Jeux

Lost Judgment

Action/Aventure | Edité par Sega | Développé par Ryu Ga Gotoku Studio

9/10
One : 24 septembre 2021 Series X/S : 24 septembre 2021
24.09 à 07h00 par - Rédacteur en Chef

Test : Lost Judgment sur Xbox One

Enquête exclusive : les dessous de Yokohama

Le jour de gloire est enfin arrivé. Tout le monde, quelle que soit la façon dont il a acquis Lost Judgment, peut en profiter aussi bien sur Xbox Series X|S que sur Xbox One. Veste en cuir, t-shirt blanc, jean délavé et cheveux en bataille : ce Takayuki Yagami qui nous a fait tant plaisir avec ses première aventures vibrantes et rocambolesques, signe un retour que l’on attendait forcément comme musclé. Inutile de tourner autour du pot ou de jouer sur les mots, Lost Judgment est une franche réussite. Mais on va tout de même prendre le temps de vous dire pourquoi.

Judgment était un très bon jeu. A titre personnel, il est même l’un des titres qui trône sur le podium de la génération de consoles passée. Ce spin-off de Yakuza s’était révélé ce que finalement peu de jeux, à l’échelle d’une génération de machines, parviennent à faire : passionner le joueur. Pas seulement en lui donnant envie de jouer et d’achever une aventure, mais au contraire en l’invitant subtilement à la faire durer, à zigzaguer, à la disséquer pour mieux en apprécier la foule de détails. Judgment était un jeu d’autant plus fort qu’il était parvenu à marier avec une réussite quasi-parfaite l’héritage Yakuza et l’imposition d’une identité propre. Flirtant parfois avec la frontière dangereuse et sans DMZ qui le sépare des aventures du monstre sacré Kazuma, Takayuki Yagami a mené tambour battant une aventure que l’on vous conseille à 200% si vous ne la connaissez pas encore. Disponible sur Xbox Series X|S (pas sur Xbox One, à l’inverse sa suite dont nous allons parler aujourd’hui), Judgment est un passage conseillé à quiconque veut entreprendre la grande aventure Lost Judgment. On vous dit ça non pas parce que l’intrigue principale de cette suite comporte des éléments directement reliés au premier épisode (comme nous allons le voir, elle s’en démarque significativement), mais parce que l’univers proposé par Ryu Ga Gotoku Studio est un tout qui vaut le coup d’être apprécié sans rien laisser de côté. En quelques mots, jouer au premier n’est nullement indispensable, mais on vous le conseille.

Lost Judgment 1

Comme nous l’évoquions lors de la publication de nos premières impressions sur Lost Judgment après une douzaine d’heures de jeu, cette nouvelle entrée marque un certain tournant dans son rapport avec la saga Yakuza. En sa qualité de détective et ex-avocat, « Tak » nous a déjà invité à vivre une première aventure qui parvenait à s’extirper ponctuellement du giron Yakuza vers quelque chose de plus policier, pour finalement y revenir tout aussi promptement. Ce n’était pas un défaut cela dit, le développeur ayant depuis l’ère PS2 fait montre d’une incroyable capacité à créer des personnages sublimes dès qu’il était question d’un lien avec la mafia. Judgment avait donc fait un petit pas de côté ; Lost Judgment fait pour sa part un grand pas en avant vers l’émancipation. La manœuvre est aussi intéressante que vitale car comme on le sait maintenant, ce style de jeu aventure/brawler sera l’apanage de la saga Judgment, Yakuza s’employant à renouveler dans les années à venir le style RPG au tour par tour initié par Yakuza : Like a Dragon. Lost Judgment se pose donc comme le symbole de la véritable imposition de ce nouvel univers.

