Jeux

Romeo is a Dead Man

Aventure | Développé par Grasshopper Manufacture

8/10
One : 11 February 2026 Series X/S : 11 February 2026
10.02.2026 à 15h01 par - Rédacteur

Test : Romeo is a Dead Man sur Xbox

Au fait, pour ta gouvernante, quand il y a une prise d’otages, c'est pas la police qu'on appelle, c'est le FBI !

Un vent d’étrangeté souffle à nouveau sur nos consoles. Après plusieurs années d’absence consécutives à la sortie d’un No More Heroes III imparfait, le fantasque Suda51 reprend du service pour nous livrer Romeo is a Dead Man sur Xbox Series X|S. Les amateurs d’action et d’univers déjantés que nous sommes frissonnent déjà d’excitation et de crainte. Nous n’avons pas oublié les grands moments que nous ont fait vivre Killer7, No More Heroes premier du nom, Lollipop Chainsaw et autres Shadows of the Damned. Mais bien des choses ont changé depuis et l’on se demande si Romeo is a Dead Man est capable d’ajouter son nom à la liste des jeux mémorables signés Suda51 ?

Action à plein régime, absurdité assumée, humour décalé, univers en millefeuille : voilà ce qui caractérise une bonne partie des titres tantôt remarquables et souvent remarqués, créés par Suda51 et son studio Grasshopper Manufacture. Comme chez certains de ses confrères qui insufflent à leurs productions des traits caractéristiques qui en constituent la signature, Suda51 créé des jeux dont on se souvient. Qu’on les aime ou non. On ne comprend pas toujours tout, et on n’est jamais vraiment certain de pouvoir pointer du doigt ce qui relève de l’hommage de ce qui tient de la moquerie. Les meilleurs titres du studio révèlent une passion débordante pour le cinéma d’action, pour la musique sous toutes ses expressions ; surtout, Suda51 semble obsédé par ses héros. Courageux, puissants, autant que rendus immensément naïfs par leur soif de justice envers et contre tout, les figures des univers de Suda51 ont ce quelque chose d’attachant, de tendre, qui tranche avec la brutalité du monde qui les entoure, les aspire.

Romeo is a Dead Man ne fait aucunement exception à cette recette. Son héros, Romeo Stargazer, est un jeune homme qui a fait le choix de servir et de protéger dans sa petite ville, quelque part aux États-Unis. Lors d’une patrouille de nuit sur une route de campagne, Romeo et son équipier découvrent un corps inerte au beau milieu de la route. S’ensuit un événement inattendu qui cause la « presque mort » de Romeo : à une dizaine de secondes près, le bougre était cuit, mais heureusement apparait depuis un portail vers une autre dimension son propre grand-père. Sans prendre trop le temps d’expliquer ce qui se passe, « Papi » sauve Romeo grâce à un masque spécialement conçu pour maintenir en vie celui que l’on surnomme désormais « Dead Man ».

Partiellement requinqué, Romeo suit alors son grand-père pour rejoindre les forces intergalactiques… du FBI. Oui, ce bon vieux FBI qui est toujours là, même où on ne l’attend pas. Pourquoi cela, me demanderez-vous ? Eh bien parce que d’une, la Terre est désormais fragmentée et ses morceaux se baladent aux quatre coins de l’univers. De deux, cela a créé des distorsions dans le temps et a fait apparaitre à certains endroits de dangereux criminels, venus de diverses époques, que le FBI compte bel et bien coffrer. Et de trois, parce qu’au cœur de tout ce désordre, on trouve systématiquement un lien avec Juliet, jeune femme devenue récemment la petite amie de Romeo et qui a disparu presque aussi sec. Romeo la cherche, le FBI aussi, bingo.

Romeo is a Dead Man 1

Nous pourrions probablement dérouler les points quatre, cinq et suivants pour tenter de donner une vue d’ensemble à peu près compréhensible du scénario de Romeo is a Dead Man, sans garantie d’y parvenir. Alors il est préférable d’arrêter ici. Les choses prennent peu à peu un certain sens à mesure que l’on progresse en jouant, mais il faut avouer que les deux premières heures de jeu donnent l’impression que le ciel est en train de nous tomber sur la tête. Au travers de petites cinématiques et plus régulièrement de saynètes présentées comme des pages d’un comic (les textes sont en français et les voix uniquement en anglais), Romeo is a Dead Man pilonne notre cerveau d’un nombre incalculable d’informations sur son univers et ses nombreux personnages secondaires.

