Jeux

Super Time Force

Action/Aventure | Edité par Capybara Games | Développé par Capybara Games

10/10
4.0/5
One : 14 mai 2014 360 : 14 mai 2014
18.05 à 15h46 par

Test : Super Time Force sur Xbox One

Minute to Midnight

Amateurs de Metal Slug et autres Alien Hominid, réjouissez-vous. Les indés de chez Capy ont profité du programme ID@Xbox pour proposer leur vision du jeu d'action 2D où la poudre est le langage universel. Dans ce trip halluciné où se mélangent passé, futur, beaucoup de baston et un peu de réflexion, les développeurs enchaînent les paradoxes. À force de lorgner du côté des Run & Gun d'antan qu'un Konami n'aurait pas renié saupoudré de contrôles bien actuels sur le temps, Super Time Force peut-il se targuer d'avoir lui aussi réussi son Contra ?

À la Super Time Force, on ne s’embête pas avec le Super Flux. Après une intro mettant en scène un personnage et son lui du futur dans un dialogue sans queue ni yeux que les amoureux de Day of the Tentacle apprécieront, le tutoriel qui suit met directement les poings sur les hits. Doté d’une jouabilité semblable à celle d’un Metal Slug (le tir en diagonal en plus), le stick gauche sert à la fois à diriger son personnage et sa visée. Les habitués des Shadow Complex et autres jeux du genre récents seront donc troublés par la non-utilisation du stick droit pour orienter son réticule. Le bouton « A » permet de sauter, « X », tirer, par à-coups ou en laissant son doigt appuyé jusqu’à ce que l’arme soit suffisamment chargée pour délivrer son attaque secondaire. Simple à comprendre malgré le petit temps d’adaptation dû au mapping « à l’ancienne » déplacements/visée sur le même joystick, la jouabilité s’assimile sereinement en quelques minutes. Les premiers obstacles évités et ennemis anéantis, il est temps de mourir !

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Et c’est là que Super Time Force dévoile tout son génie : il est tout simplement le premier Die and Retry intelligent. En effet, lorsque notre avatar passe l’arme à gauche, il suffit tout simplement de rembobiner la scène comme devant n’importe quel film, puis de choisir le moment optimal décidé selon notre bon vouloir pour faire apparaître un nouveau personnage dans le niveau. Aux commandes de ce clone et accompagné de la première version de son héros enregistré qui se dirige vers une mort certaine post-rewind, il est alors possible d’éviter sa mise à mort, en se débarrassant du méchant assassin avant que ce dernier ne le tue. Cette marche-arrière semblable au mode record de Blinx peut également être déclenchée à tout moment, histoire de ne pas attendre la mort pour en profiter, grâce à une simple pression sur la touche « B ».

« C’est là que Super Time Force dévoile tout son génie : il est tout simplement le premier Die and Retry intelligent »

Le plus fort, c’est qu’à chaque fois que le joueur décide de spawner après un rewind, il peut incarner un des trois héros qui forment l’équipe de base, héros qui ont tous leurs armes et caractéristiques propres. On retrouve entre autres le guerrier qui mitraille en arrosoir, la mercenaire qui tire à travers les murs et le chevalier capable de créer des bulles de protection. D’autres joyeux lurons peuvent rejoindre la team de choc sous condition de les sauver dans certaines parties des niveaux ou en accomplissant des missions annexes (comme récolter suffisamment de collectible d’un type particulier). Tous ces ingrédients assemblés donnent en cocktail survitaminé d’action (à grosses gouttes), mais aussi de réflexion (juste un doigt). Les ennemis des différents mondes comme le level design astucieux demandent souvent d’utiliser le bon personnage pour se sortir d’une situation délicate, puis de remonter dans le temps pour y créer un clone ou invoquer un autre mercenaire et ainsi profiter d’une nouvelle aptitude spéciale pour appuyer son précédent fantôme.

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Le jeu permettant jusque 30 rewinds (par défaut), il est alors possible de créer une armée de 30 guerriers en simultané calqués sur nos 29 dernières actions dans l’univers. Le soft de Capy devient alors totalement jouissif, surtout lorsque l’on se met à créer un avatar qui ne s’occupe que des ennemis en hauteur, puis que l’on revient dans le temps pour annihiler les adversaires qui arrivent par la droite pour enfin revenir avec un ultime avatar qui n’a plus qu’à s’occuper des restes, ou chercher les bonus secrets disséminés un peu partout. Il existe par exemple des gemmes dorées à collecter (10 par tableaux) qui nécessiteront l’activation de quelques rewinds astucieux et clones téméraires pour être ramassées avant qu’elles ne disparaissent.

« Tous ces ingrédients assemblés donnent en cocktail survitaminé d’action (à grosses gouttes), mais aussi de réflexion (juste un doigt) »

Si les mercenaires de la Super Time Force peuvent remonter le temps, c’est pour mieux le démonter, et ce en 60 secondes montre en main. Effectivement, chaque tableau du titre doit être terminé en une petite minute, même si ce chronomètre affiché en haut de l’écran se retrouve lui aussi altéré par les nombreux rembobinages du joueur. Heureusement, divers items sur le chemin permettent de rajouter quelques secondes au compteur, de le ralentir ainsi que tous les ennemis aux alentours, ou même encore de gagner une marche-arrière supplémentaire. Des bonus qui se révèlent bien utiles afin de terrasser le bestiaire inspiré des différents mondes et époques que Super Time Force propose. Mention spéciale aux boss impressionnants et jamais répétitifs, qui demanderont doigté et astuces pour être mis en pièce par toute une armée de « nous » qui se partage le travail. La mort n’est en tout cas jamais punitive dans le jeu de Capy, ce qui est déjà un exploit en soi. Elle fait partie des mécanismes bien huilés du game design général.

