Jeux

Ghost Recon : Wildlands

TPS | Edité par Ubisoft | Développé par Ubisoft Paris

3/5
One : 07 mars 2017
02.04 à 11h02 par

Test : Ghost Recon : Wildlands sur Xbox One

La Santa Bronca ?

Née à peu près en même temps que la Xbox, la série des Ghost Recon n’en est pas à son premier changement. Au fil du temps et des générations, l’exigence des premières heures a laissé un peu plus d’espace au spectacle, tandis que le cadre historique tendait toujours un plus vers une approche futuriste de la guerre. Mais tout de même, il y avait depuis son apparition de nombreuses questions qui tournaient autour de Wildlands et de la pertinence de son orientation nouvelle ô combien différente. Il est ainsi le premier descendant de la famille à se lancer dans l’open world. Sans aucun remord ?

Au revoir Mitchell et les Ghosts du futur pas si lointain, on se souviendra de votre passage remarqué sur la génération précédente. Place à la relève et comme pour le cousin éloigné Rainbow Six, Ubisoft a fait le choix d’un changement important au regard de ce que proposaient les épisodes de ces sagas sur Xbox 360. Ghost Recon Wildlands devient ainsi le premier de ses pairs à se lancer dans l’aventure de l’open world, avec en toile de fond une Bolivie à feu et à sang. Le pays d’Amérique du Sud est devenu ici un simulacre d’Etat où le droit n’a pas sa place, où le pouvoir gouvernemental a disparu pour laisser un boulevard aux narcotrafiquants. Le chemin est d’ailleurs tellement large et balisé que les malfrats, guidés par leur parrain/gourou/philosophe (rayez la mention inutile), contrôlent le pays jusque dans ses moindres recoins. Mais heureusement, la résistance est là. Elle est encore faible, mais elle vit et c’est avec l’aide de l’Oncle Sam et d’une poignée de Ghosts qu’elle entend abattre un à un les lieutenants du cartel, branches sur lesquelles est confortablement assis El Sueño, chef suprême du cartel de la Santa Blanca. D’accord, on a déjà eu à faire à des scénarios quelque peu caricaturaux mais il faut dire que celui de Ghost Recon Wildlands place la barre assez haute. Difficile d’accorder plus d’attention que cela au pourquoi de notre présence en territoire hostile. D’abord parce qu’on a vite compris qu’elle n’est qu’un prétexte à l’addition gargantuesque de missions en tous genres ; mais c’est aussi et surtout parce qu’il est difficile de savoir si le titre d’Ubisoft est volontairement caricatural ou s’il a manqué le coche en essayant de rendre crédible quelque chose d’abracadabrantesque. Accrochez vos ceintures lors des interrogatoires de certains lieutenants, on se croirait dans la section commentaires d’un post Facebook un lendemain d’élections. On retient néanmoins des doublages français de bonne facture, sauf lorsqu’il s’agit de prononcer la moindre petite chose en espagnol où la frontière entre le mauvais et le ridicule est bien mince (on ne change pas comme ça une spécialité nationale me direz-vous).

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Toujours est-il que cette Bolivie peuplée de vautours, elle a du chien : graphiquement, Ghost Recon Wildlands affiche une réalisation solide. L’immense carte offre des panoramas superbes dans un ensemble assez vivant, qui suit le chemin du framerate stable à peu près en toutes circonstances. Bien que l’on ne puisse faire totalement abstraction d’un aliasing très présent, il est bien difficile de ne pas succomber à l’appel de la nature à perte de vue ; la distance d’affichage assure sans trop de popping sauvage et les éclairages particulièrement réussis donnent à l’ensemble un vrai cachet (c’est néanmoins bien plus convaincant le jour que la nuit). Le titre invite à la découverte sur fond de musique locale très appropriée… Ou de monologues du Parrain qui fait un piètre Colonel Kurtz. A oublier. Les pérégrinations sont très agréables sur routes et petits chemins, pour peu que l’on accepte une physique des véhicules complètement farfelue. Dévaler une montagne à moto sans tomber ? Monter pépère avec un tacot une pente à 50° ? No problemo. L’avantage, c’est qu’on se déplace rapidement et le recours au fast travel n’est du coup pas forcément un automatisme. Avions, hélicoptères et autres bateaux se trouvent assez facilement et permettent de ne pas sombrer dans l’ennui qui accompagne les déplacements trop longs de la plupart des open world.