Toute l’équipe du FBI par exemple est un joyeux foutoir composé d’un responsable tout droit sorti des X-MEN, d’une infirmière au contraire inspirée de la culture manga. Puis on croise une scientifique à tête de chat, un intrigant « The Black Man » ou encore « SilverSox » un archétype de l’agent du FBI des films hollywoodiens. Et on n’a même pas parlé de « Papi » qui se trouve être brodé à l’arrière de la veste de Romeo. Jetez maintenant tout ce beau monde et le scénario tentaculaire dans une soupe à l’ambiance rétrofuturiste des années 60-70 et vous obtenez Romeo is a Dead Man. Un jeu à l’univers merveilleusement absurde et qui, honnêtement, finit par très bien fonctionner.

Suda51 l’a dit plusieurs fois lors de diverses interviews : à l’inverse de la plupart des créateurs de jeux vidéo, il ne voit pas dans la multiplication d’éléments et d’influences, aussi bien artistiques que structurels, un risque pour l’équilibre général de l’expérience proposée par son jeu. L’univers de Romeo is a Dead Man, en dépit d’une nature forcément clivante, en est de notre point de vue une preuve valide. Pour ce qui est du gameplay, les équipes de Grasshopper Manufacture n’y sont pas non plus allées de main morte et proposent ici quelque chose qui surfe habilement avec les limites de l’acceptable en termes de variété. Il y a à boire et à manger, et nous allons essayer de vous en dresser un portrait (on l’espère) compréhensible.

Ainsi l’essentiel de Romeo is a Dead Man repose sur de l’action à la troisième personne, façon No More Heroes pour ne citer que lui. On décèle d’ailleurs une certaine influence dans l’approche du combat à l’arme blanche et quelques clins d’œil, comme lorsqu’il faut maintenir appuyé un bouton pour faire apparaitre une arme dans les mains du héros avant un combat de boss. Il faut cependant imaginer le même genre de baston en multipliant le niveau de violence :  Romeo is a Dead Man est assurément le titre le plus brutal créé par les studios Grasshopper.

Romeo is a Dead Man 2

Pour se défaire des nombreux monstres et zombies qui pullulent sur le chemin qui mène inévitablement face à un boss en fin de niveau, Romeo s’appuie sur l’addition d’une arme blanche et d’une arme à distance. On peut en débloquer quatre de chaque catégorie : sabre, épée lourde, gants et double hache pour le contact ; pistolet, fusil à pompe, mitrailleuse et lance-roquette pour dérouiller de loin. Chacune de ses armes a son design rétrofuturiste, plutôt bien intégré à l’esthétique générale. Si l’on ne dispose que de deux armes au départ, les suivantes se débloquent assez rapidement contre des points obtenus en dérouillant des ennemis. Vous l’avez certainement compris, chaque arme est plus ou moins puissante ou rapide en fonction de son gabarit ou de son calibre. Il n’y en a pas vraiment une meilleure que l’autre, chacune à son avantage en fonction des ennemis rencontrés. On note également que toutes s’améliorent sur les quatre mêmes axes : puissance, capacité d’étourdissement, gain de sang et force de « l’été sanglant ». Il s’agit d’une attaque de zone particulièrement puissante qui se recharge avec le sang accumulé en taillant en pièces des ennemis.

Romeo is a Dead Man propose ainsi une base de combat assez traditionnelle. On enchaine les coups rapides et les coups puissants à l’arme de corps-à-corps, on esquive régulièrement (il n’est pas possible de bloquer), comme on le ferait dans la plupart des jeux du genre. Les armes à distance ont quant à elles un intérêt limité en tant que telles, et permettent surtout de frapper avec précision les points faibles des ennemis pour appliquer alors un gros bonus de dégâts. Il est donc nécessaire de bien gérer les deux pour vite faire le ménage, en gardant toutefois en tête que le passage de l’une à l’autre demande une toute petite marge de manœuvre, à surveiller face à des ennemis qui se veulent tous plutôt agressifs.

