Jeux

Crimson Keep

Action/RPG | Edité par Merge Games Ltd. | Développé par Team Crimson

2/5
One : 06 mars 2019
06.03 à 15h05 par - Rédacteur en Chef

Test : Crimson Keep sur Xbox One

La mort vous va si bien

On se sent un peu lassé par le manque de challenge trop souvent concédé par nombre de jeux actuels ? On a envie d’avoir mal, de devoir serrer les dents pour avancer, combat après combat ? Bienvenue dans Crimson Keep, un action-RPG Rogue-like qui risque fort de remettre en question votre éventuel penchant pour les choses difficiles.

Il se trouve quelque part les restes engloutis de ce qui fut un château rayonnant. Mais de cette vie qui l’habitait, il ne reste plus rien. Pris de force par un démon sexy et envoyé six pieds sous terre -dans tous les sens du terme-, le château n’est plus aujourd’hui qu’un amas de ruines ensevelies et dans lequel, vous, héros aussi bavard que célèbre, allez devoir vous frayer un chemin jusqu’au « Crimson Keep ». Peut-être trouverez-vous là-bas de quoi mettre fin à la malédiction et gagner votre ticket vers l’air libre ? Ainsi se présente Crimson Keep au gré de quelques artworks regardables sur un fond sonore étonnamment mal fichu ; entre la doubleuse excessive et la prise de son probablement opérée à l’aide d’un micro-casque Xbox 360, on ne sait vers quoi jeter l’opprobre.

crimson keep test 1

Mais après tout, nous sommes en présence d’un action-RPG vu à la première personne et dont la progression s’appuie sur une structure Rogue-like. Aussi pouvons-nous faire fi du scénario et nous concentrer sur la façon dont on s’apprête à traverser moult couloirs et lieux obscurs. Passée la bonne surprise occasionnée par la présence de menus aux textes traduits en français, on fait le choix entre trois catégories d’aventuriers. On a le berserker, plus solide que ses comparses et adepte du combat au corps à corps ; ou alors la sorcière qui, comme vous l’imaginez, privilégie l’usage d’une baguette magique pour défourailler. Sinon, il y a le vagabond, paumé, sans arme, sans spécificité aucune et surtout dénué d’arbre d’évolution. Bref, même s’il est livré sans combinaison de cuir, ce type de personnage est à réserver aux vrais masochistes.

Il est important de comprendre deux choses avant d’entamer Crimson Keep. La première c’est que les ennemis sont nombreux, de bien de genres différents et qu’ils soient gros, petits, qu’ils attaquent de près ou à distance, qu’ils marchent ou qu’ils volent ; tous vous mettent au tapis en trois coups au maximum. L’usage d’un dash ici bienvenu est alors plus que de rigueur. La deuxième spécificité à prendre en compte, c’est que la mort est permanente, au sens premier, strict. Une fois à terre, on est bon pour un retour à l’écran d’accueil et une nouvelle partie dans les règles. Tellement nouvelle qu’elle impose systématiquement de traverser le premier (et heureusement tout petit) étage faisant office de tutoriel. Si vous entendez venir à bout du jeu alors que nous, nous concédons sans aucune honte ne pas y être parvenus, préparez-vous à faire preuve de patience, d’application et espérez avoir un peu de chance.

crimson keep test 2

Rogue-like oblige, les donjons ne se présentent pas sous la même forme d’une partie à l’autre, même si l’on se rend compte au bout d’une poignée d’essais que ce sont tout de même certains agencements similaires qui prennent le pas sur d’autres. Cela finit par aider. Mais sans carte, sans indication, on évolue alors à tâtons, face à des ennemis dangereux et dont il n’est pas toujours évident de discerner le pattern d’attaques. Un gros ogre va par exemple mettre des plombes à lancer une attaque tournoyante alors qu’il peut vous envoyer valser avec un coup de pied venu de nulle part. Mais finalement, dans cette configuration où la mort est permanente, la difficulté vient moins de la brutalité des ennemis que de certaines mécaniques de jeu qui passent à côté de leur sujet.