L’enquête sur laquelle travaillent Tak et son compère de toujours Kaito (il est en quelque sorte l’AOC Yakuza dans Judgment) porte d’ailleurs sur un sujet bien différent des meurtres de gangsters et autres escroqueries. Il est principalement question de harcèlement scolaire. Ces drames, plus proches de nous quel que soit l’âge que nous avons, quelle que soit l’expérience que l’on n’a vécu, nous touchent d’une manière ou d’une autre. Et cela, Lost Judgment l’exploite très bien au travers d’une histoire prenante, surprenante parfois, tantôt sordide, tantôt souriante et comme toujours portée par des voix japonaises d’une grande justesse. Ca fonctionne aussi très bien en anglais mais on ne vous cache pas une préférence certaine pour la langue des insulaires d’extrême orient. Dans tous les cas, on profite de textes en français et on espère que vous aimez lire et écouter car Lost Judgment, comme tout bon Yakuza, est un jeu très bavard. C’est cela aussi qui fait le sel d’une histoire captivante, quand les choses sont bien dites et en dépit de leur quantité, se bornent à servir l’histoire sans la remplir inutilement.

Lost Judgment 4

Durant les 20-25 heures qu’occupe la trame principale on enchaine les enquêtes dans un lycée, dans les bas-fonds de la ville, sur une scène de meurtre ou dans l’antre de la pègre (parce que oui, on finit bien par croiser son chemin) avec un plaisir évident. Lost Judgment bénéficie d’une bonne mise en scène (les cinématiques font comme toujours leur petit effet), d’un rythme bien tenu et pour une fois dans la franchise, les choses ne tardent pas trop à se mettre en place. Le jeu de Ryu Ga Gotoku Studio semble avoir appris de ses ainés et impose moins au joueur de passer par 36 introductions à des activités secondaires pour qu’enfin se lance la trame principale. Impossible bien sûr de passer à côté de tout et si ce n’est pas pour le plaisir de jeu, il convient au moins de s’y plier parfois pour gagner des points d’expérience et quelques objets fort utiles. Mais dans tous les cas, Lost Judgment est mieux rythmé que son prédécesseur et que ses cousins chez Yakuza. Dans cette ambiance plus policière et quelque part plus « humaine » que n’ont pu le proposer les précédentes productions du studios, Lost Judgment flanche toutefois légèrement du côté des « sales gueules ». Les nouvelles entrées sont globalement intéressantes, une en particulier tire bien son épingle du jeu, mais on n’atteint toutefois pas l’efficacité de côté-là du premier Judgment, et encore moins -de fait- la magnificence d’un Yakuza Zero pour ne citer que lui. Si Judgment 3 il y a, c’est assurément de ce côté-ci qu’il faudra bosser. A l’inverse, les rencontres côté alliés assurent et s’ajoutent au retour de nombreux visages connus que l’on prend plaisir à revoir.

On sait qu’un Judgment/Yakuza se vit aussi bien pour son histoire que pour tout ce qui se trouve autour. Quand il arrive en ville, Takayuki Yagami dispose comme toujours d’une foultitude de choses à faire. Restaurants, bars (pour se refaire une santé mais aussi pour le plaisir de découvrir des tonnes de spécialités culinaires japonaises), magasins Poppo et maintenant échoppes de vendeurs itinérants, magasins d’objets en tous genres, salle de jeu VR Paradise, fléchettes, base-ball, mini-golf, courses de drones… La liste est grande et comporte bien sûr les inévitables salles d’arcade. On y retrouve avec plaisir le mythique Virtua Fighter 5, le peu connu mais néanmoins excellent Fighting Vipers, des classiques comme Super Hang On ou Space Harrier, voire l’inattendu Sonic The Fighters. Dans le bureau de Tak à Kamurocho, on peut même jouer à des jeux Master System. A vous de compléter des missions secondaires et de chiner en ville pour mettre la main sur des cartouches de jeu. On ne peut plus se lier d’amitié avec certaines personnes comme ce fut le cas dans Judgment et c’est bien dommage, mais on peut toujours s’employer à apprivoiser des chats, rechercher les étranges peintures d’un écureuil pour mettre la main sur des objets… Plus tard, on dispose d’un chien pour aller plus loin dans la recherche et également d’un détecteur sonore et d’un autre bipant de plus en plus fort lorsque l’on approche d’un point d’intérêt. Bref, la vie est toujours archi-animée dans les rues de la ville.