Le bestiaire mêle zombies de base, d’autres infectés par des maladies qu’ils peuvent nous refiler, puis des monstres massifs, des bêtes à grosse tête ou encore d’autres qui privilégient l’attaque à distance. On aurait aimé un petit peu plus de diversité pour tout dire, car le jeu se limite à une douzaine d’ennemis différents environ, en dehors des boss. Cependant, il y a tout de même fort à faire car aucun, même pas le plus petit, ne laisse de répit à Romeo. Dans la configuration du jeu « chocolat au lait », soit le mode normal (les niveaux de difficulté se choisissent dans une boîte de chocolat, oui), Romeo frappe fort mais peut aussi très rapidement se retrouver en difficulté. En cas de mort, on retourne au point de sauvegarde le plus proche, avec toutefois un bonus d’attaque, de défense ou de gain de sang que la roue de la fortune aura alors déterminé. Romeo is a Dead Man demande donc de bons réflexes et une bonne connaissance des points faibles des ennemis pour s’en défaire au plus vite.

Romeo is a Dead Man 3

Bien que la base du combat soit relativement classique, Romeo is a Dead Man intègre plusieurs éléments qui apportent une dose de diversité intéressante aux combats, notamment ce que le jeu nomme « les bâtards ». Lorsque Romeo détruit un ennemi, il peut parfois récupérer une graine. Dans une zone dédiée du vaisseau qui fait office de hub central (on en reparle plus en détail un peu plus bas), il est possible de cultiver ces graines et faire pousser… un zombie. Un bâtard, comme on le nomme dans le coin. Il existe des dizaines de bâtards pour autant de compétences uniques : attaques de zone, création d’une sphère de régénération, ralentissement des ennemis, attaques foudroyantes ou de gel, annulation des malus liés aux virus, et bien d’autres encore. Romeo peut équiper jusqu’à quatre bâtards et utiliser ces compétences au combat. Un certain temps de recharge est à respecter avant chaque nouvelle utilisation, mais c’est quelque chose qui peut s’améliorer.

Ainsi, toujours depuis le vaisseau, Romeo peut demander à sa petite sœur qui gère les cultures de fusionner des bâtards pour en créer de plus puissants. On a vraiment beaucoup aimé cette fonctionnalité durant les combats, car cela apporte non seulement de la diversité mais aussi une petite touche de stratégie quant à son utilisation. Et puis il y a ce côté improbable, absurde, de la façon dont on gère cela entre deux missions. Tout à fait dans l’esprit général du titre, et c’est sûrement pour cela que ça fonctionne si bien.

Romeo is a Dead Man nous jette à la figure sa bizarrerie, morceau par morceau, du début à la fin de l’aventure. Reparlons du vaisseau spatial, l’endroit où l’on retrouve entre chaque mission les membres du FBI, où l’on peut « cultiver » les bâtards, mais aussi améliorer Romeo, acheter des objets utiles à emporter en mission et même en cuisiner certains dans un mini-jeu de dosage de la friture. Eh bien, les passages dans le vaisseau prennent la forme d’un jeu vidéo en 2D des années 90, vu du dessus. Puis dans une des pièces se trouvent quatre machines distinctes. Deux servent à débloquer des armes et à les améliorer à l’aide d’une matière que l’on retrouve un peu partout durant les missions mais que l’on peut aussi créer avec la troisième machine, un recycleur de débris spatiaux. Figurez-vous que l’on déplace le vaisseau vers chaque point de départ d’une nouvelle mission et que l’on peut profiter du déplacement (certes simpliste) pour scanner les environs et récupérer les fameux débris à recycler. Enfin, la quatrième machine sert à améliorer Romeo à l’aide des points de « fluomasse » obtenus au combat. Cette fois on contrôle une petite fusée dans un labyrinthe façon jeu 8 bits, pour tenter d’obtenir tous les bonus d’attaque, de point de vie, de vitesse de rechargement, de transport de pilules de régénération par exemple. La fusée avance d’autant de points dont on dispose à l’instant T et on peut revenir régulièrement poursuivre notre avancée et améliorer ainsi Romeo. C’est diablement efficace.