« La scénarisation est minimale et la répétitivité de cette structure qui ne manque pas de rappeler celle (tant décriée) d’Assassin’s Creed premier du nom rendent au bout d’un moment la progression un peu pénible en solo »

A l’image de nombreux bacs à sable avant lui, Ghost Recon Wildlands a rapidement fait de voir sa carte recouverte de missions en tous genres et d’objets plus ou moins importants à collecter. Tout cela se greffe autour d’un axe principal qui nous porte aux quatre coins de la Bolivie pour éliminer la figure principale du cartel opérant dans la région. Avant de voir le vilain abattu ou capturé, il faut déjà le trouver et on alterne alors entre missions diverses visant à faire sortir le loup de sa tanière et recherches d’indices. Des recherches qui n’en sont pas vraiment puisqu’il s’agit le plus souvent de se rendre à un point indiqué, de liquider les quatre malheureux gardes présents pour mettre la main sur un dossier ouvert sur la table. Cette succession d’opérations se répète pour autant de cibles principales qu’il y a, avant d’arriver à faire face au grand patron. La scénarisation est minimale et la répétitivité de cette structure qui ne manque pas de rappeler celle (tant décriée) d’Assassin’s Creed premier du nom rendent au bout d’un moment la progression un peu pénible en solo. C’est un peu la même chose pour les missions secondaires, qu’il s’agisse de défense d’objectif, de destruction ou encore de vol et de livraison d’un véhicule : la mécanique est toujours plus ou moins la même. En solo, cela a tendance à devenir vite ennuyeux. S’il faut se convaincre que Ghost Recon Wildlands n’est pas un jeu pensé pour être joué seul, il suffit de se tourner vers ses trois alliés et leur IA aux pâquerettes. Il faut tout leur dire et à part leur capacité relativement bonne à abattre une cible désignée, il ne faut pas trop compter sur eux dans le feu de l’action. Ghost Recon Wildlands est clairement un titre taillé pour la coopération en ligne.

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Quelques secondes seulement suffisent pour se lancer dans une partie. On vous conseille tout de même de réunir des potes histoire de profiter pleinement des possibilités offertes en jouant sérieusement. Que la mission soit principale ou secondaire, le titre n’impose pas une façon particulière de procéder. On peut alors choisir de la jouer brutale ou, plus intéressant et normalement plus à propos, tactique : en marge d’un armement relativement classique mais bien fourni (il faut néanmoins aller à la cueillette d’infos et explorer chaque coin de la map pour débloquer armes et accessoires), les ghosts disposent d’une paire de jumelles assez généreuse quand il s’agit de marquer des cibles pas forcément dans le champ. Mais il y a surtout le drone que l’on sort avant chaque entrée en zone hostile et qui permet de rien laisser au hasard. Difficile de s’en passer tant il sait se montrer précis et discret puisqu’il faut vraiment aller sous le nez d’un soldat ennemi pour que l’IA daigne se réveiller. Comme les armes, le matériel et les capacités des coéquipiers, le drone a droit à une large batterie d’améliorations (portée, autonomie, IEM, distraction de l’ennemi, etc), à échanger contre des points d’expérience et de ressources glanées en terminant certaines missions secondaires. Cette arme fatale aux capacités un peu disproportionnées a tendance à grandement faciliter la tâche et l’opération de repérage finit par devenir routinière ; elle met par ailleurs en évidence l’aspect disproportionné de l’arsenal des Ghosts. On se rend compte très vite que si l’arsenal explosif est complet (C4, mines, tir de mortier, appui rebelle par exemple), celui dédié à l’infiltration se borne essentiellement à l’utilisation d’un drone (certes complet) et d’un silencieux. Si l’on apprécie que la plupart des zones à attaquer soient suffisamment ouvertes pour laisser le choix de l’angle d’approche, il est tellement plus simple, voire carrément évident, de rentrer dans le tas une fois éliminés snipers et autres servants de tourelles.