Les hitboxes sont mal gérées au corps à corps et non, ce n’est pas toujours le résultat d’un calcul de probabilité de dégâts. C’est clairement mal fichu parce qu’à l’inverse, on peut se retrouver touché par un coup porté à priori de trop loin par l’ennemi. Ca marche un peu mieux avec la sorcière et ses attaques à distance mais attention parce que là non plus Crimson Keep ne fait aucun cadeau en limitant sévèrement le nombre d’utilisation de la magie à distance. Il faut utiliser des parchemins de recharge… Mais encore faut-il en trouver ! Et on touche ici à ce qui est le véritable gros défaut de Crimson Keep : la possibilité de trouver/récupérer des objets est beaucoup trop aléatoire. Parfois les ennemis sont extrêmement généreux, les tonneaux à briser aussi. Mais dans notre cas, 9 fois sur 10, on récupère trop peu d’éléments pour pouvoir être en mesure de faire face aux ennemis dont le nombre, lui, ne faiblit pas. C’est tout ou -trop souvent- rien. Et lorsqu’après avoir galéré à trouver une petite potion et un anneau de santé offrant un bonus à 5%, on bat tant bien que mal un boss pour ouvrir un coffre spécial qui ne contient rien de bien mieux que ce que l’on avait déjà, colère et frustration se mêlent.

crimson keep test 4

Colère de constater qu’en plus d’être un rapiat, Crimson Keep s’est dit qu’il serait peut-être bon d’ajouter aux difficultés un niveau de faim qui s’il est trop bas vient réduire la barre de points de vie. Tout cela donc autour d’un loot qui ne donne que trop rarement des aliments, préférant faire grossir l’inventaire avec des armes de qualité similaire -voire moindre- à celle en mains. Inventaire par ailleurs porté de manière un peu trop brute depuis le PC et qui du coup s’avère très lourd à la manette en dépit de sa relative clarté. La frustration vient quant à elle du sentiment d’être démuni, voire spolié quand on s’aperçoit qu’un passage de niveau sur deux ouvre sur une sélection de perks aléatoires qui peuvent ne pas convenir du tout à la classe dont on dispose : se voir proposer une amélioration des sorts quand on joue un berserker, ça laisse pantois.

Crimson Keep laisse ainsi filer rapidement le challenge pour l’injustice et l’envie de briser quelques manettes. Ceux qui y survivront ont notre admiration mais même si vous êtes un tant soit peu habitué au Rogue-like, Crimson Keep est certainement trop bancal pour être véritablement appréciable. C’est dommage dans le fond parce que lorsque le tirage n’est pas injuste, on arrive à s’amuser un peu. Mais ce n’est que trop rarement le cas et ce n’est pas du côté de la prestation technique qu’il faut aller chercher du réconfort. Artistiquement quelconque, il vaut seulement pour la variété de son bestiaire ; beaucoup moins pour la qualité graphique de celui-ci ou du reste. C’est assez peu détaillé et surtout très cubique : on serait presque tenté de compter les polygones comme il y a vingt ans. Exagération mise à part et même si l’on prend naturellement en considération le fait que le titre est indépendant, développé par une toute petite équipe, il y a tout de même un côté « jeu PC du début des années 2000 » dans Crimson Keep. Avec un héros qui a des mains mais pas de bras, des armes aux proportions étranges pour combattre des ennemis mal animés, raides comme nos muscles à l’issue d’un périple franchement épuisant.

2/5
Si la proposition mêlant action, RPG et Rogue-like avait à priori tout pour suggérer une issue intéressante, il n’en est pas grand-chose avec Crimson Keep. L’idée de vouloir placer le joueur face à un vrai challenge est louable mais encore aurait-il fallu que les mécaniques de jeu suivent. Trop de place est laissée ici aux approximations, à une gestion aléatoire des éléments mal maitrisée et suspendue à un fil rongé par une prestation technique quelque peu à la traine, en particulier du côté des animations. A moins de chercher volontairement à souffrir -et il y a des moyens plus ludiques d’y parvenir- Crimson Keep n’est malheureusement pas un titre à privilégier pour vos quêtes d’aventures.

+

  • Du challenge, pour sûr
  • Bestiaire chargé
  • Textes en français

-

    • Drop déséquilibré 9 fois sur 10
    • Génération « aléatoire » des donjons qui tourne vite en rond
    • Hitboxes pas toujours précises
    • Plus frustrant que difficile
    • Animations bien raides

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