Jeux

ELEX II

RPG | Edité par THQ Nordic | Développé par Piranha Bytes

7/10
One : 01 mars 2022 Series X/S : 01 mars 2022
07.03 à 18h45 par - Rédacteur

Test : ELEX II sur Xbox One

Mi-ours, mi-scorpion et re mi-ours derrière

Un RPG Piranha Bytes est un jeu face auquel on sait plus ou moins à l’avance à quoi on va être confronté. Les Gothic et autres Risen nous ont à cet égard offert d’intenses plaisirs aventuriers, autant que de moments où l’on a juré que plus jamais on ne nous y prendrait. Le développeur allemand parvint toutefois à nous surprendre en 2017 avec Elex sur Xbox One, un jeu qui bien que semblable sur de nombreux points à ses ancêtres, eut la force de nous immerger dans un univers combinant merveilleusement bien diversité et cohérence de l’ensemble. On se demande dès lors si Elex II, privé de l’effet de surprise, peut constituer comme son aîné une alternative intéressante aux autres RPG.

Un peu plus de quatre ans après la sortie de l’épisode fondateur, Elex II reprend l’histoire là où elle avait été laissée. Les quelques lignes qui vont suivre l’avertissement un peu plus loin comportent quelques tous petits spoilers sur l’histoire du premier Elex. Evitez-les donc si vous avez pour projet de découvrir la planète Magalan sous sa forme originelle. Sachez toutefois qu’en dépit de sa filiation directe avec le premier épisode, Elex II peut tout à fait être joué et apprécié sans connaitre une ligne des événements qui ont précédé. On passe alors bien évidemment à côté de plusieurs références mais les développeurs ont bien anticipé l’essentiel et proposent régulièrement des petites cut-scenes revenant sur les événements dont il est question dans les discussions.

[Spoiler] Vous vous souvenez donc de Jax, commandant de la faction des Albes que la chance a sauvé d’une condamnation à mort. Vous vous souvenez aussi de la façon dont il a, durant la première aventure arpenté la planète, rendu service à des factions et trahis d’autres, pour finalement se dresser comme l’ultime rempart face à son peuple d’origine. Sa victoire sur l’Hybride a sauvé Magalan et tout semblait parfait pour qu’il ait avec la Berserker Caja une vie de douceur et de simplicité [/Spoiler].

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Nous retrouvons Jax plusieurs années après ces événements. Les jours heureux sont malheureusement déjà oubliés. Les factions connues de la planète Magalan ont eu rapidement fait de retrouver leur envie d’en découdre les uns avec les autres, tandis que d’autres groupes se sont créés. Au-dessus de leurs têtes plane le danger de l’invasion extraterrestre mais en dépit des multiples mises en garde de Jax, personne n’y prête attention. Alors ce qui devait arriver, arriva : les « Skyands » ont investi la planète et entrepris, pour d’obscures raisons, d’y faire le ménage. Le danger ne gronde plus, il est là, et c’est à Jax que revient la lourde tâche d’agir pour unifier les peuples et défendre Magalan. Héros déchu, parfois oublié et d’autres fois honni, Jax est remis en selle par le moins probable des alliés. Ensemble, puis avec l’aide progressive des factions pour lesquelles Jax se plie en quatre, ils avancent vers l’anéantissement de l’invasion Skyands.

L’histoire d’Elex II n’est assurément pas la plus originale du monde, mais elle assure le boulot en s’appuyant sur la grande qualité de la franchise : son univers. Souvenez-vous. La quasi-destruction de l’humanité, consécutive à la chute d’une météorite, avait rebattu les cartes. Des monstres étaient apparus et une étrange source d’énergie, l’Elex, avait divisé les humains sur la façon de l’utiliser pour rebâtir ce qui était perdu. On retrouve donc dans Elex II ce monde curieux où se mêlent populations au mode de vie archaïque ou au contraire voué à la recherche technologique ; un univers où l’on combat avec une épée, un arc, un fusil à plasma ou un puissant pouvoir magique. On passe en quelques minutes du village d’Astérix à la petite ville de Fallout, du fort médiéval à l’usine automobile désaffectée. La force d’Elex II, comme son prédécesseur, est de parvenir à rendre tout cela équilibré et cohérent. Il est par ailleurs intéressant pour les joueurs qui ont connu le premier épisode de retrouver en grande partie la même carte, mais avec des différences notables. La végétation peut avoir changé, les occupants des lieux aussi. C’est une relecture intéressante de la planète Magalan qui, bien que donnant un certain sentiment de recyclage, n’en demeure pas moins intelligemment exécutée. Du recyclage bien fait, en somme.