« Reste que Ghost Recon Wildlands est un peu le Mercenaries/Just Cause/GTA –like coopératif que l’on n’attendait pas mais dont on peut se réjouir qu’il existe quand dans nos cœurs l’action prime sur le reste »

Par moments, c’est de toute façon l’intelligence artificielle ennemie qui choisit pour nous. Aveugle face au drone, le méchant bolivien a une capacité au contraire très étonnante à savoir précisément où l’on se trouve dès lors qu’il se sent menacé. Mention spéciale aux hélicoptères et aux soldats de l’Unidad (sorte de police locale) qui sont de vrais chiens de chasse pouvant faire fi de la végétation qui devrait pourtant leur masquer la vue. Alors, on y va souvent à la Rambo. Parce que ça marche bien, parce que c’est malgré tout amusant grâce à un bel arsenal et parce que les Ghosts encaissent plutôt bien les balles dans le mode de difficulté par défaut. Ceux qui entendent la jouer le plus réaliste possible et ont avec eux des coéquipiers sérieux doivent envisager de passer directement à la difficulté supérieure. Mais même s’il est possible de s’imposer une certaine conduite pour plus de challenge, il n’empêche que Ghost Recon Wildlands n’apparait jamais vraiment comme un titre taillé pour être joué de manière propre et précise. En coopérant oui, mais pas forcément comme on peut l’attendre de la part d’une licence qui a bâti sa réputation sur son aspect tactique. Soyons clairs : en solo, il arrive qu’il ne soit tout simplement pas possible de faire les choses silencieusement. Reste que Ghost Recon Wildlands est un peu le Mercenaries/Just Cause/GTA –like coopératif que l’on n’attendait pas mais dont on peut se réjouir qu’il existe quand dans nos cœurs l’action prime sur le reste.

3/5
On a beau avoir connu le changement par le passé, peu de licences ont créé autant de surprise et de circonspection que cette nouvelle mouture de Ghost Recon. Sur les chemins d’une Bolivie dont la beauté n’a d’égal que la platitude du scénario dont elle est la toile de fond, on ne sait pas toujours sur quel pied danser. Doit-on retenir le fun immédiat, brut et un peu bête que procure Ghost Recon Wildlands comme jeu d’action essentiellement coopératif ? Difficile de nier le plaisir ressenti lors de la découverte d’une carte bien construite et propice aux expéditions explosives. Mais ne serait-il pas plus juste de se demander ce que fait ce nom dans un titre où l’aspect tactique n’effleure jamais le niveau que l’on était en droit d’attendre de lui ? On peut bien sûr s’imposer certaines choses et avec les bonnes personnes on peut envisager de mener des opérations propres et sans bavures. Mais dans la plupart des cas, il est difficile de passer au travers d’une certaine répétitivité, la faute à des missions sans grande envergure et du sentiment que cet épisode veut avant tout plaire au plus grand nombre, quitte à laisser certaines choses incomplètes. Au final Ghost Recon Wildlands se pose comme un titre un peu fourre tout, pas désagréable mais pas mémorable, socle peut-être d’une continuité qui parviendra à allier les différents plaisirs sans laisser un certain goût d’inachevé.

+

  • Carte immense et agréable à parcourir
  • Bonne réalisation
  • Prise en mains immédiate
  • Taillé pour la coopération entre amis
  • Fun dans son approche bourrine…

-

    • … Mais très limité sur l’aspect tactique
    • Missions nombreuses mais peu variés
    • Intelligence vraiment artificielle
    • Très répétitif en solo
    • Scénario caricatural et peu passionnant
  • 02.04 à 05:34

    un bon test, sans concession. bravo.
    à titre personnel, ce jeu fonctionne très bien avec des amis que l’on connait bien (et avec qui l’on peut effectivement s’imposer de jouer de telle ou telle façon).
    Si la répétitivité est inévitable, et le scénario faiblard, le coté fun du bac à sable est tout de même très réussi.