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Naruto : Rise of a Ninja

Action/Aventure | Edité par Ubisoft

3/5
360 : 02 novembre 2007
01.11 à 22h06 par |Source : http://xbox-mag.net/

Test : Naruto : Rise of a Ninja sur Xbox 360

Naruto a déjà conquis à peu près toutes les consoles du marché. Il n’y avait que sur Xbox 360 que le créneau était encore libre, un créneau sur lequel Ubisoft s’est jeté. Mais sans avoir une adaptation au rabais en tête. Le projet a été confié au meilleur studio du groupe français, à Montréal, un choix indiquant tout de suite une certaine exigence au niveau de la qualité future du jeu. On se trouvait alors devant une situation intéressante : l’approche occidentale de la série promettait une certaine vision, un concept relativement neuf. Mais dans le même temps, comment rester totalement fidèle à la série ? Le défi était de taille, à fortiori pour une équipe de gaijins.

Bonne adaptation recherche scénario

Réaliser un soft d’aventure dans l’univers de Naruto, sur le papier, ce n’est pas la chose la plusillogique qui soit. Le monde du ninja gaffeur préféré des jeunes (et des moins jeunes, faut pas croire) s’y prête bien, en principe. Cependant ce sont les fameux combats, occupant comme dans tout bon shônen une place particulière, qui ont reçu le meilleur traitement jusqu’à présent, avec une myriade de titres plus ou moins réussis. Naruto : Uzumaki Chronicles, sur PS2, avait bien tenté le coup du côté du beat’em all, mais sans grand éclat.

C’est pourquoi le postulat de départ de Rise of a Ninja est des plus intéressants : revisiter les premiers pas de Naruto dans sa carrière d’apprenti Hokage à travers la reconstitution fidèle du début de la série. Ubi Montréal a misé sur le « tout pareil », en s’autorisant quelques écarts le temps de courtes missions annexes, mais en respectant les grandes étapes de la série de Masashi Kishimoto. Cela donne immanquablement un statut particulier au jeu, qui, du coup, n’étonnera personne par son intrigue. Et visiblement, les développeurs l’ont compris. Ainsi, les quelques acheteurs n’étant pas encore familiers avec le monde de Naruto ne risquent pas d’être scotchés à leur écran, tant la narration de Rise of a Ninja s’avère peu engageante. Basée sur des sections de la série animée (même pas en 16:9) et des dialogues presque sans mise en scène, et dénués de toute animation faciale, elle ne fait pas honneur au manga et élude de nombreux éléments clés. Pour découvrir Naruto, mieux vaut donc lire le manga ou regarder l’anime. Dans Rise of a Ninja, le scénario est secondaire, et ce pour une bonne raison : le jeu est avant tout destiné à ceux qui connaissent déjà l’histoire, à savoir les fans. Il permet non pas de retrouver la richesse d’un scénario, mais de se plonger dans l’épaisseur d’un background reproduit à la perfection.


On touche ici la grande force du titre. S’il n’a pas la profondeur scénaristique du manga, en revanche, Rise of a Ninja est une formidable adaptation pour tout le reste. A commencer par le village de Konoha, reproduit avec une minutie chirurgicale et dans lequel on retrouve tous les endroits essentiels de la série, placés les uns par rapports aux autres avec une logique étonnante. Mais l’œil avisé remarquera également tous les à-côtés, c’est-à-dire la gestuelle de personnages, l’ambiance graphique des menus, l’éventail des techniques jutsu, les incroyablement intelligents « flashbacks-continues » en cas de défaite dans les combats, etc. Pour parvenir à une immersion visuelle impeccable, le choix du cel-shading s’imposait, et en effet, le résultat est à la hauteur de espérances. Magnifique, Rise of a Ninja explose de couleurs, depuis les teintes rouge et jaune de Konoha jusqu’au vert frémissant des herbes et du feuillage de la forêt, en passant par le bleu cristallin des points d’eau.

Au diapason, la bande-son est elle aussi remarquable. Rassemblant une bonne partie des compositions originales de l’anime, elle assure un fond sonore totalement adapté à l’action, quelles que soient les circonstances. La question des voix a, elle, beaucoup été discutée. On retrouve une VF correcte, mais aussi et surtout les principales voix originales japonaises à télécharger très prochainement sur le marketplace. Une nouvelle preuve que la cible principale, ce sont les connaisseurs, ceux qui attendent impatiemment les fan-sub jusque tard dans la nuit.

Naruto, travaille tes techniques nom de Dieu !

