Jeux

Tropico 6

Gestion | Edité par Kalypso Media | Développé par Limbic Entertainement

3/5
One : 27 septembre 2019
31.10 à 19h29 par - Rédacteur en Chef

Test : Tropico 6 sur Xbox One

¿Un poquito igual al penúltimo?

Plus de cinq ans après un passage relativement discret sur une Xbox 360 en fin de mandat et une sortie tardive sur Xbox One, El Presidente est enfin de retour. Ah, Tropico ! Son ambiance qui réchauffe le cœur, ses caricatures appuyées, son invitation à gérer d'une main de fer s'il le faut une République bananière sur un air de Bossa Nova. Le genre de proposition que l'on ne peut refuser ? Ça reste à voir, tant cet épisode cumule les paradoxes.

Je pense que vous connaissez la musique des sunlights depuis le temps, mais un petit rappel ne fait jamais de mal. Vous êtes El Presidente, sorte d’ersatz de Fidel Castro aux commandes d’un petit coin de terre entouré de mer comme disait Michel Rocard, quelque part dans les Caraïbes. Il vous appartient de le faire émerger aux yeux du monde puis de le développer jusqu’à ce qu’il devienne une superpuissance. D’abord au service de sa Majesté en tant que Gouverneur, à l’époque coloniale, puis comme dirigeant d’une nation indépendante qui aura à traverser la Seconde guerre mondiale, la Guerre froide, pour finalement s’affirmer à l’heure d’Internet et de Greta Thunberg. Parce que c’est son projet, El Presidente jouit naturellement de la vie éternelle (ou du reste très longue) pour achever ses ambitions, accompagné comme toujours par le fidèle Penúltimo, lequel conserve pour notre plus grand plaisir son doublage français traditionnel, caricatural, plein d’entrain. Sur ces bases, vous avez le choix de vous lancer dans l’aventure en mode bac à sable (la carte peut alors être générée aléatoirement) ou en suivant des missions légèrement scénarisées, au nombre de 15. Dans tous les cas, vous aurez accès à un didacticiel complet et bien pensé pour les débutants dans le sens où il vous permet de mettre les mains dans le cambouis au gré d’objectifs bien précis et progressifs.

Passé l’éventuelle personnalisation de votre guide suprême, désormais possible dans Tropico 6 au même titre que celle du palais présidentiel (mais cela est tout à fait optionnel dans les deux cas), vous voilà aux affaires. Il conviendra bien sûr de permettre rapidement à vos habitants de se loger, de travailler, de passer du bon temps, d’accéder aux soins, puis à l’éducation, aux lieux de culte, etc. Tout cela en prenant un peu de temps pour garantir la sécurité, de façon plus ou moins civile, de vos chers compatriotes. En fonction de la topographie et de ce que vous disent les divers filtres à ressources naturelles, vous disposez comme dans Tropico 5 d’une batterie d’activités à mener : agriculture, production minière, élevage, pèche, etc. A vous ensuite de développer les structures qui vont vous permettre de valoriser le fruit de votre labeur -enfin, du labeur de vos concitoyens- en transformant tout cela. Du bon ruissellement comme on l’aime. En bout de chaîne, il y a bien sûr un équilibre qu’il est important de conserver, entre ce que l’on produit pour la consommation locale et la production qui se verra exportée. Il est bien évident que faire trimer la population dans des champs pour cueillir des fruits dont ils ne verront jamais la couleur peut avoir tendance à créer des tensions. N’est-ce pas ?

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La politique s’invite elle aussi dans les débats, naturellement. Quel que soit le bois dans lequel est taillé votre dirigeant, il n’est pas aisé de satisfaire les besoins de tous ceux qui tirent les ficelles. Les intérêts des uns sont rarement en phase avec ceux des autres et chacun ne se prive pas de vous le faire savoir en vous bombardant de requêtes (avant d’éventuellement vous bombarder tout court). Un peu trop souvent peut-être ? Toujours est-il que c’est à vous que revient le fin mot de l’histoire et que la position du « en même temps » a ses limites. A un moment ou à un autre, il vous faudra choisir votre camp. En bref, dans les grandes lignes, on retrouve avec Tropico 6 un univers très familier si l’on a déjà joué au 5, quitte à avoir parfois l’impression de jouer à une version « premium » du précédent jeu. Si comme moi vous appréciez la formule, ça devrait le faire tout de même mais force est d’avouer que la revolución, ce n’est pas pour tout de suite. Vous remarquerez tout de même que l’on opère désormais sur des archipels, ce qui apporte un certain lot de changements dans la façon d’aborder les choses. Place aux ponts, embarcadères et à un sentiment d’exploration plus grand, un certain plaisir dans l’établissement successif de nouvelles petites colonies. Visuellement, il faut dire que ça permet de se lancer dans quelques jolies expérimentations, le jeu permettant de modifier facilement l’apparence des logements et de certaines autres bâtisses pour créer un ensemble cohérent ou non, mais caribéen à souhait. Reste à agrémenter tout cela d’un réseau de transports viables, pour les véhicules personnels mais aussi les transports en commun à mesure que vous traversez les âges.

