Jeux

Twin Mirror

Aventure | Edité par Dontnod | Développé par DONTNOD Entertainment

3/5
One : 01 décembre 2020
02.12 à 18h11 par

Test : Twin Mirror sur Xbox One

Presse libre

Studio déjà très productif, les parisiens de Dontnod Entertainment ont décidé d’accélérer la cadence en sortant coup sur coup deux nouvelles productions cette année. Première à être totalement indépendante, Twin Mirror compte bien être le nouveau départ d’un studio remonté à bloc en dépit d’un contexte actuel difficile.

Des années après voir tourné le dos à sa ville natale de Basswood, le reporter Sam Higgs se voit contraint de revenir sur les traces de son passé à la suite de la mort de son meilleur ami Nick. Très mal vu par la population locale, en raison d’un article qui provoqua la fermeture de la mine et mis la plupart des habitants au chômage, il doit notamment faire face aux réprimandes de sa filleule Joan. Elle est la fille de Nick et lui explique immédiatement sa théorie sur la mort de son père, selon elle pas aussi accidentelle que voudraient le faire croire les autorités. Fini les fables adolescentes mâtinées de rock indé. Après Life is Strange et sa saison 2, ainsi que la récente exclusivité Xbox One, Tell Me Why, Twin Mirror reprend l’exacte formule des jeux précités, c’est-à-dire un film interactif au choix moraux, mais nous met désormais dans les bottes d’un trentenaire dépressif. Un personnage plus occupé par sa quête de vérité que par les rapports sociaux.

test twin mirror 3

Principalement axé sur son enquête, réaliste et dénuée d’artifices spectaculaires, le jeu mise avant tout sur les rapports entre les différents habitants de la ville. Cela va d’Anna, l’ex-petite amie du héros, à l’éternel rival professionnel Dennis, en passant par le policier bourru, mais intègre, nommé Declan. La vingtaine de personnages rencontrés tout au long de l’histoire sont assez bien caractérisés et même s’ils n’échappent pas au stéréotype habituel permettant au premier coup d’œil de séparer le bon grain de l’ivraie. On évite tout de même les clichés trop lourds qui pesaient sur les deux précédents titres du studio. Petit budget oblige, les doublages vont du bon au clairement passable et la modélisation générale, ainsi que leurs animations lors des dialogues, rappellent parfois presque Shenmue 3. Rien de catastrophique cependant et l’idée de jouer avec la sensibilité de chacun, notamment en leurs coupant la parole sèchement ou à contrario en leur laissant le temps de vous endormir avec leurs problèmes gastriques, est plutôt bien trouvée.

En plus de son talent inné pour faire parler les gens, l’ami Sam possède également un instinct de déduction au-dessus de la moyenne. Il est aussi accompagné d’un double lui parlant constamment dans la tête -à la manière du célèbre détective Francis York Morgan- visualisé sous la forme d’un double conciliant, façon Jiminy Cricket en version nerd. Dans les faits, son double sert principalement lors des choix moraux importants pour l’histoire, invitant le joueur à se pencher plutôt vers l’avis de l’une ou l’autre des faces du miroir. En plus ne pas être tout seul dans sa caboche, notre héros peut également se réfugier régulièrement dans son palais mental. Un monde miroir fantasmée. Ce dernier lui permet notamment de pouvoir revenir sur des événements passés, après avoir récupéré plusieurs indices sur un lieu d’enquête, à la manière du Sherlock Holmes de Frogwares. Si le concept est alléchant sur le papier, dans les faits vous devrez surtout tourner en rond dans une zone confinée, jusqu’à trouver les indices dans le bon ordre, puis reconstituer la scène jusqu’à trouver la bonne réponse. Pas besoin d’être Horatio Caine pour trouver la bonne séquence, le tout restant à un niveau de difficulté acceptable, même si certaines énigmes pourront stresser les joueurs les moins patients.

