Jeux

Sherlock Holmes: Chapter One

Point'n Click | Développé par Frogwares

6/10
One : 16 novembre 2021 Series X/S : 16 novembre 2021
15.11 à 18h00 par - Rédacteur

Test : Sherlock Holmes: Chapter One sur Xbox One

Une note élémentaire mon cher Watson !

Cinq années après Sherlock Holmes : The Devil’s Daughter et deux années après le lancement d'une nouvelle licence Lovecraftienne, The Sinking City, les Ukrainiens de Frogwares reviennent sur les pas du plus grand détective. On part ici sur un reboot total s'attachant aux origines de Sherlock Holmes mais néanmoins fondé sur l’enrobage du dernier titre des développeurs. Bonne ou mauvaise idée mon cher Watson ?

Comme dit en introduction, ce nouveau titre n’est pas la suite de The Devil’s Daughter mais bien un reboot complet. Exit donc Baker Street et ses sombres rues de Londoniennes étroites, bienvenue sur les côtes méditerranéennes dans un monde ouvert sur les traces de son enfance, lieu de la mort de la mère de Sherlock. On abandonne également John Watson et on accueille Jon tout court, qui n’est rien d’autre qu’un « ami imaginaire » d’un Sherlock encore très émotif mais cependant toujours rationnel.

L’histoire débute très rapidement par une enquête dans un hôtel, concernant un vol de pierre précieuse qu’aurait orchestré un médium. Nous retrouvons tout ce qui fait le sel des anciens jeux Sherlock Holmes : un crime mystérieux qui est finalement totalement rationnel (ici l’explication de la présence d’un spectre), une enquête dans un lieu suffisamment ouvert (l’hôtel) mais suffisamment clos pour ne pas se perdre. Et bien sûr la recherche d’indices et une observation méticuleuse afin de déceler le coupable et de le livrer à la police.

Partons de cette première enquête qui sert avant tout de tutoriel pour parler du jeu. Nous retrouvons donc tout ce qui fait le sel de la licence avec les interrogatoires, la recherche d’indices en explorant, l’observation des lieux et des individus. Nous pouvons toujours recréer la scène mentalement afin de mieux comprendre le déroulement du crime ; on passe par le fameux « Palais Mental » de Sherlock qui sert à regrouper les indices et surtout permet au joueur de choisir entre tel et tel individu jusqu’à la conclusion : le laisser partir ou le remettre à la police. En effet, outre la possibilité de se tromper, même si le jeu ne l’indique jamais réellement, nous pouvons trouver le bon coupable mais comprendre son geste et le laisser libre.

Passé cette introduction, nous voilà prêt à débuter la réelle aventure de ce Chapitre Un de Sherlock Holmes, cuvée 2021. On y retrouve les bases de The Sinking City avec tous les bons et les mauvais côtés. Nous avons donc droit à un monde ouvert composé de plusieurs quartiers aux ambiances différentes qui servent aux différentes enquêtes et qui proposent également diverses quêtes annexes. Nous avons l’histoire de la ville dans des moments de reconstitutions de Sherlock avec Jon, notamment une pièce de théâtre, mais également des repères de gangs à détruire dans des combats que nous pouvons qualifier de « pleins d’intentions, mais totalement ratés ». En effet, les phases de combats sont molles mais en même temps compliquées car il faut viser certaines parties de l’armure pour pouvoir finalement attaquer l’ennemi aux poings dans un QTE pas très inspiré. Il y a des interactions avec le décors pour aider le joueur à défaire les armures ; il est aussi possible de viser le ventre pour tuer mais le joueur est alors « puni » moralement par Jon. Un «ami» imaginaire qui ne fait que cela dès que le joueur se trompe, même si c’est sans conséquence.

Si dans l’histoire principale les combats sont assez rapides, on expérimente dans les quêtes annexes des vagues d’ennemis. En plus d’être assez rébarbatifs, les combats sont difficiles. Fort heureusement une option pour « zapper » les combats existe, comme si Frogwares s’était dit que cette partie du jeu n’était finalement pas satisfaisante. Dans le même ordre d’idée, nous avons des puzzles chimiques à effectuer pour certaines enquêtes et il est également possible de réussir ces passages automatiquement, même si c’est totalement au bon vouloir du joueur.

Partant de bonnes idées issues de The Sinking City, le nouveau jeu d’enquête de Frogwares continue sa volonté d’instaurer de la liberté avec un monde ouvert sans marqueur de quête. En effet, à l’image du précédent titre du studio, le joueur doit se débrouiller avec les informations récoltées pour avancer dans son enquête et trouver certains lieux. Il est par exemple dit qu’un personnage X est à l’angle d’une rue Y ou au croisement de deux rues. Ou alors dans le bar Z près du pont à l’ouest d’un des quartiers. C’est ainsi au joueur d’ouvrir la carte, repérer où se situe le lieu à rejoindre pour le marquer puis de se diriger dans le jeu dans cette direction.