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En donnant au joueur le pouvoir de remonter le temps pour éviter sa propre mort, les développeurs créent un jeu dans le jeu qui peut intervenir à tout moment, en marge des objectifs classiques des softs du genre. Trouver une solution pour éviter le trépas d’un avatar, en plus d’être grisant, permet de surcroît de faire gagner des niveaux au héros sauveur, rendant ses attaques plus puissantes et permettant de fusionner les aptitudes des mercenaires invoqués. Enfin, à la fin d’une mission, un replay est proposé à la Super Meat Boy, exposant de manière drolatique tous ses soldats dans l’accomplissement du niveau (sans l’activation des retours en arrière). Des vidéos qui peuvent être enregistrées sur la version Xbox One du titre, afin de les partager avec ses petits camarades et tenter de leur provoquer à distance une crise d’épilepsie. Car oui, avec son design graphique comme sonore semblant venir d’une rencontre impossible entre Fez et Katamari Damacy, le bébé de Capy fait saigner du nez.

« Trouver une solution pour éviter le trépas d’un avatar, en plus d’être grisant, permet de surcroît de faire gagner des niveaux au héros sauveur, rendant ses attaques plus puissantes et permettant de fusionner les aptitudes des mercenaires invoqués »

Pas à un paradoxe temporel prêt, avec la Super Time Force, tous les prétextes sont bons pour remonter le temps ou explorer le futur ! Une dette astronomique ? Pourquoi ne pas récupérer le Graal pour le revendre sur Ebay ? Un plug-in manque pour lire une vidéo de Lol-cat ? Fastoche, un saut dans l’avenir pour récupérer toutes les futures updates et le tour est joué. Les développeurs se font un malin plaisir d’enchaîner les blagues tantôt potaches, tantôt totalement geeks, lorsqu’il ne s’agit pas tout simplement de parodier une œuvre issue de la pop culture. Les éléments graphiques qui agitent leurs pixels bien carrés tranchent avec le scénario qui ne l’est pas du tout. En bref, c’est drôle, coloré, et totalement ubuesque. Ce joyeux bordel se retrouve dans les effets spéciaux du titre où les nombreuses animations d’explosions et d’étincelles empêchent parfois une lisibilité optimale. Il est en effet souvent compliqué de retrouver son avatar dans cette purée de petits pois acidulés, ou juste d’interpréter le feedback visuel qui nous intéresse, comme celui signifiant que l’arme principale est suffisamment chargée pour infliger son attaque secondaire. Avec une quinzaine de clones posés au même endroit, contre un boss par exemple, il peut être facile de perdre de vue le personnage que l’on contrôle. Avec le recul qu’occasionne certaines armes lourdes et que l’on doit compenser, ces soucis minimes de lisibilité irriteront les moins patients qui veulent vraiment chercher la petite bête.

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Super Time Force est en tout cas une aventure à vivre seul, aucun mode multijoueur n’étant de la partie. On regrettera surtout l’absence d’un contenu plus conséquent, même si le mode Super Hardcore qui se débloque après le premier run propose de revivre l’épopée avec une difficulté revue à la hausse et rendant la mort plus punitive. Quinze niveaux pour huit boss partagés en six époques (allant de 1 000 000 avant J.C jusqu’aux années 3072), c’est peut-être un tout petit peu juste pour un jeu 100% solo. Il nous a fallu environ huit heures de jeu pour arriver aux crédits de fin avec une bonne partie des bonus collectés. Super Time Force est, de toute façon, tellement bon et bien calibré que nous l’aurions forcément voulu plus long. Reste les high scores en ligne qui motiveront les plus mordus et qui seront toujours un bon prétexte pour relancer ce titre qui a décidément toutes les qualités requises pour le marquer, son temps.

10/10
Malgré son côté bordélique qui n'a de carré que les pixels qui composent ses joyeux personnages, Super Time Force est réglé comme une horloge. Dans ce Run & Gun qui invente le premier Die and Retry intelligent, les mécanismes sont à la fois originaux et fédérateurs. Pour un jeu solo qui joue sur le temps, le bébé de chez Capy se termine plutôt rapidement. Il faut avouer que ses grandes qualités et son rythme soutenu de bout en bout font passer les heures trop rapidement. On y reviendra cependant avec plaisir afin de parfaire ses scores en ligne, débloquer tout le casting et terminer le New Game +. Acidulé comme un Minute Maid, drôle et intelligemment bête, Super Time Force est une bombe. Capyche ?

+

  • Un Run and Gun nerveux, sans temps mort
  • Un Die and Retry ingénieux
  • Des mécanismes grisants et fédérateurs
  • Ubuesque, inspiré, drôle, rayonnant
  • Les replays

-

    • Mieux vaut ne pas être allergique au pixel art
    • Pas toujours très lisible en pleine action
    • Un premier run un poil trop court