Test : Yakuza Kiwami 3 sur Xbox
Belle île en guerre
Yakuza Kiwami 3 se place dans la pleine continuité de Yakuza 2. Après l’ultime affrontement entre le Dragon de Dojima et le Dragon du Kansai, Kiryu Kazuma décide de quitter Kamurocho pour de bon afin de prendre la gestion d’un orphelinat sur l’archipel d’Okinawa. Un changement de vocation qui a pour but de l’éloigner définitivement de la pègre japonaise, même si vous vous doutez bien qu’il sera vite rattrapé par diverses affaires à dimension politique, une constante pour la franchise. Si vous n’avez pas eu l’occasion de faire les deux premiers jeux de la saga, ou que vous les avez oubliés en partie, l’introduction vous permet de déclencher deux cinématiques facultatives qui permettent de rattraper votre retard côté scénario. C’est d’ailleurs l’occasion de voir le gap technique franchi entre le premier Kiwami (2016) et ce troisième remake, avec des graphismes, des animations et des visages qui ne sont pas tout à fait à la hauteur des dernières productions du studio nippon.
Ce n’est pas dérangeant dans l’absolu, mais on sent que le Dragon Engine, le moteur maison du studio, est utilisé de façon plus limitée que dans Infinite Wealth ou Lost Judgment. Ceux qui ont fait le jeu original constateront également que le côté «tropical» du titre a disparu, au profit d’un climat plus neutre. Avec un scénario qui s’étale en majorité sur les mois de janvier et mars, il est bien normal de ne pas ressentir la chaleur étouffante de l’été, mais il aurait été peut-être judicieux d’atténuer la présence de chemises légères pour gagner en cohérence. Là où la franchise a pris l’habitude de nous faire voyager, ce Kiwami 3 nous laisse un peu sur notre faim de ce côté là, pas aidé par un sound-design assez pauvre qui plus est. Rien à redire en revanche concernant l’architecture et l’agencement des rues du quartier de Ryukyu, calés sur le jeu original, qui retranscrivent parfaitement la réalité de ces petites bourgades rurales du Japon, avec de petites rues où s’entremêlent les bâtiments de béton, bien loin de l’image que l’on se fait du pays en tant que touriste.
Comme pour le jeu original, le scénario nous amène à parcourir l’éternelle Kamurocho, un lieu inspiré d’un vrai quartier de Tokyo, en plus de Ryukyu. Deux cartes relativement petites qui ne demandent qu’une petite minute pour être parcourues en long et en large, mais qui se révèlent suffisamment denses pour nous proposer un très large panel de choses à faire. En marge du scénario principal, ce troisième épisode conserve ce qui fait l’une des forces de la franchise en proposant de nombreuses activités, avec une quarantaine de quêtes annexes, beaucoup de mini-jeux dont l’apparition de la Game Gear en plus de l’indispensable salle d’arcade, et plusieurs ajouts que l’on pouvait déjà trouver dans les derniers jeux de la franchise.
De ce côté là on peut évoquer LaLaLa Mobile, une partie sociale qui regroupe Aloha Links et le rallye photos d’Infinite Wealth, une simulation agricole et de la pêche à l’orphelinat qui fait écho à Like a Dragon Ishin, et des batailles à grande échelle que l’on trouvait l’an dernier dans Pirate Yakuza in Hawaii. Autant de nouveautés qui apportent un peu plus de profondeur au titre, et qui remplacent plus ou moins la disparition du bar à hôtesses et des révélations. Les développeurs ont même ajouté un peu de contenu totalement inédit avec l’apparition de l’Othello, ce célèbre jeu de société où le but est de retourner les pions de son adversaire, et l’arrivée de la couture, qui prend la forme d’un jeu de course, pour un résultat plutôt original. Pour le reste, on retrouve les traditionnels karaoke, le golf, le base-ball, les fléchettes, le billard et le bowling, ainsi que la récupération des clés de consigne, pour un contenu qui ne manquera pas de vous occuper pendant de nombreuses heures.