Lost Judgment 01

Cela dit, il convient plutôt de parler de « villes », au pluriel. Lost Judgment déploie son aventure dans le traditionnel Kamurocho (à Tokyo) mais aussi et surtout à Ijincho, espace autrement plus grand reprenant les traits de la ville de Yokohama. Si vous avez joué à Yakuza : Like a Dragon, vous connaissez donc bien les lieux et savez que la zone est à peu près trois fois plus grande que Kamurocho. Les environnements sont différents, plus ouverts, changeants d’une zone à l’autre. C’est moins animé que Kamurocho, peut-être moins aguicheur visuellement parlant, mais on apprécie forcément le fait de pouvoir naviguer d’un point à un autre en taxi pour une raison valable. Et puis disposer ici des larges routes et avenues permet de mettre à profit le skate board, nouveau moyen de locomotion (et de mini-jeux) proposé par Lost Judgment. Difficilement utilisable dans les petites rues bondées de Kamurocho, le skate board est un allié précieux dans la progression à travers Ijincho.

Lost Judgment ne propose donc pas de nouvelle carte à proprement parler, puisque tout est issu de Yakuza ; l’ensemble est toutefois appréciable pour sa grandeur et sa variété. A défaut de nous faire voyager comme Yakuza 6 à Hiroshima, Lost Judgment dispose d’un ensemble riche, vivant et cohérent. On profite de tout cela d’autant mieux sur Xbox Series avec le choix offert entre la priorité au framerate (60 images par seconde) ou la résolution. Dans les deux cas c’est propre, artistiquement plaisant pour tous les amoureux du Japon, très réussi du côté des modèles de personnages principaux. Et puis il y a tous ces magasins, ces devantures, ces ruelles qui évoluent au gré des éclairages et bénéficient d’un grand souci du détail. A l’inverse, on observe encore des animations rigides, que ce soit pour les personnages principaux comme pour les passants dans la ville. Rien d’alarmant, mais toujours un petit déficit de naturel qui caractérise les productions de la maison.

Lost Judgment 3

La force de l’habitude est quelque chose d’ancré dans les productions Ryu Ga Gotoku Studios, pour le meilleur et le moins bon. Si l’on a pu évoquer combien Lost Judgment est une réussite, il est aussi un jeu qui est émaillé de petits défauts tirés pour la plupart de son ainé. Ainsi, les phases de filature s’avèrent toujours aussi peu passionnantes, faute de réel enjeu. Même si l’on nous propose désormais de se fondre dans le décor en mimant une action durant un temps limité, et échapper ainsi aux soupçons de la cible, ces phases demeurent des moments assez plats dans l’aventure. Heureusement, ils sont très rares. De la même façon, les courses poursuites à pied peinent à passionner : c’est un peu trop long, pas tellement animé, répétitif faute de réelle mise en scène durant ces passages. Ces deux petites variantes dans la progression, héritées du précédent épisode, sont accompagnées dans Lost Judgment de nouvelles fonctionnalités. L’ennui, c’est qu’aucune n’apporte véritablement de plus-value à l’aventure. Phases d’infiltration archi assistées et escalade qui l’est tout autant, faisant passer le premier Assassin’s Creed pour une révolution d’aujourd’hui, ne sont pas des choses que l’on demandera forcément à retrouver dans le prochain volet. On apprécie plutôt les différents clubs qu’accueille le lycée Senryo : mystères, danse ou boxe donnent lieu à des missions et mini-jeux autrement plus intéressants.