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Des retrouvailles, on en a droit à tous les étages. Des personnages importants sont de retour pour participer avec nous à de nouvelles collaborations et pourquoi pas une romance, portant avec eux la marque de la faction dont ils sont issus. On travaille de nouveaux avec les Berserkers, peuplade vouée aux armes anciennes et à l’utilisation du mana pour de puissants pouvoirs. Au rayon des factions connues, les Clercs et leur technologie résistent mais ont bien changé, tandis que les Hors-la-loi répondent toujours aussi bien à leur nom. Adeptes des armes à feu et de l’Elex comme produit dopant, ils demeurent la faction préférée des joueurs qui n’ont cure d’arrondir les angles. A moins qu’ils ne se tournent vers les Morkons, nouvelle faction peu portée sur la rigolade ? Elle peuple une immense grotte sous les ruines d’une ville et se pose comme un subtil mélange des forces et faiblesses des autres factions. Autrement, Elex II vous permet de retourner là où tout à commencer : vers les Albes et leur technologie de pointe. Attention toutefois à l’abus d’Elex, cela peut nuire au bon sens et à la sociabilité.

Chacune des factions propose un contexte, des personnages clés, une myriade de missions et surtout des équipements et compétences propres si vous décidez de les rejoindre. Comme dans le précédent Elex, rejoindre une faction empêche par la suite de se tourner vers une autre et définit d’une manière générale l’état des alliances, en même temps que vos rapports avec vos compagnons rencontrés et recrutés au fil des heures. Il n’est clairement pas possible de plaire à tout le monde. Elex II permet toutefois dans deux cas précis de s’engager dans une faction afin de pouvoir en rejoindre une autre par la suite, voire de rester libre. C’est un choix honorable mais attention car il vous prive de la possibilité d’accéder à l’équipement et aux compétences des factions, ce qui peut compliquer l’aventure passé un certain point. Dans tous les cas, inutile de vous mettre la pression car l’essentiel de l’aventure se joue en navigant d’un bord à l’autre et ce sont des centaines de missions qui sont jouables avant de devoir faire un choix définitif. Comptez une bonne grosse trentaine d’heures avant d’entamer la phase finale en profitant d’une bonne partie des missions proposées. C’est plus que correct.

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Elex II est un RPG en monde ouvert, ce qui signifie qu’une bonne partie du temps est employée à battre la campagne. Si l’on note la présence de quelques quêtes qui n’échappent pas aux allers et retours pénibles, l’exploration demeure très plaisante. D’abord parce que l’on trouve régulièrement des points de téléportation auxquels on accède ensuite sans aucun temps de chargement (sur Xbox Series du moins, nous n’avons pas testé cela sur Xbox One). C’est un confort appréciable qui s’ajoute à l’autre élément fort de la saga Elex, son jetpack. S’il permet uniquement au début du jeu de prendre un peu de hauteur pendant une poignée de secondes, son amélioration ajoute progressivement vitesse et autonomie pour des déplacements toujours plus plaisants. Cela fait de l’exploration dans Elex II un plaisir évident, on ne rechigne pas devant l’idée d’aller voir à l’autre bout de la carte ce que le jeu a bien pu nous réserver.

Il n’en demeure pas moins vrai que rien dans Elex II ne relève de la promenade. Fidèle à sa réputation, Piranha Bytes nous livre une aventure à la difficulté très relevée au départ, en dépit de la présence de plusieurs niveaux sélectionnables à tout moment dans les options. Le problème vient essentiellement, comme dans le premier Elex, de l’absence totale d’équilibrage et de répartition maitrisée des ennemis sur la carte. Très nombreux (la diversité du bestiaire est absolument énorme), ils affichent un niveau de puissance tout à fait aléatoire. On peut facilement dézinguer un ennemi ici et se retrouver dans la seconde aux prises avec une bête indestructible. Cette sournoiserie rend les premiers pas difficiles, car le jeu vous met très rapidement en demeure de vous rendre aux quatre coins de la carte, faisant fi des immenses dangers qui rodent. Attendez-vous à devoir fuir assez souvent les premiers temps.

