresser dans l’aventure, tout en servant de prétexte à nous proposer un gameplay suffisamment varié. Et cela fonctionne plutôt bien puisque plus on avance, et plus la magie opère.

A la fois moderne et hors du temps, le scénario de South of Midnight est plutôt bien ficelé. Chaque fin de chapitre est l’occasion de faire le point sur les événements que vient de vivre Hazel, tout en faisant le lien avec ceux à venir. Sans être extraordinaire, l’écriture permet de dérouler l’histoire de façon claire et intelligible, mais c’est surtout le principe des souvenirs qui donne une grande dimension scénaristique à l’ensemble. En effet, la jeune femme a le pouvoir de retisser certaines âmes torturées par leur passé trouble. En dénouant des «nœuds», on débloque de petites saynètes qui ajoutent une pièce au puzzle des événements, pour à la fin découvrir des histoires souvent sordides, dont certaines sont capables de réellement bouleverser le joueur en jouant sur son affectif. De manière générale, South of Midnight cherche constamment à mettre son scénario au centre des débats, et n’hésite pas à embarquer le joueur avec lui en cherchant à jouer avec ses sentiments et sa sensibilité.

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Des éléments scénaristiques qui viennent ponctuer les mécaniques de gameplay. Avec les phases de plateformes d’un côté, avec la possibilité de réaliser des double-sauts, de courir sur des murs, de planer sur de courtes distances, de faire apparaitre des objets, de pousser des objets, de réaliser un dash vers l’avant, ou encore de s’agripper à des points d’accroche lointain ou de casser des amas de branches qui bloquent un chemin. On ajoute à cela la possibilité de faire appel à Crouton, un petit familier capable d’être lancé sur une plateforme inaccessible, ou de se faufiler dans un ouverture étroite. Chaque mécanique est ajoutée progressivement, ce qui permet de gagner en profondeur de jeu au fur et à mesure, et éviter ainsi un sentiment de répétitivité. Il n’en reste pas moins que le tout reste très classique, avec des séquences qui ne présentent pas de difficultés particulières, ni de réelle originalité.

D’ordre plus général, c’est d’ailleurs tout le gameplay de South of Midnight qui est beaucoup trop sage, bien trop classique. Un défaut que l’on retrouve sur la partie combats, avec des affrontements qui ne se font qu’en arène, exclusivement. Dans la grande majorité des cas, il n’est donc pas possible d’y échapper, même si les quatre niveaux de difficulté permettent de leur offrir une place plus ou moins importante dans l’expérience de jeu. Un mode personnalisé permet même d’activer l’invincibilité pour Hazel ou de régler la puissance des ennemis et l’intensité des combats par exemple. Mais le problème vient surtout du côté assez répétitif de ces combats, qui finissent finalement par tous se ressembler après quelques heures de jeu, la faute à un bestiaire qui s’épaissit trop peu au fil des chapitres, et à une palette d’attaques qui offre un peu de profondeur au gameplay sur la première moitié, mais plus rien ensuite. On note tout de même la volonté des développeurs de nous faire monter en puissance avec un arbre de compétences à la fois basique et très clair, et de nous récompenser en réalisant des esquives parfaites. C’est assez agréable à jouer, mais on finit par se lasser. Les boss n’apportent d’ailleurs pas grand chose de plus, si ce n’est des situations un peu différentes, avec la possibilité d’affronter des créatures parfois gigantesques.

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Par ailleurs, South of Midnight nous invite à explorer un peu chaque niveau, avec la nécessité de récupérer des ressources pour débloquer les paliers de l’arbre de compétences ou des cristaux capables d’augmenter la jauge de vie d’Hazel. Une bonne idée dans la mesure où on prend plaisir à parcourir l’univers imaginé par Compulsion Games, avec des décors typiques du Sud des Etats-Unis, comme les champs de coton et de tournesols, le bayou et même les bateaux à roues à aube. L’utilisation de l’Unreal Engine 5 est judicieuse dans la mesure où cela permet de nous plonger dans des environnements plutôt bien réalisés dans l’ensemble, mais sans que cela ne paraisse trop générique non plus. Le studio canadien a en effet réussi à donner un véritable cachet à ce South of Midnight, notamment grâce à son atmosphère et son ambiance à part. On aurait d’ailleurs bien aimé pouvoir pouvoir utiliser un mode photo pour immortaliser certains paysages.

Une direction artistique maitrisée, et portée par les thèmes musicaux de grande qualité imaginés par Olivier Derivière (Greedfall, A Plague Tale, …), avec même quelques thèmes chantés qui viennent accompagner les histoires tragiques perçues dans les souvenirs retrouvés par Hazel. Du jazz, du blues, de la country et même un peu de gospel, le compositeur français s’est montré très inspiré pour concevoir la bande-son du jeu. Les textes et les voix des dialogues sont pour leur part entièrement en français, avec un doublage correct mais qui souffre d’une synchronisation labiale pas toujours au point. C’est d’autant plus flagrant que le jeu prend le parti de proposer une animation façon stop-motion avec, de fait, un effet saccadé auquel il faut s’habituer. Heureusement, les développeurs ont eu la bonne idée de mettre une option pour retirer cet effet durant les phases de jeu pour ceux qui ne parviendraient pas à s’y faire, comme dans notre cas.

8/10
Pour peu qu'on ne se lasse pas d'un système de combat qui peine à se renouveler au bout de quelques heures, South of Midnight est un titre très agréable à parcourir. Entre des décors imprégnés de la culture cajun et des thèmes musicaux capables de nous transporter, le titre de Compulsion Games réalise un sans-faute côté ambiance, tout en parvenant à apporter suffisamment de variété dans ses phases de gameplay. Même si tout n'est pas parfait, South of Midnight se pose comme le titre le plus abouti du studio canadien à ce jour, et ne manquera pas de satisfaire les joueurs à la recherche d'un titre à la fois bien raconté, et bien rythmé.

+

  • Gameplay varié
  • Invite à explorer chaque recoin
  • Ambiance absolument parfaite
  • Narration qui n'épargne pas le joueur
  • Graphismes très convaincants
  • Musiques de grande qualité
  • Intégralement en français (voix et textes)

-

    • Combats répétitifs à la longue
    • Un peu trop classique
    • Ca s'essouffle un peu sur la fin
    • Synchronisation labiale ratée
    • Absence de mode photo