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Terminator: Resistance

FPS | Edité par Koch Media | Développé par Reef Entertainement

3/5
One : 15 novembre 2019
28.11 à 14h41 par - Rédacteur en Chef

Test : Terminator: Resistance sur Xbox One

Retour vers le futur

Dans la grande famille des adaptations de succès cinématographiques qui peinent à convaincre manette en main, Terminator tient une place de choix. Jamais véritablement parvenu à faire honneur à la légende -et pas vraiment aidé par le plomb pris dans l’aile par celle-ci au fil des décennies-, Terminator tente néanmoins sa chance sur Xbox One avec Resistance. Pour le coup, à l’inverse du messager qui voyage depuis le futur, Terminator Resistance sonne à bien des égards comme l’exact opposé. Mais faut-il ignorer son discours pour autant ?

La première bonne nouvelle qui accompagne les premiers pas du joueur dans Terminator Resistance, c’est que le scénario totalement inédit de ce FPS prend le parti de se placer quelques 30 ans après les événements survenus dans le film Terminator 2. Au diable Le Soulèvement des Machines ainsi que le reste qui a parfois entaché la réputation de la saga, et bien le bonjour au soldat Jacob Rivers. Survivant d’une division qui a été décimée par Skynet à Pasadena, Rivers doit son salut à l’intervention d’un étrange inconnu. Il ne sait qui il est, ni ce qu’il veut vraiment. Il est cependant clair qu’à ce moment symbolique où Skynet a déployé une force incommensurable et inattendue pour détruire l’entière division de Jacobs, la présence de cet inconnu n’a rien d’un hasard. Mais pour l’heure, l’urgence est de rejoindre le Résistance et prévenir le Commandant Baron de cette catastrophe qui pourrait bien en appeler une autre. Sur le chemin, Rivers retrouve une poignée de survivants en compagnie desquels il va opérer son retour à l’action en vue de retrouver la Résistance et plus tard, une fois celle-ci rejointe, les dessous des intentions de Skynet et le destin de l’humanité vont se dérouler au fil des missions.

Avant d’entrer dans les détails sur la façon dont Terminator Resistance nous invite à découvrir son interprétation de cet univers qui n’a rien perdu de son charme, une chose devrait à peu près tous nous rassembler : l’esprit Terminator est ici respecté, le scénario n’offre pas de grands twists et des surprises particulières mais il est en revanche bien construit, prenant du début à la fin. Toutes les ficelles sont exploitées, des références directes aux Terminator 1 et 2 jusqu’à l’habille placement d’un certain type de véhicule sur les parkings. On peut évidemment imaginer que le fan absolu de la licence pourra peut-être y trouver des raccourcis et des incohérences ; mais si vous êtes comme moi un gamin des années 80, porté vers l’adolescence aux sons des motocross, à la lueur du métal liquide et sur les notes de You Could be Mine des Guns’n’Roses, il n’y a pas grand-chose à redire sur le fond, ça fait bien le boulot pour une adaptation de la saga en FPS. L’ambiance y est. La plupart des personnages secondaires sont correctement traités, s’en tenant à leurs rôles respectifs sans tomber dans la caricature. Les doublages, en anglais et sous-titrés en français, sont de bonne qualité et participent à l’immersion dans l’univers de Terminator Resistance.

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Cette aventure face aux machines, Terminator Resistance nous la propose donc sous la forme d’un FPS. Oui mais un FPS pas franchement comme les autres. Si l’on devait résumer, on dirait que l’on a demandé un peu à Call of Duty, à Metro 2033 et un peu plus à Fallout 4 de se partager les taches pour nous livrer une expérience qui alterne entre chacun des points de vue qui caractérisent ces titres. On a ainsi, pour un peu plus de la moitié du temps, des passages dans des zones relativement ouvertes avec un objectif principal à accomplir et auquel viennent se greffer invariablement des missions secondaires. A l’inverse, quelques chapitres intermédiaires se posent dans la plus pure tradition du FPS couloir, où la seule chose sur laquelle se concentrer, c’est le viseur de l’arme. Enfin, entre chacun de ces passages, on navigue librement dans un refuge pour discuter avec les autres personnages et préparer le nécessaire pour la suite. Un peu comme dans les jeux Metro. Cette alternance constante entre plusieurs façons de jouer est très particulière pour un titre qui n’est ni un vrai jeu libre comme Fallout, pas même ouvert comme Far Cry ; mais pas non plus un FPS au sens dirigiste du terme. Terminator Resistance, c’est un mélange qui navigue constamment entre les approches, costamment à la frontière entre originalité et perte de cohérence.