Mais le plus gros ajout de ce remake est un mode de jeu nommé Bad Boy Dragon, qui rappelle finalement les guerres de gangs à la Tokyo Revengers. A vous de faire grossir votre groupe en recrutant des personnages, que l’on peut trouver en terminant certaines quêtes annexes, ou même dans certains magasins d’activités, pour emmener tout ce petit monde dans de grands affrontements. Un mode qui reste un poil répétitif à la longue, et qui n’apporte pas énormément d’un point de vue scénario, mais qui a le mérite d’exister et de participer à cette volonté constante de multiplier le nombre de choses à faire. Au final, on passe du temps sur Bad Boy Dragon selon l’envie du moment, exactement comme on le faisait avec Dondoko Island d’Infinite Wealth ou Majima Construction dans Kiwami 2 par exemple.
Pour le reste, on alterne entre les chapitres scénaristiques et les phases de combat, avec la possibilité d’opter pour trois modes de difficulté en lançant le jeu. Kiryu peut évidemment adopter le style du dragon pour faire preuve de se pleine puissance, avec la possibilité de switcher vers le style de ryukyu, un mode inédit qui met en avant les armes traditionnelles d’Okinawa comme les nunchakus ou les tonfas. Globalement, la jouabilité est plutôt souple et permet toujours quelques fulgurances grâce aux coups spéciaux de ferveur, complétés cette fois-ci par la sentence du dragon, un coup ultime qui peut être asséné pour venir conclure l’utilisation de la jauge d’ardeur. Le gameplay gagne là aussi en profondeur à mesure que l’on débloque de nouvelles capacités via un arbre de compétences (peu engageant pour le coup), par l’utilisation de points acquis en réalisant diverses actions anodines en ville. Un système qui invite quelque part le joueur à dévier de la quête principale sans totalement le contraindre.
Contenu Dark Ties
On le disait en préambule, le plus gros contenu ajouté à Kiwami 3 se nomme Dark Ties. Il s’agit en réalité d’une trame scénaristique à part, constituée de trois chapitres, dont la durée de vie tourne autour des 6/8 heures, selon votre propension à vous écarter, là encore, de l’histoire de base. On y incarne Yoshitaka Mine, un homme fasciné par Daigo Dojima, le chef du clan Tojo, et qui est prêt à tout pour se retrouver à ses côtés. Pour notre part, on a eu beaucoup de mal à comprendre le choix du studio, de nous faire incarner un personnage finalement très discret, convaincu que le pouvoir s’acquiert par l’argent. Point intéressant, ce contenu peut être lancé à n’importe quel moment. Toutefois, et même si les événements se déroulent avant ceux de Kiwami 3, il est préférable de connaitre l’histoire de Yakuza 3 avant de le lancer, ce qui vous évitera d’être totalement spoilé par la fin de Dark Ties.
Côté contenu, on retrouve une bonne partie des activités de Kiwami 3 (hors LaLaLa Mobile, Bad Boy Dragon et orphelinat), avec l’ajout d’une liste de tâches à réaliser pour faire grimper la réputation de Kanda, le patriarche de la famille Nishikiyama qui sert de faire-valoir aux ambitions de Mine. Petite nouveauté, l’Arène de l’Enfer permet de combattre dans une sorte de colisée et de se lancer à l’assaut de donjons comme dans Like a Dragon et Infinite Wealth, avec un côté un peu plus poussé néanmoins. Toute l’action de Dark Ties se déroule à Kamurocho, pour un scénario assez décousu, et plutôt décevant finalement quand on connait toutes les qualités des scénaristes de Ryu Ga Gotoku Studio. Même si on comprend l’intention des développeurs, qui ont souhaité plonger le joueur dans une histoire un peu plus sombre, au coeur du clan Tojo, on regrette tout de même d’avoir à faire à une séquence assez anecdotique, qui ne laissera sans doute pas un grand souvenir au joueur, au delà peut-être du twist scénaristique de fin.
+
- Beaucoup de nouveautés
- Scénario intéressant à suivre
- Deux styles de combat complémentaires
- Activités nombreuses et variées
-
- Contenu Dark Ties assez décevant
- Ambiance okinawaienne en retrait
- Techniquement pas irréprochable