Tout cela étant dit, il reste à évoquer la principale chose que l’on fait dans un Judgment/Yakuza, à savoir se bastonner. Lost Judgment est en ce sens le digne héritier des Yakuza pré-Like a Dragon et se plait à nous permettre de régler 99% des problèmes à coups de poings et pieds. Dans les rues face aux nombreux charognards ou avec plus de classe dans des affrontements à couteaux tirés contre les grandes figures de l’aventure, Lost Judgment reprend les grandes lignes connues et y ajoute une belle nouveauté. On connaissait les styles de combat du Tigre (pleine puissance pour du un contre un) et de la Grue (rapidité et mouvement pour faire taire les groupes) ; place désormais au Serpent qui se pose comme un mélange de Kung Fu et d’Aïkido. Ce style de combat défensif permet de dévier les attaques ennemies et de créer ainsi des ouvertures tandis que les prises laissent la possibilité de désarmer les vilains. Moins puissant que le Tigre, moins rapide que la Grue, le Serpent est un bon compromis, moins bourrin que les deux autres mais très efficace si l’on fait preuve d’application. Cela donne un bon coup de fouet aux combats, relance l’intérêt pour cette partie du gameplay que l’on connait, il est vrai, déjà bien. Seule ombre au tableau (toujours la même) : la caméra qui ne suit pas toujours comme il faut, notamment lorsque l’on utilise le style rapide et versatile de la Grue.

Lost Judgment 2

Lost Judgment, c’est donc tout cela. A vous de voir si vous vous contentez de suivre essentiellement la trame principale, ou si vous irez jusqu’à compléter l’essentiel de l’application TownGo. Elle regroupe des centaines d’actions en tous genres à réaliser, en échange de points dits « PA ». Ces points d’expérience permettent de débloquer quelques 180 améliorations et compétences : amélioration de la santé, des dégâts, nouvelles attaques simples ou EX et autres choses qui vous facilitent les missions d’infiltration/enquête peuvent être acquis. Mais il aussi toutes ces capacités qui permettent de manger et boire à volonté, de ne pas se voir ignoré dans un magasin que l’on a saccagé lors d’un combat. Des petites choses qui incitent encore et toujours à percer les secrets de Kamurocho et Ijincho au gré de sonorités ambiantes comme à leur habitude très animées.

9/10
En s’éloignant de l’univers Yakuza pour centrer son intrigue sur quelque chose de plus « policier » mais aussi et surtout plus humain, Lost Judgment déroule une aventure que l’on suit avec grand plaisir. Sa galerie de vilains manque certes du grain de folie qui caractérise Yakuza, mais il compense avec des personnages principaux qui évoluent de façon intéressante et contribuent à donner à Lost Judgment la légitimité de son émancipation. Aux abords de l’histoire, le jeu donne au joueur de quoi faire, voir et entendre jusqu’à plus soif dans un cadre vaste, bien réalisé et vivant, à défaut d’être nouveau. On prend du plaisir à se bastonner, à explorer, à écumer les restaurants et les salles d’arcade ; certaines fonctionnalités ne sont à l’inverse pas franchement passionnantes (infiltration, filature) mais prennent heureusement peu de place dans cette très belle épopée. En un mot : indispensable.

+

  • Le cordon avec Yakuza se coupe, intelligemment
  • Univers et personnages qui gagnent en maturité et en identité
  • Scénario prenant, bien distillé
  • Mise en scène très soignée au rythme maitrisé
  • Combats plaisants grâce au nouveau style notamment
  • Doublages japonais parfaits
  • Des tonnes de choses à faire en dehors de l’histoire…
  • … Pour une durée de vie très robuste
  • Réalisation très propre
  • Un souci du détail permanent
  • Deux villes pour une grande aire de jeu...

-

    • ... Mais déjà connue au travers d'autres jeux
    • Phases d'action hors combat anecdotiques (infiltration, filature…)
    • Les vilains n’ont pas la puissance charismatique des vieux Yakuzas
    • Caméra pas toujours bien placée en combat
    • Animations encore un peu rigides