On ne se contente donc pas que de shooter à tous-va. Lors de nos pérégrinations dans les villes dévastées, une part importante du temps est consacrée au loot. Certains objets servent de monnaie d’échange pour acquérir des armes ou des medikits dans les refuges ; d’autres sont des pièces que l’on utilise dans la fabrication de munitions, pièges, leurres, medikits encore et autres crochets pour titiller des serrures. Parce que oui, dans Terminator Resistance on crochète, on pirate même, souvent et avec des systèmes d’actions très similaires à ceux qui accompagnent les jeux Bethesda depuis Oblivion. Il peut être aussi question de prendre le chemin d’un conduit d’aération pour accéder à une pièce qui semblait inaccessible ou faire péter une partie du mur lorsque cela est possible. Entre deux objets utiles et la découverte d’un point de sauvegarde, on tombe régulièrement sur l’un des trente-deux courriers à collectionner pour en savoir un petit peu plus sur l’univers de Terminator Resistance ; pour le coup, on aurait aimé que cette partie-là soit un peu plus consistante, avec peut-être des messages audio par exemple.

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Il règne ainsi dans Terminator Resistance, à de nombreuses reprises, le sentiment de jouer à un action-RPG en vue à la première personne. Outre la possibilité de mixer les ressources pour fabriquer des objets ou encore -à partir d’un certain point synonyme d’accès à un armement à plasma- celle permettant de réutiliser les puces Skynet récupérées sur les carcasses des ennemis octroyant divers bonus aux armes (dégâts, taille du chargeur, stabilité, etc), le jeu intègre plusieurs éléments RPG « light ». A chaque fois qu’il termine une mission, élimine un ennemi, fabrique un objet ou crochète une serrure, Jacob Rivers gagne de l’expérience. Chacun des 28 niveaux disponibles donnent un fois atteints des points de compétence à utiliser pour renforcer l’endurance, la puissance de feu, la taille de l’inventaire, la discrétion ou encore la capacité à désamorcer les pièges et le piratage. Mais ce n’est pas tout : Terminator Resistance intègre également de nombreux moments de dialogues entre chaque mission et donne la possibilité de choisir ses réponses, de creuser ou non dans le passé de vos camarades de fortune. Ils apprécieront ou non vos choix et remarques et cela aura de l’importance sur la façon dont se décidera l’issue de l’aventure. Par ailleurs, les amateurs de romances seront sûrement contents d’apprendre que Terminator Resistance permet même d’aller jusqu’à vivre des petits moments intimes avec certains personnages secondaires.

Ultime point de convergence avec « l’esprit Fallout » et pas des moindres : la construction des niveaux semi-ouverts. En totale opposition donc avec les 2-3 chapitres qui prennent le pli de l’action non-stop dans des couloirs façon Call of Duty, la majorité des phases de jeu nous laisse déambuler dans les niveaux, choisir le chemin qui nous semble approprié pour tenter une approche plus ou moins discrète. On peut aussi choisir comme évoqué précédemment d’accomplir ou non des quêtes secondaires, qu’il s’agisse de services rendus à des personnages secondaires ou de simples destructions d’installations de Skynet. Il est largement conseillé de s’y soustraire, pour améliorer les relations avec les camarades et influencer positivement l’issue de l’aventure, mais aussi et surtout pour profiter au maximum du jeu. En prenant la peine de tout faire, il ne faut pas plus de neuf ou dix heures pour voir les crédits ; en ligne droite, vous pouvez tabler sur cinq, six heures de jeu tout au plus. L’ennui dans tout cela, c’est que c’est précisément le fait d’épouser au maximum les possibilités mis en avant par Terminator Resistance qui en révèlent les nombreux défauts.

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Le problème de Terminator Resistance c’est qu’avec la pratique, on a vite fait de se rendre compte certaines des choses qu’il propose n’ont pas de véritable utilité. Looter et fabriquer est une bonne idée, mais en a-t-on vraiment besoin dans des villes qui regorgent de ressources ? On va passer une fois ou deux par la « boutique » du refuge, histoire de regarder ce qu’il s’y trouve, on va confectionner quelques petites choses pour la forme mais c’est tout. Le jeu se plait à déposer des munitions, objets de soin et éléments utiles dans tous les coins, réduisant lui-même à néant son propre système de survie. Il en va de même pour l’intérêt d’ouvrir les environnements et de donner la possibilité d’approcher de façon discrète : à l’exception des tourelles qui peuvent être piégeuses et d’un passage durant lequel le scénario nous impose la discrétion, mieux vaut opter pour l’approche frontale. Les armes à plasma sont surpuissantes et on l’a dit, les munitions trouvables en grande quantité. Même chose pour les kits de soin qui débordent rapidement de l’inventaire. En ajoutant à cela un fait tout simple qui veut que le T-800 (principal ennemi rencontré) puisse vous tuer instantanément si vous êtes trop près, pourquoi prendre des risques en tentant de l’éliminer discrètement ? Equipez votre fusil à plasma de quelques puces d’amélioration, d’une lunette, tenez-vous à distance raisonnable et envoyez la sauce. Cette approche est par ailleurs aidée par le jeu lui-même qui propose dès le départ une fonction permettant de repérer les ennemis à travers les murs d’une simple pression sur le stick droit (au prix de déplacements ralentis). De quoi préparer tranquillement un carnage vite exécuté.