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Heureusement pour elle cette suite est autrement moins radine côté distribution des points d’expérience. L’évolution est maitrisée. Bien qu’elle demande inévitablement de faire des choix entre force, intelligence, dextérité, constitution ou ruse pour s’orienter pleinement vers un certain type d’armement et/ou de capacité, la course à l’expérience laisse ce qu’il faut de marge de diversification pour ne pas frustrer. Elex II est un de ces RPG où un certain niveau dans une certaine catégorie permet plus ou moins de choix de dialogues, mais parvient à nous laisser disposer d’un certain degré de manœuvre. Reste qu’il est encore nécessaire de passer par des tuteurs pour acquérir les nombreuses spécialités que propose le jeu. Combat, magie, forge, chimie, cuisine, piratage, vol à la tire, artisanat divers, l’essentiel est là. Prévoyez de l’argent, un certain niveau et des points d’apprentissage pour cela ; pensez aussi au fait qu’avant de pouvoir être élève, encore faut-il trouver l’enseignant ! Elex II invite à aller, venir, parler, pour découvrir marchands, tuteurs et donneurs de quêtes. On vous indiquera rarement à l’avance où trouver tout cela.

L’aventure s’exprime ici au sens propre, et c’est plutôt plaisant. On revient facilement dans le jeu, toujours avide de rencontres et de découvertes. Les quêtes sont dans l’ensemble très bien écrites, les choix de dialogues nombreux et souvent agrémentés d’un langage fleuri. A vous de voir si vous souhaitez être un Jax serviable et tolérant ou bien une machine qui ne recule devant rien. Les deux premiers tiers du jeu équilibrent plutôt bien combat, exploration et dialogues, tandis que le dernier tourne plus massivement vers la baston. Pas comme un Risen dont c’était un gros défaut, mais de manière significative. De quoi dès lors poncer un système de combat certes classique mais qui jouit de la grande diversité qu’offre le monde d’Elex II. En liant toutes ces époques et ces univers, le jeu de Piranha Bytes nous offre un arsenal titanesque. Epées, fusils, haches et autres explosifs disposent de dizaines de variantes chacun. Reste ensuite à dépatouiller l’inventaire et plus largement le menu, on ne peut plus à l’ancienne. Rien de rédhibitoire, mais en 2022 on aimerait quelque chose d’un peu plus pratique.

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Combattre n’est pas déplaisant mais révèle toutefois la nature quelque peu dépassée d’Elex II sur le plan technique. La rigidité des animations en fait un indéniable descendant de Gothic/Risen, avec ce que cela comporte de bonnes et de mauvaises choses. On profite toutefois d’un ciblage automatique des ennemis qui fonctionne bien et d’une caméra en vue TPS tout à fait fonctionnelle. Mais cela reste assez peu dynamique visuellement parlant. Graphiquement, c’est la définition pure et simple de l’expression « en dents de scie ». Des visages horribles ou des éléments de décors baveux d’un côté, de superbes effets de lumière dans une nature luxuriante de l’autre. Selon la zone de la carte et l’heure à laquelle on passe, Elex II peut être dépassé comme tout simplement superbe. Dans l’ensemble on dira que c’est correct et ce sont essentiellement les animations archi-rigides qui représentent l’élément le plus frappant.

Pas grand-chose à dire côté framerate en revanche, ça tourne très bien. Par ailleurs, nous n’avons pas eu à déplorer de bug handicapant ou particulièrement visible, tandis que l’on a grandement apprécié la bande-son du jeu. Entre les thèmes repris du premier Elex et les nouvelles entrées, cette suite fait du bon travail. Il en va de même pour les doublages (en anglais, sous-titrés en français) de bonne qualité.

7/10
A l’image de son ainé, Elex II est un jeu qui marque sa différence avec un univers original et travaillé, des quêtes à foison plutôt bien conçues et globalement une grande générosité. On retrouve tout simplement la touche singulière portée par les jeux Piranha Bytes. Mais on sait tout de même que cela n’est pas forcément synonyme de perfection. Elex II souffre ainsi d’une difficulté mal dosée, d’animations ô combien rigides et d’une prestation graphique en dents de scie bien limées. Bref Elex II est un RPG qui ne réussit pas tout, loin de là, mais qui a aussi des qualités que l’on ne retrouve nulle part ailleurs sur cette nouvelle génération de consoles. Si vous cherchez un RPG valable, certes âpre mais plaisant une fois apprivoisé, on vous conseille de jeter un œil sur Elex II.

+

  • Univers singulier, original et cohérent
  • Quêtes bien écrites et nombreuses
  • Généreux à tous les niveaux: ennemis, armes et plus
  • Riche en possibilités de spécialisations
  • Jetpack et exploration, le combo gagnant
  • Bande-son et doublages de qualité
  • Temps de chargement quasiment inexistants
  • La petite touche Piranha Bytes qu’on aime…

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    • … Et qui parfois fait rager
    • Graphiquement, c’est tout ou rien
    • Animations rigides
    • Difficulté très mal dosée
    • Côté menu, on a connu plus pratique