Politique oblige une nouvelle fois, Tropico 6 vous permet d’affirmer plus encore votre bonne âme ou plus encore, votre côté obscur. Peut-être «drivé» depuis Bonifacio par Jérôme Cahuzac, le négociant vous permet de faire fleurir et prospérer vos comptes en Suisse. A vous de voir à quel point vous voulez faire de petits sur le dos du peuple et de ses impôts parce que si ce n’est certes pas légal et que cela vous expose, avoir des poches bien pleines peut faciliter quelques opérations ultérieures. Dans le même ordre d’idée -tordue- il est possible de lancer des raids contre certaines expéditions de marchandises par exemple, histoire d’en mettre un peu de côté. Être Gouverneur pour sa Majesté et travailler pour elle en même temps qu’on l’enfle de temps en temps, avouez que ça a son petit côté grisant. Il y a donc de quoi faire dans cet épisode, du reste lorsqu’il s’agit de jouer le bon vieux dirigeant peu regardant sur certaines méthodes.

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Il n’en demeure pas moins vrai que, comme dit un peu plus haut, Tropico 6 se pose au final comme une version plus solide de la recette de base, sans jamais la transcender. On retrouve dans les grandes lignes les mêmes choses, les mêmes demandes des factions faites avec le même timbre de voix (jusqu’à quelque chose qui se rapproche du copier/coller). C’est toujours plaisant à jouer et l’ambiance chaleureuse qui y règne donne autant envie d’y rester quelques temps que de danser en buvant un coup. Mais comment à l’inverse pardonner certaines commandes qui gardent leur lourdeur d’antan ? L’exacte même lourdeur. L’ensemble fonctionne assez bien certes, notamment les menus radiaux activables simplement avec la gâchette. Le contrôle de la caméra peut passer une fois que l’on s’y habitue mais placer certaines construction ou pire, tracer une route droite ou poser un virage précis peut être un véritable exercice de patience. De même, on sent les limites de la manette quand il s’agit de naviguer aux niveaux (très) inférieurs des menus de gestion des bâtisses par exemple, ou ceux dédiés aux échanges commerciaux. Il vaut d’ailleurs mieux se tenir près de son écran.

On terminera sur une note légèrement souriante devant un jeu plutôt agréable à regarder sur Xbox One X, fluide, mais qui vaut surtout pour son ambiance. Nul doute qu’une certaine sensibilité à l’univers mis en avant est nécessaire pour apprécier avec les yeux, autant que les oreilles, les charmes de Tropico 6. Dommage cela dit que les temps de chargement, heureusement peu nombreux, nous donnent le temps de siffler le cocktail que l’on aura pris soin de préparer pour se mettre dans le bain (sans alcool, évidemment, nous sommes des gens sérieux).

3/5
C’est avec un plaisir non dissimulé que les retrouvailles ont été fêtées pour le retour d’El Presidente, plusieurs années après un épisode plaisant sur Xbox 360. Avec Tropico 6, les bonnes bases demeurent, autant sur le fond que sur la forme, et se voient renforcées par quelques ajouts intéressant, configuration sous forme d’archipels en tête. L’ennui, c’est que les défauts du passé sont eux aussi d’actualité. On se trouve alors devant un jeu qui ne parvient pas à créer l’enthousiasme que l’on attendait de lui, mais qui se pose tout de même comme un titre de qualité pour le genre. Si vous ne connaissez pas ou peu Tropico, l’aventure Tropico 6 vaut le coup ; à l’inverse, attendre une opportunité de le voir proposé à un prix plus doux est une option à peut-être considérer.

+

  • L’ambiance Tropico fonctionne toujours très bien
  • Œuvrer sur des archipels, un ajout intéressant
  • Agréable à regarder, plaisant à jouer

-

    • Globalement peu révolutionnaire
    • Toujours les mêmes soucis que dans le 5