Vous pouvez user et abuser de tout ce qu’il faut pour prendre à défaut les ennemis. Aucun vilain n’a par exemple la particularité d’être immunisé face au dispositif de détection ; la plupart fait même état d’un sérieux déficit d’efficacité à vous repérer. Parfois les ennemis réagissent au quart de tour, souvent ils resteront de marbre alors qu’une bastos de sniper vient d’exploser leur collègue. A l’exception des petits arachnides et vers mécaniques vivaces mais bien faibles, le gros des ennemis se déplace lentement et vous laisse tout le temps de vous planquer pour mieux les prendre à revers. Mention spéciale aux T-47 dont l’immensité n’a d’égal que l’incapacité à vous mettre à mal. Et une fois que l’on a évoqué les deux petits ennemis terrestres et volants, les T-800 et leurs quelques variantes ainsi que les arachnides/tourelles, eh bien on a à peu près fait le tour du bestiaire. C’est très très peu diversifié. On peut comprendre peut-être le souci de cohérence vis-à-vis de l’univers Terminator mais il y avait surement moyen de donner un peu plus de corps à tout cela sans forcément trahir la licence. En bref, on déroule sans trop de difficulté dans les niveaux, armé de pétoires archi-efficaces et stables à défaut de fournir des sensations notables dans quelque sens que ce soit, avec le sentiment grandissant au fil des heures de ne plus trop bien savoir à quoi on joue. Parfois avec positivisme, d’autres moments un certain scepticisme.

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L’alternance des approches, l’IA peu entreprenante, le bestiaire limité venant s’ajouter à des environnements que l’on va explorer deux fois pour la plupart sont autant de choses qui ont tendance à casser le rythme du jeu. Et ça fait cet effet dans les deux sens. Il est tout autant déconcertant de découvrir les premiers niveaux « falloutesques » que d’être lancé d’un coup d’un seul dans une course dans les couloirs où l’on bute en 5 minutes dix fois plus d’ennemis que dans l’heure qui a précédé. Cet ensemble de choses qui est à la fois la force et la faiblesse de Terminator Resistance n’est malheureusement pas aidé par une réalisation bien en dessous des standards en cette fin d’année 2019. Si des environnements post-apocalyptiques ne sont évidemment pas les meilleurs candidats à l’émergence d’un sentiment de beauté esthétique, c’est ici d’un point de vue graphique que ça pèche. C’est grossier, ça manque de détails, d’effets d’ombres et de lumière ; bref, ça ressemble à un FPS de début de génération. Il faut néanmoins reconnaître que le jeu se comporte bien, testé ici sur Xbox One X, avec une framerate stable et globalement peu de bugs visuels. C’est pas joli, mais c’est propre. Pour terminer, on retiendra de la partie sonore qu’elle alterne le mémorable quand résonne le thème principal de la saga, et le pénible avec certaines pistes sans particularité et qui ont tendance à revenir trop souvent.

3/5
Il existe deux types de jeux moyens ou médiocres selon notre niveau de sensibilité : ceux qui ont été conçus à la va-vite au mépris de la plupart des règles d’honnêteté, et ceux qui ne parviennent pas à atteindre leur objectif en dépit d’idées valables et d’une apparente bonne volonté. Peut-être est-ce pour des questions de budget, de temps, de choix hasardeux aussi. Dans le cas de Terminator Resistance, on a envie d’opter pour la seconde hypothèse. C’est un jeu bancal, qui ne sait pas toujours où il est, qui tente des choses qui parfois fonctionnent et d’autres fois non. Assez court, il tente néanmoins de fournir l’expérience Terminator la plus complète et peut-être la plus sincère qui soit. Si vous aimez profondément la licence et vous sentez capable de passer outre ses nombreux défauts, il y a des chances que Terminator Resistance vous permette de passer un bon moment. Mais il est aussi et surtout un titre qui s’adresse aux curieux, aux amateurs d’un type de jeu en voie de disparition : le AA qui ne fait rien comme les autres, qui tente des choses, qui sort des sentiers battus pour le meilleur et pour le pire. Si vous avez cette âme d’aventurier, si vous aussi vous prenez du plaisir à suivre les contours d’une œuvre difforme pour en extraire ce dont vous avez besoin, Terminator Resistance pourrait à l’occasion vous satisfaire. Dans tous les autres cas, on peut facilement convenir qu'il existe pléthore de FPS mieux finis et plus aisément conseillables.

+

  • Scénario inédit agréable à suivre…
  • … Pour une ambiance Terminator qui fonctionne
  • Du shoot, des dialogues, des choix, du loot : on a chargé la mule
  • L’originalité du mélange des genres dans son ensemble…

-

    • … Mais qui se plie en moins de dix heures
    • Graphiquement à la peine
    • Rythme très inégal
    • IA pas très efficace
    • Pas mal de fonctionnalités dans le fond peu utiles
  • 28.11 à 03:23

    Le minimum syndical. En occase, un jour peut être.

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