Naruto : Rise of a Ninja excelle donc dans son travail d’adaptation. Mais dans un jeu vidéo, ça ne suffit pas, il faut donner des raisons aux joueurs de profiter le plus possible de l’ambiance récréée. S’il y a si peu d’excellents softs qui sortent dans le commerce, c’est bien parce qu’il est extrêmement complexe de trouver l’équilibre entre tous les éléments que doit compiler un jeu et qu’il n’existe aucune règle absolue pour y parvenir. On en vient donc fatalement au cas d’aujourd’hui. Rise of a Ninja s’inscrit pleinement dans le genre Aventure, voire RPG, avec quêtes diverses et capacités à améliorer. Mais contrairement à la majorité des productions actuelles, le titre d’Ubi Montréal a fait le pari d’une dualité totale entre phases d’exploration et combats. D’un côté, Naruto évolue dans un univers totalement ouvert, dialogue avec les PNJ et doit faire face à quelques défis type plateforme. De l’autre, il combat dans ce qui constitue un vrai petit jeu de baston, avec combos, jauges de vie et arènes, à l’ancienne. Le problème, c’est que sur ces deux plans, et dans la combinaison des deux, le soft ne va pas au bout de ses ambitions. En exploration, il est certes plaisant de découvrir les zones les mieux conçues, mais les phases de plateforme sont trop imprécises et trop semblables les unes aux autres. Les quêtes annexes sont elles aussi répétitives, malgré des idées intéressantes (distribuer des ramens, décoincer les frustrés de Konoha avec le Sexy Jutsu, etc.). En combat, au-delà d’un système qui ne permet logiquement pas autre chose que des duels, on se retrouve face à une jouabilité simple, efficace et tout de suite amusante, mais aussi moins riche que ce que proposent les jeux spécialisés (Dead or Alive, Virtua Fighter). Heureusement d’un certain côté, et le fait d’être arrivé à ce résultat, loin d’être honteux, est déjà une réussite pour Ubi Montréal, d’autant que le mode online est plutôt réussi, avec un bon concept pour les matchs de classement. Cependant, enchaîner les combats en solo et en multijoueur n’est pas toujours une partie de plaisir sur la durée, les limites du système devenant de plus en plus visibles.

Peut-être en raison de l’orientation jeune public qu’on (du moins son éditeur) lui donne, Naruto :Rise of a Ninja propose également une action assez assistée, qui peut devenir énervante lorsque de multiples indicateurs apparaissent à l’écran et bloquent totalement l’action pendant plusieurs secondes. Durant les quelques heures que dure la quête principale, on est rarement arrêté par la difficulté des épreuves que l’on rencontre. Il est obligatoire de se servir des points d’expérience acquis en diverses occasions pour faire évoluer les techniques de Naruto, mais cela se fait naturellement, et on n’a pas vraiment besoin de procéder à d’intenses phases de leveling, comme dans certains RPG.

Au fond, ce qu’on regrette, ce n’est pas le manque d’idées ou le peu d’activités du jeu, mais le fait qu’en dépit de leur variété, ces dernières ne soient pas transcendantes à jouer et se répètent régulièrement malgré l’apport continuel de nouvelles techniques.

L’une des plus grandes réussites de Naruto : Rise of a Ninja, c’est sans doute, déjà, d’être plus qu’un énième jeu de commande, adaptation moyenne d’un univers déjà maintes fois visité par de nombreux studios. Ubisoft Montréal apporte un regard nouveau et frais sur la série de Masashi Kishimoto, et la performance est d’autant plus impressionnante que le studio canadien est… canadien, et pas japonais. Ubi a misé sur quelques personnes-clés (dont Masao Kobayashi, superviseur à la double-nationalité, américaine et nipponne) qui ont fait, reconnaissons-le, du très bon boulot. Malheureusement, au-delà de cette maîtrise, on peut s’estimer déçus que Rise of a Ninja propose un gameplay, comme on l’a vu, limité et rapidement redondant malgré sa diversité apparente. Et si l’univers du petit ninja orange est reproduit à la perfection, son histoire, elle, est plutôt mal racontée. On est en face d'une bonne production donc, et ce n’était pas gagné d’avance, mais on aurait apprécié qu’un peu de la folie de Naruto se transpose dans le gameplay de Rise of a Ninja. Que le gros fan du petit ninja blond, tout de même, se rassure : le jeu est pensé pour lui, et c’est la seule chose qu’il ait fondamentalement besoin de savoir. Pour lui, ce Naruto risque fort de faire mouche.

+

  • Très fidèle à l’univers de Naruto (graphismes, conception, musiques, voix)
  • Idéal pour les fans (et Dieu sait qu'il sont nombreux)
  • Mode online pas si accessoire que ça
  • Esthétiquement superbe
  • De nombreuses quêtes
  • Deux jeux en un : aventure et combat

-

    • On est un peu trop assisté
    • Système narratif en retrait
    • Manque d’une pointe de challenge
    • Gameplays limités et redondants, qui ne vont pas au bout de leurs idées