«Calqué sur The Sinking City, Sherlock Holmes Chapter One renouvelle sa formule en étant plus libre, mais pas forcément pour le meilleur»

Très bonne idée sur le papier et même dans les faits. Malheureusement, parfois les informations sont assez floues et il est dès lors compliqué de trouver son lieu de destination, ce qui pousse à tourner en rond d’autant plus que parfois tout est une question de script. Le jeu est pourtant généreux en conseils en déclarant au joueur qu’il doit se costumer pour avancer dans l’histoire (se déguiser en brigand par exemple) ou encore que tous les indices ont étés trouvés. Cela étant dit, nous avons à déplorer des choses dans cette nouvelle gestion de game-design. En effet, le jeu est certes plus libre et moins dirigiste dans l’enrobage mais dans les faits c’est tout autre. Il n’est déjà pas rare de bloquer pendant de longues minutes car un script empêche d’avancer et de possiblement se tromper. Il aurait été préférable de pouvoir gérer notre investigation comme nous l’entendons et non pas devoir faire une action X pour pouvoir débloquer un élément Y alors qu’il était impossible d’interagir avec l’élément en question quelques minutes auparavant. Dans le même ordre d’idée, proposer un monde ouvert est une bonne chose, malheureusement cela se fait au détriment du rythme avec de nombreux allers-retours inutiles.

Ce procédé narratif non-linéaire apporte son lot de bonnes choses avec bien plus de contenu. Alors que l’histoire principale se termine en une petite quinzaine d’heure, le contenu peut doubler la durée de vie sans problème avec des enquêtes annexes qui sont scénarisées et parfois sympathiques comme dans une sorte de « Roméo & Juliette » qui poussera Sherlock à se déguiser en femme. Pas toujours régulières, les enquêtes secondaires apportent un plus qui n’est malheureusement pas contrebalancé par la quête principale : l’histoire concernant la mère ne prend jamais de réelle ampleur et elle ne montre son intérêt qu’à la toute fin du titre d’autant que c’est à ce moment que la mise en scène se permet de vraiment exister. Les enquêtes principales n’ont pas de réels liens avec l’avancement de l’histoire et en plus de cela elles ne sont pas vraiment marquantes si ce n’est la dernière qui propose un meurtre sacrificiel d’un culte. Nous sommes loin de la tuerie dans un bain romain, de la fuite dans la forêt ou encore de la locomotive fantôme des anciens opus. D’autant qu’une des enquêtes prend à elle seule 1/3 du temps de jeu avec énormément d’allers-retours pendant que la première et la dernière se terminent plus rapidement que prévu. Dommage car elles incarnent le mieux l’esprit farfelu de Sherlock Holmes.

Visuellement le titre est nettement plus agréable que ses grands-frères avec un Sherlock ressemblant un tantinet à Cillian Murphy dans Peaky Blinders. Mais rien d’incroyable pour ce AA auto-édité qui se permet, durant notre période de test, des soucis de framerate ainsi que des textures pauvres qui mettent du temps à s’afficher. Pour le reste, nous avons une bonne écriture des personnages, une habitude pour le studio, une bonne identité sonore même si cela manque réellement de morceaux marquants et de bons doublages. Contrairement aux deux anciens jeux du studio, pas de voix française ici, pour notre plus grand déplaisir.

6/10
Transposer le travail du monde ouvert de The Sinking City dans l’univers de Sherlock Holmes afin de raconter les origines de notre détective préféré ? Une bonne idée sur le papier mais dans les faits le nouveau titre de Frogware n’a pas pu corriger les défauts déjà présents dans leur précédente production. Allers-retours incessants, manque de rythme et fausse sensation de liberté... Heureusement que pour contrebalancer le tout nous avons une réelle bonne durée de vie, avec pour plusieurs dizaines d’heures d’enquêtes scénarisées, une bonne écriture et un travail d’investigation certes imparfait, mais digne des anciens Sherlock Holmes. Sherlock Holmes Chapter One a peut-être de quoi faire regretter l’ancienne formule mais peut tout de même contenter ses fans, d’autant que le cœur du jeu reste similaire.

+

  • Bonne écriture
  • Un réel travail d’enquête
  • Excellente durée de vie
  • Enquêtes narratives scénarisées

-

    • Techniquement en retrait
    • Faussement libre
    • Manque de rythme avec des allers-retours omniprésents
    • Absence de VF