Romeo is a Dead Man 4

Il est terriblement difficile de ne pas se perdre en tentant de dresser un panorama complet de Romeo is a Dead Man. Ce que l’on peut en dire pour faire court, c’est que derrière ce grand foutoir se tient un jeu qui fonctionne très bien et qui est très prenant. Tout n’est pas rose, bien sûr. Romeo is a Dead Man n’est clairement pas le jeu le plus beau que l’on a croisé sur Xbox Series X|S, que ce soit en mode fidélité ou performances. La deuxième option est d’ailleurs recommandable pour assurer une bonne fluidité, là où le mode fidélité échoue parfois, sans pour autant offrir des graphismes significativement supérieurs. Mais le principal grief que nous avons à l’encontre de Romeo is a Dead Man tient moins à la qualité graphique qu’au manque d’inspiration et de variété des environnements.

Les phases principales nous font naviguer entre un centre commercial, une mairie ou encore des catacombes et si l’on peut louer la diversité du jeu à bien des niveaux, on ne retrouve pas cela dans les décors des missions principales. Le constat est (sans surprise) encore plus alarmant pour les passages optionnels dans le « Palace Athènes », où l’on enchaine les combats dans des pièces et couloirs strictement identiques d’un « palace » à l’autre. Heureusement que l’on vient seulement ici pour prendre des points et grapiller des objets. L’environnement de Romeo is a Dead Man est assez simpliste et redondant, ainsi qu’en témoignent les passages réguliers via les « télés Nirvana » qui plongent Romeo dans une réalité alternative, cubique et colorée. Pas de danger ici la plupart du temps, seulement des (tous) petits puzzles à réaliser pour permettre à un blocage d’être levé dans le monde réel. L’intention est plutôt bonne mais on y a trouvé quelque chose d’assez redondant au bout d’un moment.

En dépit toutefois de ce manque d’inspiration environnementale et de moyens pour produire des graphismes réellement à la hauteur, Romeo is a Dead Man regroupe tout ce que l’on aime chez Suda51 : de la musique aux dialogues, de l’hyperviolence à l’humour, le créateur japonais et son studio signent un titre comme on les aime. Nerveux, drôle, absurde, parfois un peu envahissant mais finalement très attachant. Il nous a fallu 13 heures tout pile, en difficulté par défaut, pour venir à bout de l’histoire et en prenant soin de maximiser quasiment tout ce qui peut l’être et en prenant le temps de collecter un maximum de petites lettres disséminées ici et là et qui éclairent, autant que faire se peut, sur les événements en cours à Deadford et dans le reste de l’univers. Jusqu’à l’ultime seconde, Romeo is a Dead Man joue à fond la carte du grand n’importe quoi et de la violence sans limite. Cela sans jamais véritablement trébucher et en offrant surtout quelques moments particulièrement surprenants, notamment dans les deux dernières heures de jeu.

8/10
Romeo is a Dead Man n’est peut-être pas un grand jeu d’action à ranger aux côtés des indispensables, mais il est assurément l’une des meilleures productions de Suda51. Dès lors, on ne voit pas comment ne pas enjoindre celles et ceux qui apprécient le travail de ce drôle de monsieur à suivre les aventures de Romeo Stargazer. Mais cette recommendation vaut aussi pour les joueurs qui auraient envie de tenter l’expérience d’un jeu où l’on a lâché la bride et tout laissé s’envoler. En dépit d’une réalisation graphique peu engageante et des décors pas plus inspirés, Romeo is a Dead Man explose sur tant de choses qu’on l’aime malgré ses défauts. Bien calibré pour l’action, drôle, intriguant, Romeo is a Dead Man peut aller s’installer tranquillement aux côtés de No More Heroes et des autres à la table des jeux Suda51 comme on les aime.

+

  • Univers fou qui part dans tous les sens
  • Action brutalissime
  • Beaucoup de soin apporté aux personnages, dialogues et références
  • Bonne durée de vie pour le genre
  • Bande-son de qualité
  • Plein de choses abordées de plein de façons différentes
  • Cultiver des zombies, ça vous dit ?
  • Prise en main relativement simple et efficace

-

    • Bestiaire un peu limité
    • Graphiquement, on a connu mieux
    • Environnements pas souvent très inspirés
    • Quelques petits moment redondants