test twin mirror 2

Bien évidemment, nous tairons dans ce test tout élément lié à l’intrigue ainsi qu’à son déroulement, pour éviter tout spoiler. Il faut néanmoins savoir que sous couvert d’enquêtes policières mâtinées d’un brin de surnaturel -via les passages dans le palais mental de Sam- Twin Mirror reste globalement dans les clous d’un scénario d’une série TV lambda, voir d’un téléfilm policier de l’après-midi. Rythme très lent, refus total de la surenchère violente ou des scènes choc : vous pourrez y jouer tranquillement avec vos grands-parents. Ils seront probablement ravis de suivre une intrigue suffisamment prenante pour tenir en haleine durant les cinq heures que dure le jeu, mais qui ne risque pas de coller des migraines ou des cauchemars. Le fait qu’il s’agisse d’une aventure unique, ne reposant plus sur le modèle épisodique envisagé au départ, avec un début et une fin, rend le tout globalement plus digeste. Mais peut-être un peu moins ambitieux et surtout totalement dénué d’intrigue secondaire tout du long. Il faut en revanche se contenter de très peu d’environnements différents, le jeu se reposant sur les poncifs habituels propres aux jeux Dontnod. Bar, camp de jeune niché dans la forêt ou encore l’inévitable pavillon de famille à explorer de fond en comble, tout y est. On regrette également un jeu beaucoup trop dirigiste, les choix semblant être dans le meilleur des cas anecdotiques et pour les plus importants focalisés sur la dernière ligne droite de l’histoire. Reste que la galerie de personnages, globalement attachante permet de savourer un final tout en douceur et fera pousser un soupir de soulagement aux plus fleur bleue d’entre nous, pour peu qu’ils aient fait les bons choix lors du sprint final.

test twin mirror 1

L’exploration est encore une fois similaire à celle pratiquée chez Dontnod depuis Life is Strange 2. Vous vous baladez dans des zones plus ou moins grandes, en regardant divers objets plus ou moins utiles à l’intrigue, dans l’attente d’activer la prochaine séquence scriptée. Souvent bien trop longues et surtout avares en interactions, ces séquences ont tendances à diluer l’intrigue et d’apporter un rythme très lent qui risque de faire décrocher les joueurs les plus impatients. Reste que le jeu est globalement plutôt joli et que c’est un plaisir de visiter un peu cette bourgade minière de Virginie Occidentale. Pour tenter de donner un peu d’énergie au rythme relativement plat de l’enquête et sachant qu’il n’y a strictement aucun QTE lors des cinématiques, les développeurs ont choisi d’ajouter des séquences d’action dans le palais mental de Sam. Concrètement ça passe par des séquences scriptées diverses et variées, vous obligeant à courir en ligne droite en cherchant la bonne sortie ou bien à rechercher votre double au milieu de dizaines d’ombres, façon « Ou est Charlie ? ». Jamais passionnantes, parfois même un brin frustrantes lorsqu’il faut plusieurs tentatives avant de découvrir ce que le jeu attend de nous, ce séquences n’apportent rien à l’intrigue, mais ont le mérite de tenter de casser un peu le rythme global et d’être assez courtes.

Graphiquement Twin Mirror est très réussi, eu égard à son statut de jeu indépendant auto-édité. Hormis quelques textures en retard et la critique déjà abordée sur les personnages, les décors sont détaillés et très agréables à parcourir. Certains plans dans le palais mental sont aussi très jolis et rappelleront quelques souvenirs aux fans de Christopher Nolan. Sur Xbox Series X (ndlr : via la rétrocompatibilité), la résolution est impeccable et l’aliasing se montre aussi rare que les moments de tension dans l’intrigue. Le framerate profite également de 60 FPS agréables, certes couplés à quelques chutes, mais qui ne posent absolument aucun problème étant donné qu’elles se trouvent uniquement lors de certains passages d’exploration. Il faut également saluer la très bonne tenue globale du jeu, stable, dénué de bugs, intégralement doublé en Anglais et profitant d’une traduction en français. Il reste cependant des écrans de chargement encore bien visible, même sur Xbox Series X|S.

3/5
Titre mineur mais toutefois sympathique de cette fin d’année bourrée de triple A, Twin Mirror ne révolutionnera ni la fiction policière, ni les films interactifs. La faute globalement à un rythme lent, un manque d’implication du joueur et une intrigue un peu trop sage. Il reste toutefois la meilleure production du studio depuis le splendide Life is Strange. De quoi faire passer quelques heures agréables aux fans d’aventures narratives.

+

  • Ambiance globalement réussie
  • Une histoire complète en 5h
  • Personnages attachants et bien caractérisés
  • Les reconstitutions du palais mental
  • Très agréable visuellement

-

    • Les passages action dans le palais mental
    • L’animation, le design et les doublages de certains PNJ
    • Rythme très lent
    • Le manque global d’impact des décisions